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Coronavirus : les exportations de gaz centrasiatique vers la Chine baissent

Depuis que le Covid-19 a frappé la Chine, ses besoins énergétiques ont diminué. La Chine a donc décidé de réduire ses importations de gaz provenant des pays centrasiatiques. Cela n’est pas sans conséquence pour le Turkménistan, le Kazakhstan et l’Ouzbékistan, pays aux gisements gaziers importants et largement dépendants de leurs exportations, notamment vers la Chine.

Les trois pays gaziers d’Asie centrale, le Turkménistan, le Kazakhstan et l’Ouzbékistan ont constaté une baisse importante de la demande chinoise de leurs ressources gazières. Cela s’explique en raison de l’épidémie de coronavirus qui a poussé les autorités chinoises à drastiquement freiner leurs importations de gaz, notamment en provenance d’Asie centrale, relaye le média ouzbek Gazeta.uz.

Le directeur général d’Uzbekneftegaz, Mekhriddin Abdoullaïev s’est confié sur le sujet auprès de l’agence d’information S&P Global Platts. Il indique que la Chine prévoit de réduire proportionnellement ses importations depuis ces trois pays centrasiatiques, bien qu’aucune donnée officielle n’ait été communiquée pour le moment. Les discussions entre les différents pays sont en cours. Cependant, il est estimé que l’approvisionnement global a chuté en moyenne de 17 % en février 2020 comparé à février 2019, selon une analyse du Foreign Policy Research Institute.

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Le gazoduc Asie centrale-Chine est la colonne vertébrale de la diplomatie gazière chinoise dans la région. Depuis 2009, il relie les champs gaziers d’Asie centrale et la région autonome ouïghoure du Xinjiang sur plus de 1 800 kilomètres et contribue ainsi largement à la sécurisation des approvisionnements des besoins énergétiques chinois. Parmi ces 55 milliards de mètres cubes de gaz transitant dans les steppes, le Turkménistan est le plus grand contributeur en exportant 33,2 milliards de mètres cubes par an contre 10 milliards de mètres cubes pour l’Ouzbékistan et 7,1 milliards de mètres cubes pour le Kazakhstan, selon les données de l’entreprise pétrolière et gazière ouzbèke, Uzbekneftegaz.

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Le Turkménistan est de loin le pays le plus dépendant de la Chine

Connu pour ses richesses fossiles, le Turkménistan détient près de 10 % des réserves gazières mondiales, selon le rapport BP 2019. Frappé par une crise économique depuis 2015, le Covid-19 vient davantage ébranler l’économie fluctuante du Turkménistan. En effet, le gaz représente 70 % des réserves en hydrocarbures du pays et 90 % de ses hydrocarbures sont exportés, principalement vers la Chine, selon les données du Fonds monétaire international, reprises par le Ministère français de l’Économie et des finances. De plus, les revenus du gaz exporté représentent une part non négligeable du Produit intérieur brut (PIB), soit 12,4 % en 2017, selon les données de la Banque mondiale.

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Après de nombreuses années d’arrêt, les intérêts russes pour le gaz turkmène sont réapparus en avril 2019. L’analyse du Foreign Policy Research Institute indique qu’une rupture totale des exportations d’hydrocarbures vers la Chine pourrait provoquer un rebasculement vers la Russie. Cette dernière verrait une opportunité de regagner de l’influence au Turkménistan. Influence qu’elle ne souhaite cependant pas étendre à de l’assistance économique en cette période de crise.

Double peine pour le Kazakhstan qui subit également la chute des prix du pétrole

Peu d’informations ont été relayées dans les médias kazakhstanais quant aux exportations gazières vers la Chine. Il est cependant connu qu’il a été demandé au Kazakhstan de réduire de 25 % ses exportations de gaz vers la Chine, selon un communiqué de l’entreprise chinoise PetroChina transmis à son partenaire kazakhstanais KazTransGaz en mars dernier. La part du PIB des revenus du gaz exporté pour le Kazakhstan s’élève à 1,2 % en 2017, selon la Banque mondiale.

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En parallèle, la chute du prix du pétrole, qui est récemment passé sous la barre des 30 dollars le baril fragilise davantage le Kazakhstan. De concert avec les pays membres de l’OPEP+, les autorités kazakhes ont accepté de réduire la production d’environ 10 millions de barils de pétrole par jour pendant deux mois à compter du 1er mai, indique le média économique kazakh Kapital.kz.

Moins lésé, l’Ouzbékistan poursuit ses objectifs nationaux

L’Ouzbékistan est le pays le moins fragilisé par cette décision chinoise puisqu’il ne vend à la Chine qu’un tiers de ce que vend le Turkménistan. De plus, les relations sino-ouzbèkes ne sont pas exclusivement cantonnées aux échanges énergétiques, comme le témoigne la conversation téléphonique organisée entre les deux chefs d’État le 7 mai dernier. De même, les deux ministres des Affaires étrangères ouzbek et chinois se sont entretenus le 5 mai dernier et ont souligné l’importance de rehausser le partenariat stratégique global au vu de la diversité de leurs échanges multisectoriels, comme l’indique le média ouzbek Kun.uz.

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Également, le pays revoit depuis deux ans sa stratégie énergétique. L’Ouzbékistan prévoit de cesser les exportations de gaz d’ici cinq ans, dont la part de ses revenus s’élevaient en 2017 à 6,6 % du PIB et de se concentrer sur le développement du gaz domestique. L’analyse du Foreign Policy Research Institute affirme que le Covid-19 pourrait même apporter un nouvel élan dans l’accélération des projets gaziers nationaux.

Malaurie Le Bail
Rédactrice pour Novastan

Avec l’aide d’Alexandre Lorot

Relu par Anne Marvau

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Du fait du coronavirus, une chute de la demande chinoise pour le gaz centrasiatique a été observée.
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Carte du gazoduc d’Asie centrale-Chine
Rfa.org
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