Saïga Kazakhstan antilope corne combat

Au Kazakhstan, la ruée vers les cornes de saïga continue

En 2002, l’Union internationale pour la conservation de la nature décidait de placer l’antilope saïga dans la catégorie dite en danger critique d’extinction. Cette espèce, qui vit majoritairement au Kazakhstan est, depuis ces dernières années, décimée par des maladies infectieuses mais aussi le braconnage.

Novastan reprend et traduit ici un article paru originellement sur Living Asia.

Ce n’est pas tant la viande de saïga qui attire les braconniers mais plutôt la demande intarissable de cornes qui, une fois réduites en poudre, auraient des vertus médicinales. Si l’on en croit certains partisans de la médecine non-conventionnelle, cette poudre permettrait d’éviter les accidents vasculaires cérébreaux, de guérir les douleurs hépatiques et abdominales et même de sortir quelqu’un du coma.

La demande la plus forte vient de Chine, où l’on vend des médicaments composés de poudre de corne.

Un commerce devenu normal

Au Kazakhstan, le commerce de corne est devenu monnaie courante. Des journaux et des sites internet locaux publient des annonces comme si de rien n’était même si les vendeurs risquent des amendes allant jusqu’à 3 années de confiscation de propriété si l’on en croit le texte de loi :

« Conformément à l’article 339 du code pénal de la République du Kazakhstan, l’exploitation, l’acquisition, le stockage, la vente, l’importation, l’exportation, le transfert, le transport ou la destruction de toute espèce de plante ou animal rare ou en danger d’extinction, de leurs parties ou dérivés, est passible d’une peine allant jusqu’à 3 années de confiscation de propriété. »

Fortes amendes

Il est question d’amendes de 200 Indices de calcul mensuel (ICM), l’équivalent de 1 500 dollars pour un spécimen mâle à cornes. L’ICM est utilisé au Kazakhstan pour calculer, notamment, le montant des prestations sociales et des taxes. Au premier janvier 2017, il s’élevait à 2 269 tengué, soit 6,6 euros. Il en coûtera 150 ICM pour une femelle, 75 ICM pour un petit à naître et 225 ICM pour une femelle qui porte un petit.

L’association kazakhe pour la préservation de la biodiversité (AKPB) a mené un sondage national de trois mois qui a mis en lumière, grâce à diverses ressources, certains faits portant sur le commerce illégal de cornes.

Si l’on en croit le sondage, le Kazakhstan abriterait un marché noir de la corne de saïga. Toutefois, les revendeurs ne se cachent pas pour faire leur petit commerce. Des offres d’achat ont d’ailleurs été aperçues dans les rues d’au moins 7 régions du pays dont Almaty, Astana ou Aktioubé.

21 receleurs pour 214 annonces recensés

Deux cent quatorze annonces sur papier ont été collectées et, après avoir analysé les données, vingt-et-un receleurs ont été identifiés.

Saïga Braconnage Carte

(Sur l’image : répartition des annonces dans les villes kazakhes : Aktaou, 48%, Karaganda, 20%, Almaty, 12%, Aktioubé, 11%, Pavlodar, 4%, Astana, 2%, Jezkazgan, 1%, Balkhach, 1% et Ouralsk, 1%).

Pas moins de vingt-quatre annonces ont été trouvées sur une dizaine de sites web kazakhs. Au total, vingt-quatre annonces ont été détectées : 7 pour vendre des cornes de saïga et 17 pour en acheter. Les propriétaires des sites internet ont été avertis qu’ils étaient dans l’illégalité. Les administrateurs de ces sites ont directement réagi et ont effacé les annonces.

Saïga Braconnage Carte Kazakhstan

(Sur l’image : nombre de receleurs de cornes de saïga au Kazakhstan selon les villes : Karaganda, 6, Almaty, 4, Aktioubé, 3, Astana, 2, Pavlodar, 2, Aktaou, 1, Jezkazgan, 1, Balkhach, 1 et Ouralsk, 1. 21 receleurs ont été détectés).

Toutes les informations relatives au commerce illégal de cornes d’antilope saïga ont été transmises à la police pour la conservation de la nature. Le ministère de l’Intérieur a ouvert une enquête pour faire la lumière sur l’identité des propriétaires de ces annonces décelées lors d’une campagne d’information lancée contre le trafic de cornes de saïga.

Mais d’où viennent les cornes ?

L’AKPB ne prend pas en compte l’apparition sur le marché noir des cornes des saïgas morts en 2015, la majorité des individus morts lors de la vague meurtrière étant des femelles et leurs petits sans cornes. Près de 134 000 saïgas avaient été retrouvés mortes, dans trois régions du pays : Kostanaï, Aktioubé et Aqmola. 

Lire aussi sur Novastan : Kazakhstan : le Saïga menacé par une épidémie

En outre, les corps sans vie des saïgas ont été enterrés sur place par des services fédéraux. La police a toutefois fait état d’individus arrêtés alors qu’ils essaient de couper les cornes de bêtes mortes. Ces cas restent malgré tout isolés.

La corne de saïga est avant tout la cible des braconniers. Certes, certains chassent le saïga pour sa viande mais la plupart d’entre eux, appâtés par la forte demande, sont surtout en quête de cornes. Des cornes ont aussi été retrouvés dans des héritages (des souvenirs en corne par exemple) mais elles dataient d’avant 2000, lorsque la chasse au saïga était encore autorisée.

Traduit du russe par Thomas Rondeaux

La saïga a été victime d’une grave épidémie en 2015.
U.S. Fish and Wildlife Service Headquarters
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