Noursoultan Nazarbaïev Kazakhstan Gouvernement

Au Kazakhstan, jeu de chaises musicales dans les hautes sphères du pouvoir

Le 21 juin dernier, le président kazakh, Noursoultan Nazarbaïev, a annoncé une série de nominations inattendues. Si elles ne bouleverseront pas le paysage politique, elles s'inscrivent dans un climat de tensions pour le pays. Aperçu de changements politiques en trompe-l’œil.

 

C’est une décision politique que l’on n’attendait pas de la part du président kazakh. Le 21 juin dernier, Noursoultan Nazarbaïev a annoncé des nominations concernant l’élite de la sphère politique du pays. Parmi ces nouvelles nominations, Adilbek Zhaksybekov s'est vu nommé au prestigieux poste de chef de l'administration présidentielle de la République du Kazakhstan, un poste qu'il avait occupé auparavant, de 2004 à 2008. Il fut aussi le  premier maire d'Astana de 1997 à 2003.

L’homme qu’il remplace, Nourlan Nigmatoulin, a quant à lui été «remercié pour le travail accompli» par Noursoultan Nazarbaïev. Le président, à la tête du pays depuis 1990, lui «souhaite du succès dans ses activités parlementaires» selon le site internet officiel du Palais présidentiel, l'Akorda. Nourlan Nigmatoulin a réintégré le parlement kazakh — le Majlis — en qualité de député, selon la décision du Conseil politique de Nour Otan, le parti présidentiel au pouvoir.

 

Le président du Parlement remplacé

Nourlan Nigmatoulin est le candidat officiel du parti, sur proposition de Noursoultan Nazarbaïev, à l'élection de la présidence du Majlis. Notons qu'il a déjà été président de la Chambre de 2012 à 2014.

L'ancien président du Majlis, Baktykozha Izmukhambetov, a été nommé à la tête de l'Organisation des vétérans de la République du Kazakhstan et a pris ses fonctions le 22 juin. Selon un décret officiel signé par le président kazakh et publié sur le site de l'Akorda, Zhenis Kasembek est devenu ministre de l'investissement et du développement. Enfin, dernier tour de chaise musical, son prédécesseur, Asset Issekeshev, est aujourd'hui le nouveau maire d'Astana.

 

Défis de taille entre crises économiques et sécurité nationale

Ces changements politiques interviennent dans un contexte difficile pour le Kazakhstan. Depuis la fin du mois de mai, des milliers de citoyens kazakhs ont protesté contre la réforme territoriale sur la location de terres à des étrangers. Cette manifestation, conséquence d'un mécontentement général, résultait aussi de la crise économique kazakhe qui s'accentue avec la chute du cours du pétrole, provoquant d’importantes dévaluations de la monnaie nationale, le tengue.

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La sécurité et la stabilité du pays ont été également mises à rude épreuve. Les actes terroristes du 5 juin à Aktobe, ont bousculé les services de sécurité kazakhs. Une douzaine d'assaillants, qualifiés «d'extrémistes religieux» par les autorités locales, ont attaqué deux armureries, dont une située sur le territoire d'une base militaire. Ce scénario, attribué à une menace venue de l’étranger par le pouvoir, est très similaire aux évènements terroristes de 2012 dans l’ouest du pays où se trouve l’essentiel de la production pétrolière. Depuis, la lutte anti-terroriste a pris place dans le débat national, permettant au président de faire diversion après les protestations sociales autour de la question de la réforme territoriale.

 

Préparation d'une future succession ?

De tels remaniements ont déjà eu lieu à maintes reprises dans l'histoire politique du pays. Nazarbaïev et son parti, Nour Otan, occupent le pouvoir depuis plus de 25 ans et les postes importants passent de mains en mains sans qu'une nouvelle figure politique émerge de ce jeu de rôle. Or, l’échéance de la succession du «Leader de la Nation» arrive à grand pas, et aucune personnalité n’apparaît susceptible de le remplacer. Certaines rumeurs laissent penser que la nomination en septembre 2015 de Dariga Nazarbaïeva au poste de Vice-Premier ministre du gouvernement, n'est pas anodine. De plus, Nazarbaïev lui-même a déclaré récemment que le prochain président du Kazakhstan pourrait être une femme.

Toutefois, à l'heure de la crise économique la plus menaçante que traverse actuellement le Kazakhstan depuis son indépendance, le président Nazarbaïev ne semble pas décidé à laisser sa place, alors qu’il mène des réformes structurelles pour le pays.
 

Zoé De Nadaï, journaliste pour Novastan à Bichkek
Relu par Grégoire Domenach

 

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