Kazakhstan Amirjan Kossanov enregistrement candidat présidentielle 2019

Amirjan Kossanov, un opposant trop conciliant ?

Deuxième avec 16% des voix lors de l’élection présidentielle kazakhe, le représentant principal de l’opposition, Amirjan Kossanov, s’est révélé particulièrement docile face au pouvoir en place, malgré les irrégularités dans les élections et la répression des manifestations.

Quelle opposition face à l’héritier de Noursoultan Nazarbaïev ? Au cours de l’élection présidentielle du 9 juin dernier, les Kazakhs ont pu choisir leur second président depuis l’indépendance de leur république en 1991. Les résultats ont hissé le Président par intérim, Kassym-Jomart Tokaïev, aux sommets, puisqu’il a recueilli plus de 70 % des suffrages. Cependant, cette victoire n’est pas aussi écrasante que celles de son prédécesseur, qui recueillaittraditionnellement plus de 90 % des suffrages (97,7 % en 2015). Cette fois, le candidat du parti présidentiel Nour-Otan a laissé une place plus importante à l’opposition.

C’est Amirjan Kossanov qui a été, de facto, le principal rival de Kassym-Jomart Tokaïev à la présidentielle. Son score de 16 %, supérieur à celui des 5 autres candidats réunis, est le plus haut jamais obtenu aux présidentielles kazakhes par un candidat de l’opposition. De plus, il s’est révélé particulièrement critique du régime tout au long de la campagne, s’appuyant sur un programme ambitieux de réforme démocratique du pays.

Mais malgré tout, son attitude au cours de l’élection a été particulièrement étonnante : très docile face au gouvernement malgré les irrégularités et les protestations qui ont parsemé la journée de vote, il s’est complètement calqué sur les positions officielles. Pour essayer d’y voir plus clair, le moment est venu de s’interroger sur le parcours du personnage.

Une longue carrière politique

Candidat du parti « Oult tagdyry » (« Destin national »), un mouvement qui se décrit comme « national-patriotique », Amirjan Kossanov n’est pas un néophyte en politique. Journaliste de formation, membre des Jeunesses communistes avant la chute de l’URSS, il a occupé plusieurs fonctions successives au sein d’un des gouvernements de Noursoultan Nazarbaïev : d’abord responsable du département de la presse et de l’information de masse, il devient vice-président du comité d’État à la jeunesse en 1993, avant d’accéder au poste de sous-ministre de la Jeunesse, du tourisme et du sport en 1994. De 1994 à 1997, il est l’attaché de presse du Premier ministre Akejan Kajegeldin.

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Kassym-Jomart Tokaïev conférence de presse élection Président Kazakhstan

C’est en accompagnant cet ex-Premier ministre controversé, qui échoue à l’élection présidentielle de 1998, qu’Amirjan Kossanov s’installe durablement dans le camp de l’opposition. Ensemble, ils forment le Parti républicain du peuple du Kazakhstan (RNPK), un mouvement qui prône la démocratisation du pays sur des bases sociales-libérales, mais s’éteint en 2002. Dès 2005, Amirjan Kossanov est choisi pour occuper le poste de vice-président au sein du Parti social-démocrate national (OCDP), qui entre en activité en 2007 et devient membre consultatif de l’Internationale socialiste en 2012. Activiste engagé, Amirjan Kossanov s’est notamment illustré en organisant des manifestations en soutien aux victimes du massacre de Janaozen, ce qui lui a valu deux séjours en prison, en février et en mars 2012.

Un représentant providentiel de l’opposition

La nomination d’Amirjan Kossanov à la candidature du mouvement « Oult tagdyry » s’est faite dans des circonstances particulièrement discutées. Dans le cadre de l’élection présidentielle de 2019, il a d’abord exprimé son soutien à Ermurat Bapi, du Parti social-démocrate national (OCDP), qui a finalement refusé de présenter sa candidature. L’OCDP hors-jeu, la nomination d’Amirjan Kossanov a été annoncée lors d’une réunion du parti à Almaty, le 26 avril dernier.

Un changement de fusil d’épaule qui a rapidement donné lieu à des spéculations sur une éventuelle instrumentalisation par le gouvernement. L’entretien accordé par Amirjan Kossanov au média kazakh Vlast est à ce titre particulièrement révélateur. Le candidat d’« Oult tagdyry » est par exemple suspecté d’avoir reçu le soutien de membres de Nour-Otan, le parti au pouvoir, dans l’obtention des signatures de 118 140 citoyens (représentant 1 % des électeurs), nécessaires à l’enregistrement d’une candidature à l’élection présidentielle du Kazakhstan.

