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Non, il n’y a pas de « renaissance » de la mer d’Aral

DECRYPTAGE. Alors que le Turkménistan a inauguré le 8 mai en grande pompe un lac artificiel dans le désert, alimenté indirectement par les eaux du principal fleuve qui alimentait la mer d’Aral, on peut lire dans la presse française que « la mer d’Aral renaît ».

Ce n’est pas la première fois que la presse française et internationale met en avant ce renouveau de la mer d’Aral, alors même que rien n’indique une amélioration de la situation dans ce qui est désormais appelé l’« Aral-Koum », désert d’Aral en langues turciques. Décryptage d’une « fake news ».

« On la croyait condamnée : la mer d’Aral. (…) Grâce à un barrage, l’eau revient et l’espoir aussi ! », s’extasie France Info, mentionnant un reportage photo du magazine Géo. Et de conclure l’article en parlant du bon élève kazakh, victime de l’URSS : « une fois les Soviétiques partis, l’Etat kazakh a voulu réparer » en construisant un barrage, et le mauvais élève ouzbek « dans la partie sud, l’assèchement se poursuit : l’Ouzbékistan, sixième exportateur mondial de coton, a d’autres priorités ».

Or, comme Novastan vous l’expliquait il y a un an, la situation de la mer d’Aral empire, malgré les coups de comm’. Un seul fait, parmi de nombreux autres, montre que non, la mer d’Aral ne revient pas, et que les Etats indépendants continuent dans le droit chemin de l’URSS. Après l’effondrement de l’URSS en 1991, la superficie occupée par les terres irriguées par les bassins fluviaux qui alimentent la mer d’Aral n’a pas diminuée. Bien au contraire, elle a augmentée, en priorité au Kazakhstan… Or l’irrigation est la principale raison de la disparition de la mer d’Aral, car seul le surplus d’eau qui n’a pas été utilisée en amont par les agriculteurs est déversée dans la mer.

La « petite Aral », comme a été nommé le lac reformé au Nord grâce au barrage, et qui fait dire que la mer renaît aux médias occidentaux, ne fait que retenir les restes d’eau du Syr-Daria sur une portion congrue de ce qu’était la mer, comme le montre les images de la NASA. Ce barrage empêche également l’eau de se rendre dans la partie la plus basse (située en Ouzbékistan), achevant d’en faire un véritable désert très salé, qui est à l’origine d’impressionnantes tempêtes de sel ces dernières années.

La situation, aussi critique qu’à l’indépendance, pourrait même empirer avec deux projets en cours du côté du Turkménistan. Tout d’abord, l’inauguration du lac artificiel Altyn Asyr le 8 mai dernier, construit avec le soutien de l’ONU. L’eau pour le lac Altyn Asyr proviendra en partie des eaux actuellement déversées dans le lac Sary Kamych, partagé entre le Turkménistan et l’Ouzbékistan. Cela pourrait même conduire à son assèchement total dans les années à venir, une autre partie de l’eau devrait indirectement provenir de l’Amou-Darya, le principal affluent de la mer d’Aral. Contribuant ainsi à finir d’assécher la mer, selon un article du très sérieux journal Nature daté de 2014.

La deuxième menace est la prolongation du canal du Karakoum. Le 26 mars dernier, des spécialistes du Comité d’État turkmène pour la gestion de l’eau ont annoncé au média turkmène Orient.tm qu’ils planifiaient d’allonger le canal de 200 kilomètres afin d’amener de l’eau vers les terres du sud et du sud-ouest de la région de Balkan. Le canal du Karakoum utilise à lui seul 25% des eaux de l’Amou-Darya, tout en perdant près de 80% de son eau par évaporation et infiltration, polluant par là-même les nappes phréatiques qui deviennent salées.

La prolongation du canal du Karakoum permettra d’achever la construction des réservoirs de Bereket (18 millions de mètres cube d’eau) et de Danatinsky (45 millions de mètres cube d’eau) et se fera en parallèle du remplissage du lac d’Altyn Asyr. Le but du projet est d’augmenter le débit en eau du canal afin de servir les industries et l’agriculture.

Le prolonger, amènera immanquablement à augmenter les volumes d’eau tirés dans l’Amou-Darya. Et ce alors que le partage des eaux du fleuve, qui fait office de frontière entre l’Ouzbékistan et le Turkménistan, est au cœur des négociations sur la délimitation des frontières entre les deux pays. Régler les problèmes de la mer d’Aral, c’est avant tout réussir une coopération régionale, qui est toujours bloquée depuis les indépendances comme l’a confirmé l’échec du sommet des chefs d’Etats des cinq pays en août dernier.

La rédaction

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Un bateau échoué au bord de ce qui reste de la mer d’Aral du côté kazakh.
Novastan
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