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C’est Temirtaou, chéri ! Là-bas, une babouchka meurt de froid

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Les habitants de Temirtaou, ville mono-industrielle du nord du Kazakhstan, survivent difficilement. Entre économie stagnante et problèmes récurrents de chauffage, le quotidien n’est pas simple. Récit.

Novastan traduit et reprend ici un article paru originellement sur Tengrinews. Pour voir la première partie, cliquez ici.

A la veille du Nouvel an, Bakytjan Saguintaïev, le Premier ministre du Kazakhstan, a exigé que Temirtaou, située dans la province (oblys, en kazakh) de Karaganda, pourvoie les habitations d’un chauffage décent. A ce moment-là, à l’intérieur de certaines demeures, la température moyenne ne dépasse pas les 12 degrés. Deux mois après, des citadins se plaignaient encore du chauffage, qui se faisait plutôt capricieux.

Pour Tengrinews, Renata Tachkinbaïeva et Tourara Kazangapova sont donc parties enquêter sur la température moyenne au sein des foyers, et de façon plus générale, sur comment les gens vivent dans cette « monoville ».

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En habits chauds dans l’appartement

Ce quartier a été indiqué aux journalistes car il est connu pour être le plus froid de tout Temirtaou. Des témoins affirment qu’il arrive que les gens portent chez eux des valenkis, des bottes de feutre prévues pour l’extérieur lorsque l’hiver est rigoureux. Renata Tachkinbaïeva et Tourara Kazangapova  font connaissance de Sofia Guéorguievna Papandopulo, retraitée qui réside dans un appartement d’angle.

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Un immeuble résidentiel de Temirtaou

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Sofia Guéorguievna Papandopulo, une retraitée kazakhe vivant dans l’immeuble.

En entendant leur question portant sur les moyens de se chauffer, elle a envie de s’arracher les cheveux. « C’était juste impossible : même le chien a failli mourir de froid. Ah ! Comme il faisait froid ! Que Dieu me préserve d’un nouveau malheur ! », se souvient-elle. Aujourd’hui, les radiateurs fonctionnent mais en début d’année, comme elle le raconte, c’était intenable.

« Pendant trois ans, mes mains sont restées gelées »

Sofia montre son appareil de chauffage qu’elle a acquis pour la somme de 4 000 tengués, soit l’équivalent de 12 euros. Dès que les radiateurs se sont remis à fonctionner, elle l’a rangé dans un carton. « A l’heure de me coucher, j’avais pris l’habitude d’allumer l’appareil pour me réchauffer tout entière et pour réchauffer le lit. Ô Seigneur, je remercie le Ciel que les radiateurs m’apportent de nouveau un peu de chaleur », s’exclame-t-elle. « Voilà qu’en trois ans, c’est la première fois que je peux mettre mes mains sur le radiateur et les sentir tiédir. Pendant trois ans, mes mains sont restées gelées l’hiver ; impossible de les réchauffer. Et là, elles sont un peu chaudes. »

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L’appartement de Sofia Guéorguievna Papandopulo.

Cette année, des voisines de Sofia Papandopulo sont allées se plaindre à la municipalité que la dame âgée, ou babouchka en russe, du rez-de-chaussée grelottait de froid. Des représentants de Termitaou, munis d’équipements spéciaux, sont venus inspecter les lieux.

« Après, il a commencé à faire plus chaud », dit la vielle femme. « Dans la ville, il n’a fait aussi froid nulle part ailleurs. Les températures varient effectivement d’un endroit à l’autre. Dans un autre quartier, à l’inverse, les gens ouvrent les fenêtres à cause de la chaleur (du fait du chauffage central hérité de l’Union soviétique, ndlr) », s’étonne-t-elle. « Maintenant, je revis », annonce-t-elle, soulagée.

Des matériels de chauffage qui tombent en ruine

Les journalistes de Tengrinews sont entrés dans d’autres appartements de la résidence. Là, les habitants portent des vêtements chauds et ils utilisent encore des appareils de chauffage électriques. La réunion ministérielle précédant le jour de l’an, au cours de laquelle le Premier ministre avait réprimandé la mairie de Temirtaou, devait répondre à cet appel à l’aide.

Le journaliste Oleg Goussev leur signifie que la question du chauffage n’est pas résolue. « L’hiver n’est pas encore fini qu’il ne se s’écoule pas une semaine sans qu’une chaudière de la centrale thermique ne se casse. L’ensemble du matériel est tellement vétuste que personne ne veut investir dedans et ce, malgré la hausse des taxes. On continue, c’est le cas de la dire, à se faire du mal. Il y a peu de temps, le gel est arrivé alors que nos radiateurs ne marchaient pas ».

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Un immeuble résidentiel de Temirtaou.

La ville de Temirtaou est pleine de vieilles résidences. Elles peuvent sembler à première vue délabrées mais, comme l’affirment les locaux, elles ont été construites intelligemment et rivalisent pleinement avec les immeubles à cinq étages standards. Les cours intérieures, pour la plupart, sont bien entretenues et agréables à vivre.

