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Kazakhstan : à Ekibastouz, les habitants ont progressivement changé (1/2)

Ekibastouz est une ville industrielle à 5 heures de route d’Astana, la capitale kazakhe. Eloignée, elle subit aujourd’hui une désaffection progressive de ses habitants, même si de nombreux autres restent très attachés à leur ville natale.

Novastan reprend et traduit ici un reportage réalisé par Tengrinews.  

« A nous, à vous, à Ekibas ! ». Voici le toast proposé par les habitants d’Ekibastouz à leurs invités. Depuis la capitale du pays, Astana, 5 heures sont nécessaires pour se rendre dans cette ville industrielle de l’oblast de Pavlodar, que ce soit en voiture ou en train. Du fait de cette activité, les locaux nomment la pollution de l’environnement parmi l’un des principaux problèmes de leur ville. Pourtant, ils sont nombreux à aimer leur région de naissance, et les plus fidèles patriotes consacrent poèmes et chansons à leur ville.

Le tronçon de route en direction d’Ekibastouz est en travaux jusqu’à présent. Ainsi, même les chauffeurs les plus expérimentés préfèrent parfois prendre le train pour y aller. Les services de taxi préfèrent utiliser les applications mobiles et le trajet moyen est estimé à 250 tengués (66 centimes d’euro). Certains chauffeurs qui s’essayent à être taxi autorisent parfois en guise de bonus à leurs clients de s’asseoir à l’avant du véhicule sans attacher leur ceinture.

Renat Tachkinbaïev et Tourar Kazangapov, deux reporters du site Tengrinews, sont allés à la rencontre des habitants d’Ekibastouz.

Première impression : gris et dépression

A première vue, Ekibastouz ressemble à une ville grise et plutôt déprimante. Une promenade dans quelques quartiers peut rendre triste, et les hypocondriaques peuvent même ressentir un certain découragement.

Mais en réalité, dans les quartiers résidentiels, cette ville ne diffère pas vraiment des autres régions industrielles du Kazakhstan. Dans les cours intérieures, tout n’est pas déjà pas si mal. Plus largement, dans la ville, de nouveaux logements ont été construits. Même si, d’après les habitants, ils ne peuvent pas se le permettre financièrement.

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Des centres commerciaux pour mettre un peu de vie

Les nouveaux centres commerciaux deviennent la principale attraction des habitants. Ils sont peints évidemment dans la gamme de couleur grise de la ville. Les autorités d’Ekibastouz essayent d’améliorer la ville à l’aide de formes architecturales. Par exemple, une réplique de la tour Baïterek, le symbole d’Astana, a été construite. La ville essaie également d’attirer l’attention des artistes connus au Kazakhstan, avec notamment la venue le 8 mars dernier du chanteur Kaïrat Nourtas.

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Ekibastouz, l’industrielle

Mais Ekibastouz ne serait pas Ekibastouz sans ses industries. Elles sont toutes situées à l’extérieur de la ville. Ekibastouz se présente alors avec un tout autre visage.

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Un lieu de rencontre à l’entrée de la ville

Mais les reporters de Tengrinews se sont plutôt intéressés à la ville et à la rencontre de ses habitants.

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Ce lieu à l’entrée d’Ekibastouz  jouit d’une forte popularité. Les nouveaux mariés s’y rendent souvent. Aux heures tardives, on écoute de la musique, on danse, et on se photographie avec joie.

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Voici Aliona et Alexeï Avdiounine. Ils célèbrent leur 19ème anniversaire de vie commune. Alexeï travaille depuis les années 1990 à l’entreprise Bogatyr. « Et moi, je suis femme au foyer », nous dit Aliona. Alexeï précise : « Elle est manager en confort ».

Un jour de la semaine. Il n’est pas encore 23 heures. Les rues d’Ekibastouz se sont vidées. Certains travaillent de nuit dans les usines, d’autres se préparent à la nouvelle journée de travail.

Des retraités souvent obligés de travailler pour survivre

Tôt le matin, les concierges préparent leur journée. Parmi eux, Galina Nikolaïevna Serebriakova. Retraitée, elle travaille de 8 heures du matin jusqu’à 15 heures pour 32 000 tengués par mois (85,5 euros). « Je reçois une retraite d’environ 40 000 tengués (107 euros, ndlr). Pour faire les courses, c’est globalement suffisant, mais s’habiller devient difficile », décrit-elle.

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« Nous aimons notre ville, nous nettoyons, nous aimons tout. Seulement, des habitants jettent chaque jour des sacs de détritus ou des mégots de cigarette depuis leurs balcons. Je me demande pourquoi ils font ça. Les gens habitent depuis longtemps au même endroit, mais quelque part ils n’aiment pas leur ville. Je ne dis pas tous, il y a des gens qui respectent notre ville, mais beaucoup ne sont pas responsables. Pourquoi est-ce ainsi, quel est le problème ? », se demande-t-elle.

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« Pourquoi les gens ont-ils changé ? Avant, ces gens étaient de bonne volonté, les fleurs fleurissaient aux alentours, et l’esprit rayonnait de joie, mais maintenant ce n’est plus le cas. Pourquoi, hein ? », poursuit Galina Nikolaïevna.

« Tous se sont éloignés les uns des autres »

« Maintenant tout change, il n’y a plus de respect. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi. Si tout le monde était bon, alors il me semble que toute la planète irait bien. Tous se sont éloignés les uns des autres, maintenant chacun essaie d’arracher, de s’approprier de terres, des eaux, du pétrole, du gaz, de faire du profit. Mais ce n’est pas bon », soutient la retraitée.

