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Diplomatie : comment la Biélorussie et le Kazakhstan manœuvrent habilement dans l’ombre de la Russie

Partenaires stratégiques de la Russie, les deux pays parviennent à s’illustrer dans les conflits ukrainien ou syrien en proposant des plateformes de négociations constructives. Des efforts qui commencent à être remarqués, juge Danyar Kosnazarov, expert sur l’Asie centrale.      

Depuis 2014 et la création de l’Union économique eurasiatique (UEE), la Biélorussie et le Kazakhstan subissent des pertes économiques des différentes mesures restrictives de Moscou dans le cadre de cette union particulière, rappelant à certains un nouvel URSS. Cependant, ces partenaires de la Russie touchent aussi des dividendes politiques de leur coopération dans la résolution des différents conflits internationaux dans lesquels la Russie est impliquée d’une manière ou d’une autre.

Ainsi, le conflit en Ukraine a donné naissance aux accords de Minsk, tandis que la guerre en Syrie a débouché sur le lancement du processus d’Astana. Dans les deux cas, la Biélorussie et le Kazakhstan se sont proposés comme plateformes de négociations pour les parties en conflit, prônant une résolution pacifique des différends par la voie de la diplomatie.

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Ce comportement parfaitement rationnel de la Biélorussie et du Kazakhstan traduit l’extrême sensibilité des Etats petits ou de taille intermédiaire aux conflits du monde, particulièrement à ceux qui sont proches de leur territoire, dans lesquels sont impliqués leurs citoyens ou ceux de leurs alliés proches.

Bien garder à l’esprit les risques de débordement d’un conflit

Pour ce qui est du conflit dans l’est de l’Ukraine, le pays et la Biélorussie collaborent et échangent, tandis que des citoyens du Kazakhstan combattent en Syrie dans différents groupes armés et brigades terroristes. Tout cela ne peut pas laisser de marbre les dirigeants des deux pays.

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Parallèlement, le risque d’un débordement d’une confrontation entre grandes puissances, en particulier les Etats-Unis et la Russie, est bien présent dans les esprits des gouvernements kazakh et biélorusse. Si ce scénario devait intervenir, il ébranlerait fortement la stabilité de leur système politique, ou porterait préjudice à leur économie, notamment par l’intermédiaire de sanctions et de la restriction de l’accès aux prêts et aux investissements étrangers.

A cet égard, et de manière paradoxale, la Biélorussie et le Kazakhstan s’efforcent de se distancer des conflits dans lesquels la Russie est impliquée par leur collaboration dans la résolution de ses problèmes les plus épineux. Force est de constater que les proches relations de la Biélorussie et du Kazakhstan avec la Russie facilitent aussi fortement la tenue des  négociations sur leur sol.

Insister sur les valeurs libérales

C’est précisément cette alliance qui permet à Astana et Minsk de s’approprier et de renforcer le discours sur le caractère indispensable d’une solution pacifique, par leurs actions. Cette posture ne laisse pas l’Occident indifférent, heureux de savoir que les valeurs libérales et l’esprit du message de Woodrow Wilson, le fondateur de la Société des nations, vivent encore et trouvent un écho dans les pays non-occidentaux, bien que dans une interprétation très étroite.

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Une place centrale de Minsk, la capitale biélorusse.

Il est probable que l’Ouest ait encore en tête que les pays de l’espace eurasiatique, la Russie et la Chine exceptées, puissent dans l’avenir adopter les valeurs occidentales et devenir d’authentiques démocraties. Cette pensée peut flatter leur amour-propre, mais il est certain que les processus de Minsk et d’Astana agissent positivement sur les relations entre les deux alliés eurasiatiques de la Russie, les Etats-Unis et l’Europe.

Se distancer des conflits

Parallèlement, Minsk et Astana permettent à la Russie de détendre la situation et de dé-escalader la confrontation. Ils rendent aussi service à l’Occident, en montrant que les mesures civilisées de règlement pacifique d’un conflit sanglant sont profitables à l’ensemble de la communauté internationale.

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Se distancer des conflits tout en s’y impliquant en qualité de médiateurs : voilà la stratégie de Minsk et d’Astana, qui leur permet de ne pas dégrader leurs relations avec la Russie ou l’Occident. Mais ce comportement n’est pas rusé ou simplement dénué de scrupules. C’est précisément en conservant de bonnes relations avec les grandes puissances que les Etats petits ou de taille intermédiaire aspirent à se protéger des conflits, en empêchant une éventuelle émergence chez eux.

Montrer aux puissants qu’ils sont des partenaires proches

D’un autre côté, tout conflit impliquant un acteur global représente une possibilité pour les Etats moins importants de se présenter comme des partenaires proches, intéressés par ce qu’il se passe chez leurs voisins plus importants.

Astana Palais Kazakhstan

C’est une stratégie de survie qui ne peut être considérée comme amorale. En bonne realpolitik, la Biélorussie et le Kazakhstan aspirent ainsi à confirmer qu’ils sont les alliés de la Russie et qu’ils sont en empathie avec elle, tout en montrant qu’ils ne veulent pas rompre leurs relations avec l’Occident et qu’ils souhaitent faire partie intégrante de la communauté internationale.

Daniyar Kosnazarov
Expert des relations internationales, spécialiste de l’Asie centrale

Traduit du russe par Yann Rivoal

Vladimir Poutine, Noursoultan Nazarbaïev et Alexandre Loukachenko en 2014, lors de la création de l’Union économique eurasiatique.
Kremlin.ru
Une affiche à Kiev en 2014 représentant Noursoultan Nazarbaïev et Alexandre Loukachenko.
Marco Fieber
Une place centrale de Minsk, la capitale biélorusse.
Casal Partiu
Le gouvernement du Kazakhstan s’emploie à favoriser la création d’entreprises, selon la Banque mondiale.
Amanante
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