Dariga Nazarbaïeva Kassym-Jomart Tokaïev Kazakhstan président sénat

Dariga Nazarbaïeva démise de ses fonctions de numéro 2 de l’Etat kazakh

La fille de l’ancien président kazakh, Dariga Nazarbaïeva qui occupait le poste de présidente du Sénat, a été démise de ses fonctions par le président Kassym-Jomart Tokaïev, dont les pouvoirs venaient juste d’être élargis.

Le président kazakh Kassym-Jomart Tokaïev a mis fin aux fonctions de Dariga Nazarbaïeva, la numéro 2 de l’État et fille de l’ancien président Noursoultan Nazarbaïev. Par un décret publié ce samedi 2 mai sur le site de l’Akorda, le palais présidentiel kazakh, annonce laconiquement que « les pouvoirs de sénatrice du Parlement de la République du Kazakhstan de Dariga Noursoultanovna Nazarbaïeva sont arrêtés ». Aucune raison officielle n’a été donnée. C’est cependant la première fois que le numéro 2 de l’État kazakh est renvoyé de la sorte par un décret présidentiel comme le souligne le média kazakh Vlast.kz.

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Quelques minutes après la publication de ce court décret, le président kazakh a fait part sur Twitter de ses « remerciements à Dariga Nazarbaïeva pour son travail actif et fructueux en tant que présidente du Sénat du Parlement de la République du Kazakhstan ».

À 56 ans, Dariga Nazarbaïeva est la fille aînée du premier président du Kazakhstan, Noursoultan Nazarbaïev (1989-2019). Au fil des années, elle a dirigé l’agence de presse nationale Khabar, été députée au Parlement kazakh en 2004, le Majilis, vice-présidente de la chambre basse, vice-Première ministre en charge des affaires sociales en 2015 et 2016. Depuis septembre 2016, elle a été sénatrice, chef de la commission des Affaires internationales, de la défense et de la sécurité, avant de prendre la tête de la chambre haute en mars 2019. Cette nomination en tant que numéro 2 de l’État est intervenue après un jeu de chaises musicales, puisqu’elle a remplacé Kassym-Jomart Tokaïev, devenu président par intérim, après le retrait surprise de Noursoultan Nazarbaïev. En août dernier, les pouvoirs parlementaires de Dariga Nazarbaïeva ont été prolongés par le président, élu avec 70 % des voix en juin 2019.

Dans ce contexte, l’annonce démettant Dariga Nazarbaïeva de ses fonctions intervient comme une surprise, alors que Kassym-Jomart Tokaïev gère la crise la plus grave depuis le début de son mandat avec le coronavirus qui touche durement le Kazakhstan ainsi que son économie. Les pouvoirs du président ont ainsi été étendus le 29 avril dernier, dans le contexte du régime d’urgence en place pour la lutte contre l’épidémie, bien que cela ne touche pas les affaires de personnels.

Une lutte d’influence en sous main ?

De fait, comme le pointe le politologue Arkady Dubnov, le président kazakh a toute latitude pour démettre la présidente du Sénat, même sans extension de ses pouvoirs. Ainsi, cette annonce « est totalement légale du fait que la sénatrice Dariga Nazarbaïeva avait été nommée dans le quota présidentiel de son père, Noursoultan Nazarbaïev, lorsqu’il était président », affirme-t-il au média russe Fergana News. « Le mandat de Dariga Nazarbaïeva expirait en septembre cette année », ajoute l’expert, qui estime que Kassym-Jomart Tokaïev a usé de son pouvoir présidentiel pour « éliminer la possibilité d’un double pouvoir dans les affaires internes du Kazakhstan ». 

Selon Arkady Dubnov, Dariga Nazarbaïeva a montré des ambitions politiques nouvelles ces derniers mois et relancé les doutes quant à une double présidence du Kazakhstan, Noursoultan Nazarbaïev conservant des pouvoirs importants malgré son retrait de la vie politique. De plus, d’après le politologue, cette décision a été approuvée par le premier président lui-même.

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Le  30 avril dernier, le secrétaire de presse du premier président – Noursoultan Nazarbaïev, qui préside toujours le conseil de sécurité du pays avec des pouvoirs très larges mais peu clairs – a déclaré dans une interview au média kazakh Informburo, que c’était le président, donc Kassym-Jomart Tokaïev, qui avait le dernier mot et non son prédécesseur. La crise épidémique renforce donc les pouvoirs de Kassym-Jomart Tokaïev, alors que Dariga Nazarbaïeva était longtemps pressentie comme une héritière possible de son père.

« Nous pouvons être sûrs qu’Elbasy (le nom honorifique de Noursoultan Nazarbaïev, ndlr) aura la possibilité de célébrer son 80ème anniversaire avec tous les honneurs possibles le 6 juillet tout en conservant ses privilèges de leader, mais il semble que son influence sur la politique après cette date et après le limogeage de Dariga Nazarbaïeva connaîtra une décroissance et sera minimisée », estime Arkady Dubnov.

Pour le politologue kazakh Dossym Satpaev qui s’est exprimé par un post sur sa page Facebook, plusieurs explications sont possibles : la première serait que « tout est convenu (avec Noursoultan Nazarbaïev) et que ses filles [aient] trouvé une position différente à la veille des élections législatives (ce sujet a peut-être été soulevé avec Vladimir Poutine lors de sa récente visite en Russie)« .

La seconde possibilité selon le politologue kazakh serait que « quelque chose [soit] arrivé et que la guerre pour le pouvoir [ait] commencé, alors nous [pourrions] déjà parler d’un véritable transit du pouvoir, et l’ère du « demi-transit » [serait] terminée ». « Le président actuel a décidé de jouer plus tôt que prévu dans les conditions de la situation d’urgence. Dans ce cas, il devrait avoir un soutien puissant d’une partie de l’élite politique et économique, ainsi que des responsables de la sécurité. »

Selon Dossym Satpaev, il faut attendre la nomination du nouveau président du sénat kazakh pour savoir laquelle de ces deux possibles explications est la bonne, pour lui « il s’agit d’un indicateur important pour savoir si l’équilibre des pouvoirs au sein de l’élite a été maintenu ou s’il y a eu une redistribution importante de l’influence en faveur du président actuel« .

La rédaction

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La présidente du Sénat Dariga Nazarbaïeva (à droite) a été renvoyée de son poste par le président kazakh Kassym-Jomart Tokaïev
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