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Initiative globale pour un monde sans armes nucléaires

Le Kazakhstan, après avoir été pendant quarante ans le terrain de jeux des essais nucléaires de l'Union Soviétique, lance le projet ATOM en vue d'abolir mondialement les arsenaux nucléaires. Les populations victimes sont le véritable moteur de ce mouvement.

Cet article a été préablement publié sur edgekz.com. Nous le publions avec l'accord de l'auteur
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Pendant un demi-siècle, les héros des films et des bandes dessinées ont tiré leurs pouvoirs d'étranges radiations atomiques. Mais au XXIème siècle, le Kazakhstan a appelé les populations du monde entier à devenir de véritables super-héros en rejoignant la lutte visant à abolir les armes nucléaires pour construire un monde plus sûr. Afin d’atteindre cet objectif, le président kazakh Noursultan Nazarbayev a lancé une nouvelle initiative, le projet ATOM, lors d’un jour historique et de bonne augure cette année. Le projet a été initié le 29 août, lors de la journée internationale contre les tests nucléaires et anniversaire de la fermeture du site d'essais nucléaires Semipalatinsk par le président du Kazakhstan en 1991.

Pour fêter ces évènements, une assemblée parlementaire internationale dénommée « De l’interdiction des tests nucléaires vers un monde sans armes nucléaires »  a été formée à Astana. Plus de 200 participants étrangers issus de plus de 75 pays differents, et une vingtaine d'organisations, dont les Nations Unies et l’Agence Internationale de l’Energie Atomique, ont participé à la conférence. Les représentants de 70 parlements étaient également présents, incluant des Etats possédant l’arme nucléaire et leurs alliés. Le rassemblement était organisé par Parlementaires pour la Non-prolifération Nucléaire et le Désarmement (PNND), le Parlement du Kazakhstan et le Centre Nazarbayev.

« Nous avons une opportunité pour rappeler une nouvelle fois au monde les conséquences tragiques des tests nucléaires, et pousser la communauté internationale vers des actions plus déterminées pour atteindre une interdiction finale et définitive de ces tests » a déclaré le président Nazarbayev. « A cet égard, le Kazakhstan lance aujourd’hui une campagne internationale : le projet ATOM » a poursuivi le président. Pendant quarante ans, l'URSS a ont effectué des essais de bombes à Semipalatinsk: le Kazakhstan a ainsi subit plus de la moitié des tests nucléaires réalisés dans le monde. « De jour en jour, les radiations ont empoisonné nos steppes, rivières et lacs, détruisant lentement toute vie dans cette zones. Le diable nucléaire a empoisonné les vies et la santé de plus d’1,5 million d’habitants au Kazakhstan qui vivent près du site. Les effets des tests nucléaires se polongent jusqu’à nos jours » a déclaré le président.

Le président Nazarbayev a rejoint Barack Obama et Dimitri Medvedev sur le devant de la scène des deux sommets mondiaux majeurs dédiés à la Sécurité Nucléaire à Washington (avril 2010) et à Séoul cette année. Le projet ATOM a été mis en œuvre pour attirer l’attention sur les conséquences humanitaires des tests d’armes nucléaires et pour appuyer l’élan diplomatique mondial engendré par ces deux réunions historiques. Les organisateurs du projet, mis en œuvre par le Centre Nazarbayev à Astana, reconnaissent que dans les décennies récentes le combat pour l’abolition des armes nucléaires et la prise de conscience des dangers fondamentaux qu’elles posent à la vie sur la planète ont été étouffés et surpassés par d’autres problèmes humanitaires et environnementaux. Les organisateurs et soutiens du projet pensent que le moment est venu pour raviver cette prise de conscience au sein des gouvernements et opinions publiques du monde entier sur les conséquences dangereuses et désastreuses qu’ont eu les tests et la rétention des arsenaux nucléaires, et des menaces continues que leur possession posent à la race humaine dans le futur.