Débat Télé Kazakhstan Candidats

Ce soutien potentiel du gouvernement n’a semble-t-il pas suivi durant la campagne elle-même. De fait, la campagne d’Amirjan Kossanov a subi les mêmes inégalités que tous les autres candidats de l’opposition à Kassym-Jomart Tokaïev, à commencer par un budget bien moins conséquent, qui ne permet pas de rivaliser avec la propagande mise en place pour le Président par intérim. Néanmoins, Amirjan Kossanov, qui a basé son programme sur le leitmotiv d’une démocratisation qui passerait par un rapprochement avec l’Europe et une réduction de l’influence du Kremlin sur le Kazakhstan, a multiplié les propositions fortes et les déclarations critiques contre le gouvernement.

Au cours du débat télévisé du 29 mai dernier, marqué par l’absence de Kassym-Jomart Tokaïev, Amirjan Kossanov s’est affirmé comme le représentant de « ceux qui ont été battus, emprisonnés et tués dans le combat pour la démocratie et la liberté ». Dans son programme, il a érigé les principes de la liberté politique et de la lutte contre la corruption parmi les 6 objectifs principaux de son action.

Légalisme ou légitimation du pouvoir ?

Amirjan Kossanov a été le seul candidat de l’élection présidentielle à critiquer directement et ouvertement le gouvernement. Au début du mois de mai dernier, il a repris les slogans des nombreux Kazakhs qui ont protesté, dans la plupart des grandes villes du pays, contre la mainmise de Kassym-Jomart Tokaïev et de son parti Nour-Otan sur l’élection anticipée. Ce faisant, il a affiché son soutien aux revendications populaires pour la liberté d’expression politique et l’impartialité des élections, qui correspondent aux principes qui ont porté sa propre campagne.

Lire aussi sur Novastan : Élection présidentielle au Kazakhstan : l’opposition se cherche une place 

Pour autant, tout change le 9 juin dernier, jour de l’élection. Ce jour-là, de nouvelles manifestations de grande ampleur ont eu lieu à Nur-Sultan et Almaty. Des mouvements sévèrement réprimés par les autorités, qui y ont vu les effets d’une perturbation venue de l’Occident. La figure du dissident exilé en France, Moukhtar Abliazov, a été évoquée, avec des accusations portant sur son mouvement « Choix démocratique du Kazakhstan » (DVK). Cette fois, Amirjan Kossanov a choisi de défendre le gouvernement et a repris à son compte l’hypothèse d’une influence extérieure. Déployant des arguments légalistes qui contrastent avec ses appels répétés au libéralisme et au pluralisme, il a salué l’action des autorités.

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À l’issue du scrutin, malgré les critiques qu’il a pu formuler au cours de sa campagne et malgré les troubles qui ont agité l’élection, le premier rival de Kassym-Jomart Tokaïev a tenu à saluer la victoire du successeur de Noursoultan Nazarbaïev, et l’a assuré de sa confiance : « je pense que ses mots sur la nécessité d’un dialogue entre la société civile et le gouvernement ne resteront pas vains, mais se réaliseront ». Il considère l’obtention de 16 % des suffrages comme une véritable victoire et a rapidement exprimé sa volonté de poursuivre sa carrière politique, en mobilisant ses soutiens pour la formation éventuelle d’un nouveau parti et la participation aux prochaines élections législatives.

Un « figurant »

Cet optimisme détonne avec la fermeté critique dont avait fait preuve Amirjan Kossanov contre le gouvernement tout au long de sa campagne, et interroge sur sa place dans l’opposition : après avoir capté un nombre significatif de voix, il est devenu une véritable caution démocratique pour le Président élu, légitimant le résultat de l’élection.

« Amirjan Kossanov n’étant pas un vrai candidat d’une réelle opposition mais un figurant dont la présence devait donner de la légitimité à l’élection. Ses propos sont bien alignés sur la position du régime vis-à-vis de l’opposant exilé Moukhtar Abliazov », confirme George Voloshin, responsable France du cabinet d’intelligence économique Aperio Intelligence et spécialiste de la Russie/CEI, interrogé par Novastan. Dans un contexte où la population continue d’exprimer son insatisfaction face l’unilatéralisme politique du Kazakhstan, il est à gager que l’opposition « officielle » et particulièrement conciliante représentée par Amirjan Kossanov ne sera pas suffisante pour garantir une véritable transition politique.

Magomed Beltouev
Rédacteur pour Novastan

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Amirjan Kossanov au moment de son enregistrement en tant que candidat à la présidentielle kazakhe de 2019.
election.gov.kz
Kassym-Jomart Tokaïev a donné une conférence de presse, le 10 juin 2019, à l’issue de son élection comme président du Kazakhstan.
akorda.kz
Un seul et unique débat télévisé a rassemblé les candidats à l’élection présidentielle kazakhe le 29 mai 2019
election.gov.kz
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