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Affrontements dans le sud du Kazakhstan : conflit interethnique ou mafieux ?

Près d’un millier de Kazakhs auraient pris part à des affrontements qui aurait tourné au pogrom contre des Dounganes, dans le sud-est du Kazakhstan. Ces événements sont aujourd’hui au centre de plusieurs controverses, dont une revient sans cesse : son origine, potentiellement mafieuse.

Dans la nuit du 7 au 8 février, les villages kazakhs de Masantchy, Karakemer, Sortobe, Aoukhatti dans la région de Jambyl, non loin de la frontière avec le Kirghizstan, ont été le théâtre d’affrontements entre Kazakhs et Dounganes, que ces derniers ont qualifié de pogrom à leur encontre. L’origine de ces événements est aujourd’hui au cœur de vives controverses.

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Officiellement, près d’un millier de Kazakhs seraient entrés dans les villages, blessant une centaine de personnes. Dix habitants ont trouvé la mort dans le village de Masantchy : neuf Dounganes et un Kazakh. Comme le rapporte le média russe Fergana News, plus d’une trentaine de maisons et une trentaine de magasins ont été détruits par les assaillants avant l’arrivée de la police et le rétablissement de l’ordre. 

De nombreuses rumeurs sur l’origine des événements

Les rumeurs vont bon train quant aux raisons de l’émeute. Pour certains, tout aurait débuté suite à une altercation entre un conducteur doungane et un vieil homme kazakh. Le premier aurait frappé le second que ses camarades se seraient pressés de venger. Cette version est, pour l’instant, celle soutenue par le gouvernement.

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Selon la chaîne Telegram Central Asia Brief, les représentants dounganes expliquent l’émeute par l’agression sexuelle d’une jeune Doungane par un Kazakh ivre, qui aurait entraîné la colère des Dounganes puis la réponse violente des Kazakhs. Il est également possible que l’affrontement ait débuté par l’intervention d’un Kazakh dans une altercation entre des jeunes Ouïghours et Dounganes. Ces derniers se seraient retournés contre lui et l’aurait tué, ce qui aurait poussé les assaillants de Masantchy à répliquer.

Une dernière version implique directement la police. Cette dernière aurait poursuivi un conducteur dougane qui se serait caché dans la maison de membres de sa communauté. Les individus ne laissant pas les forces de l’ordre entrer, ces dernières se seraient tournées vers leurs compatriotes.

47 personnes arrêtées

A ce jour, 47 personnes ont été arrêtées par les autorités kazakhes et l’enquête se poursuit. Les interpellés répondent aux articles 99 (Meurtre), 272 (Organisation et participation à des émeutes) et 293 (Hooliganisme) du Code Pénal kazakh. Alors que 25 procédures pénales ont été lancées, l’identité des inculpés est gardée secrète. On notera l’absence de mention par les autorités du caractère ethnique des faits.

Les médias officiels avancent le terme “d’incident” pour désigner l’événement tandis que les victimes dounganes parlent de pogrom. Le vice-Premier ministre kazakh Berdibek Saparaïev a pris la tête de la commission en charge de la gestion du pogrom et est devenu gouverneur de la région pour y remettre de l’ordre. Les autorités kazakhes semblent prendre énormément de précaution pour adresser le cœur du problème. C’est que les rumeurs sur l’origine du conflit pourraient bien cacher des intérêts plus terre-à-terre.

La thèse du conflit criminel ?

Le politologue Youri Boulouktaïev a déclaré que le pogrom avait sans doute été planifié. Interrogé par le média kazakh 365info.kz, il explique que 54 cocktails molotov avaient été saisis, alors qu’ils nécessitent une préparation en amont. Des habitants de la région ont exprimé leurs doutes quant à l’origine des assaillants qui ne pourraient venir, selon eux, uniquement des villages alentours. 

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L’attaque aurait en effet pu être provoquée par des réseaux criminels, seuls à même d’organiser une telle attaque avec un nombre si important. C’est la thèse du politologue kazakh Aydos Sarym, qui souligne que c’est une région frontalière où la contrebande, notamment de drogue, est une partie majeure de l’économie locale. Le quotidien kirghiz Vecherny Bichkek va même plus loin, liant ces affrontement à l’arrestation il y a quelques semaines au Kazakhstan d’un des criminels les plus puissants de la région du sud du Kazakhstan, Serik Golova. Même le directeur de l’association des Dounganes du Kazakhstan, Khoussein Daourov, qui avait le premier parlé de pogrom, reconnaît l’implication “d’éléments du monde criminel” dans ces événements.

Agathe Guy
Rédactrice pour Novastan

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Les affrontements entre Kazakhs et Dounganes, notamment à Masantchy (photo) ont occasionné d’importants dégâts.
Photos Fergana News / Montage Novastan
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