Le projet ATOM cherche à éduquer les leaders mondiaux et les opinions publiques et à leur rappeler les terribles réalités de la guerre nucléaire. Il se concentrera sur la menace déjà existante des arsenaux d’armes nucléaires. L’un des objectifs est de constituer un mouvement pour donner la possibilité aux populations autour du monde de faire entendre leur voix sur le problème du désarmement nucléaire. Le projet ATOM souligne également la souffrance des victimes individuelles des essais nucléaires depuis des décennies à travers le monde. En apposant un visage humain sur cette initiative, le projet ATOM attirera l’attention du monde sur la détresse des quelques 15 millions de victimes estimées de l’irradiation depuis des générations dans des pays tels que le Kazakhstan, les Iles Marshall, le Japon ou l’Algérie. Le projet met en lumière les images et témoignages des survivants et victimes des quarante années d’essais nucléaires dans l’Est du Kazakhstan et des mutations et malformations endurées par leurs descendants. Des vidéos et photographies des victimes, souvent horribles, sont présentées pendant la campagne afin d’attirer l’attention autour des conséquences qu'impliquentles tests nucléaires. Le président Nazarbayev a également pressé la conférence pour qu’elle crée une assemblée parlementaire mondiale antinucléaire. « Des parlementaires de tous les pays du monde sont présents à cette conférence aujourd’hui. C’est pourquoi ce forum peut être considéré comme un prototype d’une assemblée parlementaire mondiale antinucléaire. Je suggère de considérer la mise en place d’une telle institution. » a-t-il affirmé lors de la conférence du 29 août.

Le projet ATOM a gagné un soutien immédiat d’hommes d’Etats, d’experts anti-armes nucléaires et d’activistes du monde entier. Le ministre allemand des Affaires Etrangères Guido Westerwelle a pesé dans la balance pour cela. L’ancien ministre des Affaires Etrangères australien Gareth Evans est également un farouche soutien, comme le sont les membres influents du Parlement japonais. « PNND est honorée de s’associer au projet ATOM pour éduquer les parlementaires, gouvernements et la société civile aux conséquences humanitaires horribles de n’importe quel usage d’une arme nucléaire et à l’impératif que cela amène pour leur abolition » a affirmé Alyn Ware, coordinateur global de PNND lors de la conférence. « Cette conférence au Kazakhstan a motivé des parlementaires du monde entier à affermir leur action pour abolir les armes nucléaires, y compris avec la multiplication des zones sans armes nucléaires et la promotion d’un traité global d’interdiction de ces armes. »
Ceci est seulement le commencement : des scientifiques, hommes d’Etat et humanitaires à travers le monde ont assuré leur soutien à ce mouvement. Mais les promoteurs les plus importants et au bout du compte les plus puissants sont les populations ordinaires de tous les pays dans lesquels l’idéalisme et le courage peuvent changer le cours de l’Histoire. Les organisateurs et soutiens du projet ATOM pensent que ces personnes sont la nouvelle génération des héros qui remporteront la lutte pour la paix mondiale et la survie de l’Humanité. 

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Crédit: Colin Berlyne

Il y a 44 ans, Karipbek Kouyoukov est né sans bras dans l’Est du Kazakhstan, conséquence terrible de l’exposition aux radiations subie par ses parents et générées par plus de 100 essais nucléaires atmosphériques réalisés par l’Union Soviétique. Mais Kouyoukov ne s’est jamais considéré comme une victime. Non content de mener une carrière réussie de comptable, Kouyoukov est aussi devenu un artiste reconnu et, en tant qu’ambassadeur de bonne volonté, a voyagé autour du monde pour défendre la cause du désarmement nucléaire. Cet automne et cet hiver, ses œuvres étaient exposées à La Hague, Genève et Washington. Il est aujourd’hui l’ambassadeur honoraire du projet ATOM. « Nombre de mes connaissances sont mortes des radiations résultantes des essais nucléaires » affirme-t-il. « Dans une famille, c’est d’abord le père puis la mère qui ont été emportés, avant que les enfants eux-mêmes ne meurent – une famille de dix personnes. Personnellement, je n’ai pas de bras pour vous embrasser mais j’ai un cœur aussi grand que les larges espaces kazakhs, prêt à embrasser le monde pour la paix et le désarmement nucléaire. »

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Crédit: Colin Berlyne

Kouyoukov est né dans le village de Yegyndybulak, à seulement 100 kilomètres du site d’essais nucléaire de Semipalatinsk. « Pendant les essais, mes parents ont été témoins de ces nuages lumineux et imposants au fur et à mesure qu’ils emplissaient le ciel. Quand je suis né, je l’ai été sans bras et ce fut un choc pour ma mère. Mon père m’amena à Leningrad. Je finis par étudier là-bas et reçu mon diplôme, mais je n’ai jamais pu m’habituer aux bras prothétiques. »
« J’ai aimé dessiner depuis ma tendre enfance », explique-t-il. « Je ne sais pas pourquoi, mais mon âme était poussée par ce besoin de créer quelque chose de beau. Je l’ai fait sans bras mais avec mes pieds, mes jambes et ma bouche. Je suis devenu artiste car une âme d’artiste ne peut pas être diminuée par une limitation physique. »

