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Dilemme sécuritaire au Kazakhstan?

Au Kazakhstan, le début de l'année 2013 a été marqué par l'approbation de nouvelles mesures intensifiant la lutte contre le terrorisme. Des modifications ont été apportées au Code pénal civil, au Code pénal exécutif ainsi qu’au Code de justice administrative: dix nouvelles lois sont venues compléter l’unique texte se référant au terrorisme, voté en 1999.

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3 septembre 2012: Jour de la solidarité envers les victimes du terrorisme dans les pays de la CEI. Crédit : mger2020.ru

Tout d’abord, la définition même du terme terrorisme a évolué. Auparavant, selon le Code pénal, le terrorisme se définissait comme une :

        « Action mortellement dangereuse, ou nuisible à l’Homme, pouvant détériorer ses biens ou entraîner des conséquences néfastes sur la société, nuire à la sécurité nationale, apeurer la population ou encore influer, sous la menace, les prises de décision des autorités de la République du Kazakhstan, d’États étrangers ou d’organisations internationales ».

Cette définition a été complétée par un nouveau délit: la défense d'une « idéologie de la violence ». Est maintenant conçue comme activité terroriste « la propagande et l’éducation des valeurs et théories violentes de l’extrémisme et du terrorisme ». Enfin, toute organisation sera considérée comme terroriste si l’une de ses institutions ou  filiales a été accusée de terrorisme et qu’un de ses cadres dirigeant en était informé.

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La menace du terroriste au Kazakhstan est très forte selon le pouvoir. Crédit : knb.kz

En plus de ces nouvelles définitions, le Gouvernement kazakhstanais a décidé de fédérer un grand réseau d’organisations gouvernementales qui travailleront ensemble dans la lutte contre le terrorisme. La nouvelle loi a multiplié par quatre le nombre d'organismes impliquées dans la lutte contre le terrorisme : le résau compte aujourd'hui 21 institutions. Ce résau d'agences a été centralisé autours du KNB, le Comité de Sécurité Nationale, créant ainsi une véritable efficacité d’exécution, jusqu'alors inexistante. La loi innove encore en  imposant à l’Agence des affaires religieuses de veiller à la non déviance des croyants.

En dehors du cadre administratif, le Gouvernement a fait de la formation des citoyens à la lutte antiterroriste une priorité. Il a été prévu d’organiser des événements visant à développer une attitude sécuritaire de la population, de divulguer l'histoire du terrorisme mondial et d’organiser des rencontres avec les communautés religieuses. Parmi quelques actions d’information, on peut citer la création du site web Counter-terror.kz et la diffusion du documentaire « Les âmes vendues » du célèbre journaliste Arthur Platonov. Ces actions interviennent dans le cadre des conséquences des évènements de Janaozen, destabilisateurs tant au niveau national qu'international.

Pour prévenir le danger, le gouvernement prévoit une étroite collaboration avec la presse. Cette collaboration comprendra la publication d'articles antiterroristes et explicatifs des actions de l’Etat dans les médias. L’idée plutôt intéressante reste tout de même utopique: le monde de la presse comme les journalistes devront redoubler de précautions quant aux questions religieuses afin de ne pas heurter les esprits: une autocensure s'installe. Selon les dires de Timur Kozyryov, le sous-directeur du centre de recherche et d'analyse de l'Agence des affaires religieuses, il faut que « le terrorisme devienne intolérable »: tout journaliste se doit d’effacer tout extrait susceptible d’être interprété comme étant un appel au terrorisme.

Des déviances autoritaires sont-elles à craindre? On ne sait pas comment interpreter la décision de classer l’édition d'opposition la plus connue comme  extrémiste. L'interdiction de certains periodiques, jugés comme « propageant des idées terroristes » pose vraiment question. 

ll apparaît logique de rapprocher cette nouvelle loi avec la décision du tribunal de Médéo quant à la fermeture du journal d’opposition « Golos Respublyki » (« La voix de la République ») et ses 23 sources sur internet en les accusant de propagande extrémiste et d’atteinte à la sûreté de l'Etat. Les 21 et 20 décembre 2012 ont été également interdit respectivement un parti d’opposition « Alga » accusé d’extrémisme et un journal d’opposition « Vzglyad » (« Regard »).  De nombreuses organisations soutenant l’émigré politique Mukhtar Ablyazov ont été qualifiées de « criminelles ».

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Les journaux interdits aux Kazakhstan considérés d’avoir contenu terroristique – « Golos Respubliki » et «Vzgliad ». Crédit :
 jourdom.ru

Comment un périodique peut-il préserver son indépendance sous un tel contrôle de l’Etat ? Quel équilibre trouver entre sécurité et liberté? C'est un dilemme qui soulève les citoyens kazakhs et qui concerne l'ensemble des politiques répressives des Etats en lutte contre le terrorisme.

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Magnifestation contre la fermeture des journaux de l’opposition 
Crédit : zonakz.net

Ecrit par Kalamkas Ismet
Journaliste pour Francekoul.com à Almaty

Relu par  Nancy Rault

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