Rencontre Iran-Turkménistan

Face à la pression américaine, l’Iran se tourne vers les pays d’Asie centrale

Depuis début mai, l’Iran est sous pression maximale des Etats-Unis avec la fin des exceptions aux sanctions américaines sur ses exports de pétrole et l’envoi potentiel d’une importante armada de l’armée américaine dans le Golfe. Son économie, déjà en forte récession, devrait s’affaiblir encore en 2019. Dans ce contexte, Téhéran cherche de nouveaux débouchés économiques et politiques : l’Asie centrale semble être toute trouvée pour échapper à la strangulation des sanctions de Washington. 

Entre lignes de chemin de fer, pétrole et flux financiers, décryptage des derniers mouvements de l’Iran déployés vers l’Asie centrale.

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Le 13 mai dernier, le président turkmène, Gourbangouly Berdimouhamedov, recevait à Achgabat le ministre des Affaires étrangères iranien, Mohamad Javad Zarif. Le Turkménistan est le seul des 5 pays d’Asie centrale à avoir une frontière commune avec l’Iran. C’est donc un pays clé pour ouvrir à l’Iran les routes vers les autres pays de la région, y compris vers la Russie et la Chine. Cependant, les relations entre Iran et Turkménistan sont au plus bas depuis 2017 et l’arrêt des exportations de gaz du Turkménistan vers l’Iran. La dispute devant des tribunaux d’arbitrage internationaux qui a éclaté ensuite pour des dettes non-payées et la rupture du contrat d’export n’a rien fait pour améliorer les choses. Depuis plus de six mois, des camions de fret en provenance d’Iran sont régulièrement bloqués à la frontière turkmène, ne facilitant pas la connexion avec le reste de la région. L’année dernière, des escarmouches entre marine turkmène et pécheurs iraniens ont même eu lieu sur la mer Caspienne, causant plusieurs morts…

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Ces mauvaises relations pourraient ne durer qu’un temps. De fait, alors que l’Iran a besoin d’autres débouchés géographiques que le Golfe, le Turkménistan est stratégique. Une première piste passerait par le rail et une influence croissante de l’Iran dans la Communauté des Etats indépendants (CEI). Achgabat préside la CEI cette année et organisera un sommet des chefs d’Etat en octobre prochain. En parallèle, l’Iran est devenu le 15 mai dernier à Helsinki membre plein d’un comité de la CEI qui peut sembler obscur de prime abord : celui du conseil du transport ferroviaire de la CEI. Un des buts concrets de cette participation pour l’Iran est de faire avancer le projet de rénovation et d’électrification de la ligne ferroviaire Garmsar-Icheboron. Une ligne financée par la Russie qui permettra de connecter le sud du pays (Garmsar) vers le nord (Icheboron), à la frontière turkmène, d’où part une ligne permettant de relier la Russie, la Chine, mais aussi l’Ouzbékistan et le Kazakhstan. Le développement de cette ligne ferroviaire permettrait à l’Iran d’exporter ses produits, déjà bien présents au Turkménistan.

Le développement du rail est également important pour réaliser les plans de la Chine de connecter la région avec l’Iran dans le cadre de ses Nouvelles routes de la soie (OBOR). Le ralliement de l’Ouzbékistan depuis la mort d’Islam Karimov à ce projet de lien ferroviaire Chine-Iran pourrait démultiplier les échanges et les connexions entre Iran et Asie centrale.

Enfin et au-delà du voisin centrasiatique le plus proche, l’Iran s’intéresse de près à l’Ouzbékistan. Du pétrole iranien pourrait être exporté dans le pays, tandis que Téhéran et Tachkent souhaiteraient ouvrir une ligne aérienne directe entre leurs deux capitales. Les médias iraniens font même écho de la volonté de coopérer militairement avec l’Ouzbékistan. Même si rien n’est concrétisé, ces intentions montrent l’intérêt de l’Iran pour se rapprocher le plus possible et dans tous les domaines de l’Asie centrale.

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Cet intérêt de l’Iran pour l’Asie centrale, géographiquement et géopolitiquement logique à l’aune d’une pression économique et militaire maximale des Etats-Unis, n’est pas nouveau. Pour autant, il pourrait prendre des formes bien plus pratiques et immédiates, suivant l’exemple avec le Tadjikistan lors des dernières sanctions américaines contre l’Iran. En 2013, alors au plus fort des sanctions, un businessman iranien propriétaire d’une banque au Tadjikistan y aurait fait transiter des milliards de dollars issus de vente de pétrole iranien sous sanction pour les rapatrier vers l’Iran, en manque cruel de devises étrangères. Aujourd’hui cependant, les relations entre Iran et Tadjikistan se sont radicalement retournées au profit des relations avec l’Arabie saoudite.

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Avec la pression renouvelée de sanctions américaines encore plus strictes que par le passé, l’Iran est pressé de chercher des lieux de transit financier, notamment pour obtenir des devises. Les banques des pays d’Asie centrale, tel que l’Ouzbékistan ou le Turkménistan pourraient-elles servir de proxy financier pour l’Iran, comme le Tadjikistan l’a fait lors des dernières sanctions ? Alors que le secteur bancaire et financier ouzbek s’ouvre à grande vitesse tout en cherchant activement des investisseurs, il pourrait être un candidat de choix pour l’Iran, ce qui expliquerait l’offensive diplomatique iranienne en Ouzbékistan. Affaire à suivre…

La rédaction

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TDH
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