Galina Nikolaïevna Serebriakova Ekibastouz Kazakhstan Concierge

« J’ai travaillé 32 ans au jardin d’enfants. Chaque jour, j’ai accepté un autre enfant. Et pour que les enfants s’habituent à faire leurs devoirs, j’ai fait ainsi. Je nettoie la vaisselle, je m’assois sur une chaise près d’eux, je leur chante des chansons, je leur déclame des vers. L’enfant s’habitue à moi très rapidement, je le nourris. Ensuite, je les accompagne dans leur chambre. Je place chaque enfant sur le côté, je l’enveloppe dans les draps, je lui caresse la tête, et l’enfant s’endort. Ils se sont habitués à moi en l’espace de deux ans, ensuite ils viennent vers moi, parlent, et me disent bonjour tante Galia », raconte Galina Nikolaïevna.

Des marchés et des papillons

A Ekibastouz, de nombreux retraités travaillent. Par exemple, sur ce marché, ils vendent les produits venant de leurs datchas. Certains d’entre eux ont une production de salaisons en vente. Il arrive que d’autres grands-mères avec le grand-père jardinent dans trois datchas et y passent tout leur temps. Les grands-mères locales sont alors appelées « papillons ».

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« Bientôt la nouvelle saison arrive, lorsque tous les papillons estivaux sortent, et nous, les papillons d’hiver, nous sortons de là-bas et nous allons travailler à la datcha », décrit Anna Kouznetsova. Elle reconnaît que le marché de la datcha les sauve bien elle et son mari de leurs maigres pensions.

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Dans un autre marché, une quantité innombrable de couteaux, de cuillères, de fourchettes, d’assiettes et autres vaisselles est vendue pour des kopeks. « Il y a des assiettes qui coûtent trente, quarante tengués (10 centimes d’euros, ndlr). Dans les magasin, les nouvelles assiettes coûtent 600 tengués (1,6 euro, ndlr) », affirme une femme nommée Jamilia.

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Auparavant, Jamilia travaillait comme institutrice pour les petites classes à l’école agricole. Mais dans les années 1990 elle a déménagé en ville et elle n’a pu poursuivre son travail dans sa spécialité. Maintenant, elle reçoit une retraite de 42 000 tengués (112 euros).

« Où je prends les produits ? Ceux qui partent, ceux qui n’en ont pas besoin viennent et les apportent ici. Nous achetons. Ça fait près de dix ans que je marchande ici. Avec nos faibles retraites, il nous est impossible de faire quoi que ce soit, il faut aider nos petits-enfants », explique-t-elle aux reporters de Tengrinews.

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Un parc gardé, même en hiver

Dans le parc de la ville d’Ekibastouz, il n’y a pas grand monde. Les attractions sont fermées en hiver. Les reporters de Tengrinews croisent rarement qui que ce soit. Mais le parc n’est pas laissé sans surveillance. Un gardien veille nuit et jour pour sa propreté et son ordre.

L’une des gardiennes s’appelle Nadejda Pavlovna Kherova. « Il est impossible de s’ennuyer, il faut déblayer la neige en hiver, en été il faut couper l’herbe », explique-t-elle.

Nadejda Pavlovna Ekibastouz Kazakhstan Gardienne Parc

Dans le local pour les gardiens, tout est simple, mais pleinement confortable. « Tout peut arriver, mais nous essayons de contacter la police le moins possible. Cependant en cas de besoin, nous les appelons. Dans les conditions actuelles, il est possible de travailler », affirme Nadejda Pavlovna.

Dans le local de gardien, il n’y a pas de télévision. Il n’est pas recommandé aux employés d’attirer leur attention sur de telles choses. Même lire des livres n’est pas bien vu. Par contre, on peut écouter de la musique.

« Maintenant, les enfants sont gâtés »

Auparavant, Nadejda Pavlovna travaillait comme cuisinière dans une maternité. Mais ensuite elle a dû quitter son poste et voilà maintenant deux ans qu’elle est gardienne. « Maintenant, les enfants sont gâtés. Les parents leur permettent de faire ce qu’ils veulent », confie Nadejda Pavlovna. « Et moi, je leur mettrai bien une fessée…Mais non, c’est interdit de traiter ainsi les enfants, autrement une plainte est déposée rapidement… ».

« Cette année, j’ai travaillé à Nouvel An, le premier janvier. C’était un moment joyeux, le Père Noël avec Blanche-Neige sont venus nous rendre visite », nous dit la femme.

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A Ekibastouz, le soir arrive, les rues se vident à nouveau progressivement. Et à cette heure, non loin du parc, les jeunes travailleurs se rencontrent pour enfin faire quelque chose d’important.

Cliquez ici pour découvrir la suite de ce reportage.

Traduit du russe par Mathieu Lemoine

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Une rue d’Ekibastouz vide, de nuit.
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Ekibastouz n’est pas nécessairement accueillante, notamment en hiveR.
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Une vue d’Ekibastouz
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Les rues d’Ekibastouz sont souvent enneigées l’hiver.
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Un complexe d’immeubles dits modernes d’Ekibastouz.
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L’un des centres commerciaux d’Ekibastouz.
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La réplique du Baiterek d’Astana à Ekibastouz.
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La zone industrielle d’Ekibastouz.
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Ekibastouz n’a rien à envier à de grandes villes industrielles.
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Un écriteau annonçant la zone industrielle.
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Un lieu de rencontre important, notamment pour les mariages, à Ekibastouz.
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Des concierges d’Ekibastouz.
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Des immeubles d’Ekibastouz.
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Galina Nikolaïevna Serebriakova reçoit une retraite mais insuffisante pour vivre.
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Un marché d’Ekibastouz.
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Un marché de matériaux en tous genres.
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Jamilia, entourée de ses produits.
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Dans le parc de de la ville.
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Nadejda Pavlovna est l’une des gardiennes du parc d’Ekibastouz.
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Le parc d’Ekibastouz, de nuit.
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