La Chine propose de construire une ceinture économique de la route de la soie

La Chine, leader régional ?

Bien que la date d’entrée du Kirghizstan dans l’Union douanière ait été repoussée au 1er mai 2015, ce n’est que partie remise. Parallèlement, la Chine cherche à construire une zone économique similaire pour assoir et renforcer sa présence dans la région. Celle-ci est pourtant plus que jamais incertaine, posant le doute jusqu’à l’existence même du bazar Dordoï où la majorité des produits viennent de l’Empire du Milieu. En octobre, Vetchernii Bichkek faisait le point sur la politique chinoise en Asie Centrale.

En septembre 2013, lors d’une conférence donnée à l’université Nazarbaïev au Kazakhstan, le président chinois Xi Jinping évoquait l’idée d’une « ceinture économique de la grande route de la soie ». Il disait que cette initiative, bien que très ambitieuse, pourrait donner « une nouvelle impulsion à la coopération entre la Chine et l’Asie centrale ».

En un an, la Chine a fait d’importants pas dans cette direction.

Des mots aux actes

Il était d’emblée évident que cette « zone économique » ne resterait pas de simples paroles en l’air. En ce même mois de septembre Xi Jinping a visité les différentes républiques d’Asie centrale, une tournée qualifiée d’ « historique » par la presse chinoise. Il en est en revenu avec plusieurs contrats d’une valeur globale de 60 milliards de dollars.

La majorité des signatures récoltées sont liées à des projets de construction et d’infrastructure. Au Turkménistan, l’attention du leader chinois s’est arrêtée sur le gaz.  Il a d’ailleurs assisté à la cérémonie d’ouverture d’un nouveau gisement, Galkynysh, considéré comme la deuxième plus grande réserve de gaz du monde (21,2 trillions de m3). Xi Jinping a également signé un accord sur la construction de nouveaux pipelines, qui permettraient de doubler le volume d’exportation de gaz vers la Chine. Il est possible que l’une des lignes de l’oléoduc traverse le Kirghizstan.

Au Kazakhstan, l’accent a été mis sur le pétrole. La compagnie China National Petroleum Coorporation a reçu 8% des parts dans le consortium visant à développer le champ pétrolier de Kashagan dans la mer Caspienne, contre 5 milliards de dollars.

En Ouzbékistan, en plus de la promesse de nouveaux oléoducs, il est prévu de construire un chemin de fer qui reliera les différents pays de la région à la Chine.

Avec le président du Tadjikistan, Emomalii Rahmon, Xi Jinping doit coopérer dans le secteur du transport.

A Bichkek, Xi Jinping et Almazbek Atambaïev ont signé une déclaration commune indiquant que la relation sino-kirghize s’est élevée au rang de partenariat stratégique. Le document souligne une volonté de « renforcer la coopération dans les domaines du transport et de la communication et d’étudier les possibilités de développer des projets routiers, ferroviaires et dans d’autres secteurs de l’infrastructure ». Il est également question de rénover les routes Osh-Sary-Tash-Irkeshtam et Bichkek-Torugart et d’en construire une entre le nord et le sud du pays.

Où va ce chemin ?

Le Kirghizstan, qui peine à fixer la ligne directrice de sa politique étrangère, s’est précipité dans l’offre. Après tout, les perspectives d’une solide coopération avec la Chine sont pleines de promesses séductrices. Mais comment l’articuler avec les autres partenariats de la République ?

Ruan Tszuntsze, vice-président de l’Institut chinois des études internationales, a jeté de l’huile sur le feu lors d’une conférence à Bichkek sur la politique étrangère de la Chine. Il y a encouragé le Kirghizstan à rejoindre cette dite « ceinture économique de la grande route de la soie » plutôt que l’Union douanière, en soulignant que « l’Union douanière ne regroupe au mieux que trois pays, et il est encore incertain qui va la rejoindre ».

« La Chine a montré ses dents », a commenté immédiatement après le politique kirghize Kubat Rakhimov. « Les conséquences de cette proposition de la Chine étaient très claires dès le début. Mais ça n'a encore jamais été présenté ouvertement comme une alternative à l'Union Douanière.» Pour Svyatoslav Teretev, consultant pour la Communauté économique eurasiatique, cette intervention souligne parfaitement les intentions de la Chine envers le Kirghizstan. « La Chine considère cette petite République comme son réservoir de matières brutes et un carrefour pour l’exportation des produits chinois dans les autres pays de la CEI. Dans le cas de l’adhésion du Kirghizstan à l’Union douanière, une grande partie de la production chinoise cessera d’exister. »

Début octobre, le journal officiel du Parti Communiste, Le Quotidien du peuple, publiait deux articles sur l’importance de l’influence et de l’expansion de la Chine en Asie centrale. Selon les auteurs, l’intégration à l’Union douanière résulte d’une tentative de Moscou de garder son empoigne sur les pays de l’ex-URSS. Pour ce qui est de la stratégie américaine, elle diffère en ce que « les Etats-Unis veulent contrôler l’Afghanistan, sans y investir ».

Du compétiteur au complément

Mais cette année, la rhétorique a changé. Les deux accords pourraient très bien être complémentaires. Pékin a tenté de rassurer les Républiques d’Asie centrale, ainsi que la Russie, que la ceinture économique ne serait pas une alternative à l’Union douanière, mais un projet qui pourrait exister en parallèle.

Le Quotidien du peuple a ainsi invité les rédactions des principaux médias russes et centre-asiatiques à une conférence pour souligner la comptabilité des deux unions économiques. Si tous étaient présents, les journaux russes  ont clairement joué le rôle de « grand frère ».

Les organisateurs du forum ont ainsi déclaré « espérer que les médias expliqueraient honnêtement le projet de la ceinture économique à leurs lecteurs, ses perspectives et ce qu’en gagnerait chaque pays ».

D’après les discours des différents experts, la réincarnation de la route de la soie permettrait de créer une zone de libre-échange à grande échelle, depuis le nord de la Chine jusqu’en Europe centrale. Le long de ce chemin vivent environ trois milliards de personnes. Avec elles, un immense potentiel. Sept secteurs sont visés à long terme : le transport, l’énergie, le commerce, l’information, la recherche, l’agriculture et le tourisme. La prise de décision unilatérale et du gouvernement facilite, selon ces mêmes experts, la construction et la réussite d’un tel projet.

En réalité, une zone économique reliant la Chine au Kirghizstan n’est déjà plus un concept, mais une réalité très concrète. Les principaux investisseurs viennent tous de Chine. La Chine a des parts dans près de 600 entreprises kirghizes. Elle est parmi les trois principaux partenaires de la République. Et une récente déclaration d’aide dans le développement des infrastructures et des transports pourrait élever cette dépendance à un autre niveau encore.

La Russie, pourtant, n’a pas l’intention de perdre sa place. Le fait que le Kirghizstan dépend d’elle non seulement économiquement, mais aussi politiquement joue en sa faveur.

En attendant, le Kirghizstan se tient à un carrefour entre deux routes sans croisement, et devra vite faire son choix.

 

Natalia Timirbaeva

Traduit du russe par Marion Biremon

 

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