Le tram, lieu de vie de Temirtaou

Au-delà des résidences, les journalistes de Tengrinews se sont intéressés au quotidien des habitants. Pour mieux le décrire, les tramways constituent à eux seuls une attraction touristique. Si aujourd’hui on ne compte plus qu’une seule ligne de tram qui circule et conduit au combinat métallurgique, ce moyen de transport est très populaire. Chaque jour, c’est 11 trams qui passent et le prix du billet est de 50 tengués (0,14 euro). Les conductrices ressentent toujours quelque chose de particulier. « Ils se sont habitués à nous. Parfois, je chuchote à l’un d’eux : mon trésor, ne te casse pas, tout doux ! Ils sont déjà bien vieux, eux, nous tentons de les préserver au maximum afin qu’ils ne finissent pas en pièces détachées ! », confie Tatiana Akoupova.

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Le tram de Temirtaou, hors d’âge.

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Héros d’un des précédents reportages de Tengrinews, un mécanicien-électricien a même renommé son tramway, au risque de paraître étrange, « la belle ». Tatiana Petrovna travaille comme conductrice de tramway depuis un plus de 20 ans. « La ville est si petite que nous connaissons tous les passagers, ceux qui rentrent, comme ceux qui sortent », raconte-t-elle. Ce sont bien les ouvriers du combinat qui privilégient, en général, ce moyen de locomotion.

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Tatiana Petrovna aux commandes de son tram.

Un spectacle à voir de nuit

Les tramways de Temirtaou ont été mis en circulation pour la première fois dans les années 1970. « La journée de travail dure 8 heures : elle commence soit très tôt le matin et se termine à l’heure du déjeuner, soit après le déjeuner jusqu’au soir. Tout est planifié. Toute la ville est à découvert : tu vois tout, tu sais tout », ajoute-t-elle.

La nuit, un spectacle fabuleux prend place. Avec le départ du dernier tramway et le début de la nuit, le brouhaha de la ville prend fin et la vie s’arrête. Mais si le visiteur dirige l’objectif de son appareil photo du côté du combinat, il peut réaliser des clichés tout à fait originaux. Le travail dans l’entreprise principale de Temirtaou (le combinat métallurgique) ne s’arrête pas là.

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Le tram de Temirtaou, de nuit.

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Des voyageurs se pressent pour le dernier tram.

« La ville est belle, accommodante : je lui trouve beaucoup de points positifs, les gens sont calmes », soutient Amanjol, chauffeur de taxi. Il vit à Temirtaou depuis 15 ans. Pendant toutes ces années, il a eu le temps de travailler quelques temps chez un prestataire du combinat métallurgique. Au bout d’un moment, il a jugé que le travail de taxi lui convenait davantage.

Des habitants devenus plus tristes

Amanjol aime parler avec les gens. Il a d’ailleurs énormément d’histoires formidables à raconter. « L’autre jour, je conduis un homme à destination. Il descend. Je m’apprête à partir et soudain, j’aperçois une fille courir vers moi, elle s’assoit dans ma voiture et me menace avec un couteau sous la gorge », décrit-il. « Elle exerce une pression sur ma gorge avec le couteau et, pleurant de rage, ordonne : « on y va ! » Je démarre lentement et lui demande : « où est-ce qu’on va ? », ce à quoi elle répond : « conduis-moi à Chakhtinsk ! » Pendant qu’on roulait, on a un peu discuté et elle s’est apaisée. En fait, son mari la battait en permanence et sa belle-mère lui rendait la vie impossible. Je l’ai emmenée à l’adresse demandée. Ensuite, je vois qu’une GAZelle (petite camionnette d’origine russe, ndlr) me rattrape. C’est son frère qui tenait à me remercier de l’avoir ramenée. Il me dit qu’il n’a pas d’argent et me tend des bons d’une valeur de 40 litres d’essence. Il m’avertit qu’il va voir le mari pour le frapper. Voilà le topo », témoigne-t-il.

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Une grande surface de Temirtaou.

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Une vue du combinat de Temirtaou.

A Temirtaou, tout lui plaît. Mis à part que ces derniers temps, les habitants se sont transformés en une gigantesque masse triste. « Avant je voyais tous les visages arborer de larges sourires. Je voyais que tous les usagers des transports en commun souriaient et étaient joyeux. Aujourd’hui, depuis ma voiture, je vois bien que tout cela a changé. Quand je passe près des autobus, je remarque que les gens ont tous la même expression faciale. Ils sont assis, songeurs, ont tous des problèmes et ce n’est que très rarement que je vois quelqu’un sourire », déplore-t-il.

Traduit du russe par Carole Duplaine

La ville de Temiratou vit des heures délicates.Tengrinews
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Sofia Guéorguievna Papandopulo, une retraitée kazakhe vivant dans l’immeuble.Tengrinews
L’appartement de Sofia Guéorguievna Papandopulo. Tengrinews
Un immeuble résidentiel de Temirtaou.Tengrinews
Le tram de Temirtaou, hors d’âge.Tengrinews
Tatiana Petrovna aux commandes de son tram.Tengrinews
Le tram de Temirtaou, de nuit.Tengrinews
Des voyageurs se pressent pour le dernier tram.Tengrinews
Une grande surface de Temirtaou.Tengrinews
Une vue du combinat de Temirtaou.Tengrinews
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