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Crédit: Colin Berlyne

La vie de Kouyoukov lui a appris que l’ignorance de la menace nucléaire mène à la souffrance et la tragédie. « Les gens qui vivaient à Semipalatinsk à cette époque (des essais) sortaient de leur maison pendant les explosions pour les regarder. Ils ne connaissaient même pas les dangers sanitaires et les conséquences dévastatrices de ces crimes commis à leur encontre. En réalité, ces gens étaient considérés comme des cobayes. Des études sur la faune et la flore ont été réalisées. A l’époque, on nous a dit que « les substances radioactives n’affectent pas la flore ». Quel mensonge terrible ! Des overdoses de radiations ont menées les êtres humains à souffrir de tumeurs cancéreuses, de cancers de la peau et de leucémie. » décrit-il.

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Crédit: Colin Berlyne

Kouyoukov affirme qu’il n’a aucun doute à propos de sa mission dans la vie : « Je fais mon possible pour que des gens comme moi soient les dernières victimes des essais nucléaires » dit-il. « Je continuerai faire appel à l’ensemble de l’Humanité à préserver la sécurité sur la planète jusqu’à ce que mon cœur s’arrête. Je ne veux pas que ces évènements se répètent dans n’importe lieu à n’importe quel moment, où que ce soit sur la planète. Nous avons un choix. » déclare Kouyoukov quand il parle devant un public, qu’il soit à Astana ou ailleurs. « Nous pouvons être passifs et laisser les personnes à la tête de l’Etat régler le problème, ou bien nous pouvons nous unir et défendre notre citoyenneté et nos droits. Chaque personne a le droit de décider du futur qu’il désire pour lui, sa famille et sa nation »

L’effort global du Kazakhstan pour arrêter le fléau des essais nucléaires et d’abolir tous les arsenaux nucléaires est mené par le Centre Nazarbayev à Astana. La responsabilité de faire passer ce message au monde et d’essayer d’unir l’opinion mondiale pour un monde sans armes nucléaires est sur les épaules du directeur du Centre, Kanat Saudabaïev. Saudabaïev est l’un des hommes d’Etat les plus expérimenté et un associé de longue date du président Noursoultan Nazarbayev. Sa carrière depuis les deux décennies où le Kazakhstan a gagné son indépendance l’a préparé d’une bonne manière à mener cette initiative internationale. Saudabaïev partage l’engagement du président pour une politique étrangère multi-vectorielle qui a permis au Kazakhstan de devenir le centre stratégique des terres centre-asiatiques (land mass), faisant du pays un pont de paix, de coopération et de compréhension entre l’Est et l’Ouest, le Nord et le Sud. Né près d’Almaty (alors connue sous le nom d’Alma-Ata) en 1946, il a occupé les fonctions de Secrétaire d’Etat du Kazakhstan de 2007 à 2012. Il était parallèlement ministre des Affaires Etrangères de 2009 à 2011 et a présidé la délégation kazakhe durant l’année où le Kazakhstan a dirigé avec succès l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) en 2010. Il était aux côtés de Nazarbayev lors de la préparation de la contribution majeure du Kazakhstan au Sommet de Sécurité Nucléaire organisée par Barack Obama à Washington en 2010.

Précédemment, Saudabaïev a été pendant sept ans l’ambassadeur du Kazakhstan à Washington. Dans la limite de ses compétences, il a pu jouer un rôle clé dans le développement du partenariat stratégique entre le Kazakhstan et les Etats-Unis et a apporté une contribution majeure dans le domaine du désarmement nucléaire. Détenteur de diplômes de l’Institut de la Culture de Leningrad et de l’Académie des Sciences Publiques de Moscou, il a également obtenu deux doctorats, un de philosophie de l’Université Nationale Kazakh et l’autre en sciences politiques de l’Université Nationale de Moscou. Il a reçu l’Ordre de la Patrie (Otan), la plus haute distinction nationale, et l’Ordre du Service Distingué (Order of Distinguished Service) (Kurmet). Aujourd’hui, Saudabaïev s’occupe de la passion de sa vie ainsi que celle du président pour créer un monde sans armes nucléaires à partir d’une nouvelle scène mondiale d’une opinion publique mondiale, alors qu’il dirige les efforts du Centre Nazarbaïev pour faire de cet objectif une réalité.

Colin Berlyne
Journaliste à Edge.kz

Traduit par Etienne Combier

 

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