Abaï Astana théâtre opéra

Abaï de retour à l’opéra kazakh

Le poète Abaï, l'une des figures les plus importantes de la culture kazakhe contemporaine, est au coeur d'une nouvelle interprétation d'un opéra. De quoi dépoussiérer une pièce qui rend hommage à un homme pétri de culture et d'autorité. 

En 2015, les habitants du Kazakhstan fêtent les 550 ans dès l’apparition du Khanat kazakh, la première forme d’un Etat kazkakh apparu en 1465. Mais 2015 est aussi le 170ème anniversaire de la naissance du poète Abaï Kounanbaïouly, ou Abaï, personnage extrêmement important dans le paysage culturel kazakh actuel.

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Cet événement majeur pour le pays a été marqué par la sortie d’une nouvelle interprétation de l’opéra Abaï le 25 et 26 septembre dernier. Cet opéra, qui évoque la vie du poète, a été joué sur la scène de l’opéra d’Astana, le théâtre national de la capitale kazakhe. Il avait auparavant connu un certain succès à Paris.

La seconde version depuis 1944

L’idée d’une mise en scène de l’histoire de poète, compositeur et moraliste kazakh est apparue en 1944. Les compositeurs Akhmet Joubanov et Latif Khamidi, ainsi que Moukhtar Aouézov qui a écrit libretto pour « Abaï », ont fait tout ce qui était possible pour que la première voie le jour. En 1944, il a reçu de nombreux compliments de la part des critiques.

Aujourd’hui,  Alan Buribayev, l’arrière-petit-fils d’Akhmed Joubanov, continue le travail sur cet opéra. De parents musiciens, il a corrigé les erreurs musicales dans la partition de l’opéra et l’a présenté en 2014 à Almaty.

Une collaboration kazako-italienne

Le projet présenté à Astana est un ensemble de deux visions de la culture et littérature kazakhes : l’une est plus proche des Kazakhs, tandis que l’autre affiche le regard impartial des Italiens, représentés par Giancarlo del Monaco, un metteur en scène italien qui a travaillé cette année en collaboration avec Alan Buribayev.

Giancarlo del Monaco

La nécessité d’une nouvelle interprétation de l’opéra d’Abaï s’explique par la différence entre les générations. La nouvelle interprétation d’Alan Buribayev contribuera à la meilleure perception de l’histoire : « Chacun de nous a son image d’Abaï », estime le chef d’orchestre.

« Abaï n’a pas changé »

C’est pour cette raison que le scénographe italien Ezio Frigerio a usé du concept cinématographique. Le maximum d’espace ouvert sur la scène joue sur la visualisation et crée une profondeur de champ perceptible. Donc, les amateurs de 3D ne seront pas déçus.

Abaï opéra acte

« Abaï n’a pas changé », estime de son côté Sundet Baigozhin, qui joue le rôle d’Abaï. Et ce même si les Italiens sont loin de la culture kazakhe.

Abaï, un homme soucieux de la culture des masses

Les costumes nationaux fabriqués par Franca Squarciapino, une costumière italienne, ne diffèrent visiblement pas non plus des authentiques.

Le metteur en scène caractérise Abaï comme un homme politique culturel qui s’occupait du développement de la culture des masses. Giancarlo del Monaco en veut pour preuve ses paroles et ses poèmes.

« Dieu vous a gratifié de la faculté d'apprendre, d'un esprit capable d'assimiler la connaissance, mais qui sait à quoi il vous a servi. Qui échouera à prospérer s'il travaille dur, persévère sans se lasser et fait bon usage de son esprit ? Mais vous n'avez pas besoin de cela ! Vous priez pour devenir riche en intimidant, en trichant et en mendiant à d'autres. Quel genre de prière es-ce là? Ce n'est là que pillage et mendicité d'une personne qui a perdu toute conscience et honneur. Supposons que vous ayez choisi ce chemin et gagné la possession d'un bétail. Eh bien, utilisez le pour obtenir une éducation ! ». (Abaï, « Paroles Edifiants », Dixième parole)

Peu à peu, Abaï devient la carte de visite du Kazakhstan

Dans cet opéra, on découvre la personnalité d’Abaï avec son expérience qu’il veut partager aux les autres, surtout les jeunes. Abaï est resté toujours très proche de son peuple, tout en n’épargnant rien pour ses compatriotes.

Costumes Abaï opéra

C’est pourquoi il était l’autorité pour les autres. Cette facette est très visible dans l’un des actes du spectacle, lorsque les jeunes amoureux s’éloignent des traditions de la steppe. Le chef de communauté décide de tuer les désobéissants, mais le sage Abaï l’arrête de ce « pas » grave. Il dit que si la décision est juste, elle ne doit pas nous pousser au meurtre : les juges ne sont pas des bourreaux.

Depuis le 25 septembre, l’opéra « Abaï » est toujours présent dans le répertoire de l’opéra d’Astana.  Peu à peu, Abaï devient une carte visite du Kazakhstan. Mais cela ne veut pas dire qu’elle ne vise que le public national. « Dans cet opéra, on parle des choses importantes qui vont susciter l’intérêt de chacun, indépendamment de l’appartenance religieuse », résume Alan Buribayev.

Kamila Shepeleva
Journaliste pour Novastan.org à Nancy

Relu par Etienne Combier



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