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Quelle place en Kirghizie pour la poterie?

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La poterie est un art subtil qui fonde la culture et ses symboles dans une prouesse technique. Chaque peuple a développé une forme de poterie traditionelle particulière. Aujourd'hui, fortement concurencée par la céramique, la poterie s'efface de notre quotidien. De nos jour, quelle place reste-il à la poterie dans la culture kirghize ?

Le développement de la poterie traditionnelle kirghize est "en déclin" affirme le potier Olga Sultanalieva. Cet art est totalement déprécié au Kirghizstan : les travaux des maitres potiers ne sont plus exposés que sur des marchés et expositions touristiques, que ne fréquentent pas les locaux. Suite à ce désintérêt, les artisans ont très peu de commande, et leur situation financière les oblige souvent à quitter le pays. Comme les potiers, leurs chefs-d’œuvre, qui pourraient prétendre à une place au musée national, sont exportés : une fois achetés par de riches étrangers, ils sont exposés dans les galeries d’art des pays plus développés comme la Hollande ou les Etats Unis. De ce fait, la poterie kirghize est plus reconnue à l’étranger que sur le territoire de la République : des travaux de jeunes artistes kirghizes ont été exposés dans différentes expositions internationales et ont reçu des places d’honneur.

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Travaux exposés du potier Beishebaev Kanatbek. Crédit: Natalie Gratchova

La poterie en Asie Centrale

L’art des potiers a pris son essor 4000 ans avant notre ère, en Mésopotamie. La profession de potier était alors renommée, l’art se transmettait de père en fils. C’est à cette époque qu’ont été inventés le tour de potier et le vernissage des pots. La poterie tire sa richesse de la diversité de l'argile. Les différentes natures des terres ont enrichie les possibilités de la poterie, dont l’art repose tout autant sur le modelage de la terre que sur sa préparation. Les matériaux les plus variés, de la terre noire ou blanche au cristal de roche et la découverte de pigments résistants aux hautes températures, ont permis de faire varier à infini les tons des vernis comme la richesse des ornements et des formes des créations.

C’est au Xe siècle que la poterie c'est véritablement développée en Asie Centrale, et ce particulièrement au Kirghizstan dans la vallée de Tchouy et dans la région d’Och. Rapidement, la poterie est devenue un véritable art national vecteur de la culture kirghize. Les techniques étaient transmises de génération en génération, en suivant la tradition orale kirghize, ce qui a toujours positionné les potiers au centre d’un savoir ancestral. Sous l’Union soviétique, les technologies se sont perfectionnées et les savoir-faire de différents potiers ont été harmonisés. Les tours de potier manuels se sont électrisés, et un livre russe, édité à St Petersbourg, a entrepris de centraliser les méthodes des différents maitres, jusqu’alors isolés, dans le pays. Aujourd’hui encore, dans l'Institut gouvernemental des arts et metiers kirghize, cet ouvrage est la référence avec lequel travaillent tous les apprentis.

Un artiste au travail

Poterie et culture sont intimement liées : c’est ce qu’affirme le maitre Beishebaev Kanatbek, potier depuis quinze ans. Ses travaux suscitent une admiration particulière, principalement à l’étranger. Il dit en effet vendre la plupart de ces œuvres lors du salon d’art kirghiz, évènement organisé en plein air une fois par an  Bichkek. Ce marché d’art traditionnel est particulièrement fréquenté par des étrangers où « non seulement des européens, mais aussi des ouzbeks et des kazakhs » affirme l’artiste, viennent acheter ses travaux. C’est ce qui pousse le maitre à développer son art à l’étranger : « nous allons souvent à Almaty pour exporter notre art en dehors du pays ».

