Ecolier kirghiz

Le français meurt au Kirghizstan

Novastan.org s’associe à la semaine de la Francophonie avec ce texte très personnel de Tatiana Michel, professeure de français à Bichkek. Un cri d’alarme pour que l’apprentissage du français continue à rester important au Kirghizstan.

Les signes de ponctuation.

Les signes de ponctuation reflètent tous nos sentiments.

Point. On a tout dit, l’idée est achevée. Rien à ajouter.

Deux points: Alors, il y a quelque chose à préciser.

Trois points… C’est à vous de continuer… Réfléchissez par vous-même…

Virgule, ce n’est pas tout, on continue.

Point d’interrogation? Il signifie l’intérêt, il s’incline lui-même comme pour regarder quelque chose de plus près.

Point d’exclamation! Il crie, proclame, interdit, il nous appelle!

Quoi encore? On peut mettre deux signes en même temps.

Point-virgule ; ou les deux signes d’exclamation et d’interrogation. Pour exprimer nos émotions les plus fortes, pour qu’on nous entende!

Un peu de grammaire scolaire pour réfléchir un moment avant de mettre votre signe de ponctuation après la phrase : « Le français meurt au Kirghizstan ». Ne soyez pas trop pressés. Rappelons-nous. Autrefois, les Kirghiz apprenaient le français presque dans chaque école du pays, à l’Université et dans les Instituts pédagogiques. Sans faire l’histoire du français au Kirghizstan, il est très important de noter que le français, pour les Kirghiz, n’est pas simplement une langue parlée. C’est une culture connue dans le monde entier. On ne peut pas se croire instruit et intelligent sans connaître les grands hommes, filles et fils de la France, même s’ils n’étaient pas Français natifs.

Les leçons de français, c’est une intégration dans la culture humaine. Etudier la culture d'autres peuples, c'est aussi une façon de développer la culture nationale. Dans ce cas, pourquoi vouloir arrêter l’apprentissage du français au Kirghizstan et rendre facultatives les leçons de cette langue? Facultatif, ce n’est pas obligatoire, pas comme les autres matières scolaires. L’enseignement, c’est la structure sociale la plus solide et la plus traditionnelle ; elle ne dépend pas de la mode, ni de la politique. On continuait à enseigner l’allemand à travers le monde pendant la Seconde Guerre mondiale, et on avait raison. Brûle-t-on les vêtements d'hiver en été, déchire-t-on les robes de soie à l’approche des froids?

Classe de français Bishkek

Pourquoi alors ne fait-on rien pour protéger notre enseignement, notre bien public construit pendant des décennies par des centaines d’enthousiastes? L’apprentissage du français connaît un grand succès au Kirghizstan, les jeunes ont un grand intérêt pour la culture de la France. C'est un pivot culturel solide qui peut les protéger à l'avenir, il leur donne de nombreuses possibilités pour s’adapter à la vie.

« L’anglais, c’est l’ampoule qui doit être dans chaque chambre ; le français c’est un lustre de cristal. C’est un objet qui est non seulement nécessaire mais qui apporte en plus un certain luxe et force l’admiration» déclarait Maria Aktchékéva, une des pionnières de l'enseignement du français au Kirghizstan. Ne veut-on pas éclairer sa chambre ?

La culture de la France est similaire. Nous devons maintenir le français pour les générations kirghizes à venir. Le gouvernement doit le protéger et le sauvegarder.

Alors maintenant, c’est à vous de mettre le signe de ponctuation après la phrase « Le français meurt au Kirghizstan ».

 

Tatiana Michel
Professeure de français à l'école N°6
Bichkek

Relu par Etienne Combier

 



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