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Travaux du potier Beishebaev Kanatbek. Crédit: 
Natalie Gratchova

L’artiste s’inspire des secrets de la culture kirghize. Talent et habileté lui sont autant nécessaires que sa passion pour la culture nationale. Ses poteries sont ornées de pétroglifs et de dessins fantasques traditionnels, et ce sont ces illustrations qui font du vase une œuvre d’art. Beishebaev Kanatbek assure que c’est ce qui confère un sens à son travail: ces arabesques prolongent dans le présent toute la vie des ancêtres du peuple Kirghiz. L’artiste réutilise les ornements rituels des anciens cultes panthéistes et animistes et leur cherche une signification présente. Tout le génie du maitre se trouve dans la recherche du « point d’or » d’équilibre entre forme de la poterie et son ornement. Beishebaev Kanatbek affirme avoir longuement étudié l’histoire de son peuple comme celle des différentes poteries étrangères : il sait quelles formes et quels dessins utilisaient les potiers scandinaves et grecs dont plusieurs imitations  trônent dans son atelier. Mais il assure avoir effectué ces travaux « uniquement pour s’entrainer » : il ne peut réellement s’exprimer qu’à travers ce qui l’inspire, sa culture nationale.

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Mozaique traditionelle du maitre Beishebaev Kanatbek. Crédit: Natalie Gratchova

«Gontshar» de la terre au pose:

La réalisation des poteries est un long processus. Tout d’abord il convient de préparer l’argile. Le maitre utilise des glaises d’Ivanovka et de Kara Ketche particulièrement concentrées et idéales pour le modelage.

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L'argile est stockée à l'exterieur, sans protections. Crédit: Natalie Gratchova

La première étape est la purification de la terre au tamis afin d’en extraire les impuretés, et d’obtenir un matériel uniforme. Après quoi, la terre est broyée et pétrie à la machine puis à la main afin d’obtenir des blocs meubles. Ensuite, elle est laissée au repos une semaine avant de pouvoir être modelée.

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En seconde étape, la terre est pétrie, homogénéisée. Crédit: Natalie Gratchova

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Coupe d'un bloc de terre glaise, prêt à être modelée. Crédit: Natalie Gratchova

L’artisan verse alors de l’eau à la surface de l’argile, la place sur son tour de potier et meule à la main la forme souhaitée. Une fois modelé le vase est séché, verni puis cuit. Enfin, les ornements sont ajoutés.

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Maitre et apprentie potier. Crédit: Natalie Gratchova

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L'eau assouplie l'argile qui peut alors être élevée et courbée délicatement.
 Crédit: Natalie Gratchova

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Le tour, la terre et l'eau. Crédit: 
Natalie Gratchova

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Vases frais au séchage. Crédit: 
Natalie Gratchova

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Four artisanal, "fait à la main" . Crédit: 
Natalie Gratchova

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Travaux finaux décorés et vernis. Crédit: 
Natalie Gratchova

La poterie kirghize aujourd’hui :

La potier Olga Sultanalieva qualifie la poterie au Kirghizstan comme « en déclin ». Le niveau des maitres aurait notoirement diminué comme la popularité du corps de métier, pratiquement disparue. Le nombre d’apprenti décline d’année en année : seul deux ou trois élèves s’inscrivent chaque année ; et selon elle : « tous n’ont pas le talent et l’étincelle nécessaire pour comprendre cet art et devenir maitre à leur tour ».

La renaissance de l’art potier ne pourra pas se faire sans une action conjointe du ministère de la culture et du tourisme. C’est à cet effet qu’est prévue la création d'un festival à Bichkek «Ilistshi Onor Kenshi » avec pour objectifs de rassembler les meilleurs maitres potiers et de dynamiser la production en attirant un public international. Le gouvernement semble prêt à soutenir cet aspect de l’art national kirghize : à l’heure d’interrogations sur l’identité kirghize, la poterie semble un bon vecteur de redécouverte des traditions nationales.

Travaux du potier
Travaux du potier Beishebaev Kanatbek. Crédit: Natalie Gratchova

Aisuluu BUSURMAN 
Journaliste pour Francekoul.com à Bichkek

Crédit Photos par
Natalie GRATCHOVA

Relu par Gaspard Durieux

 

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