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Kazakhstan : les cours en ligne annulés du fait d’un Internet défaillant

Le passage à l’enseignement à distance, mis en place du fait de la pandémie de coronavirus, a été officiellement annulé du fait de défaillances Internet dans le plus grand pays d’Asie centrale.

C’est ce qui s’appelle un couac. À la veille de la mise en place généralisée d’un système d’enseignement en ligne pour les écoles prévu pour le 6 avril, le Kazakhstan s’est trouvé incapable d’assurer la continuité de l’enseignement secondaire en ligne. « L’Internet au Kazakhstan n’est pas adapté au maintien des cours en ligne pour les élèves », a ainsi déclaré le ministre de l’Éducation et des Sciences, Askhat Aïmagambetov, le 3 avril dernier, rapporte le média kazakh Tengrinews. Les autorités ambitionnaient de mettre en place la formation à distance par le biais de services de streaming pour compenser la fermeture des écoles du fait du coronavirus. Ce dimanche 5 avril, le Kazakhstan compte 584 personnes contaminées et 6 décès.

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2,5 millions d’enfants ont participé lors d’essais qui se sont déroulés le 1er avril dernier. Différents systèmes ont été utilisés, y compris le service de téléconférence Zoom, devenu très populaire lors du confinement mais qui a été mis en cause du fait de la divulgation en ligne d’informations à caractère privé.

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Les essais ont montré qu’il y a eu des moments difficiles du point de vue technique et qu’à l’échelle du pays, le maintien des cours par le streaming était « irréalisable ». Il a donc été décidé que, pour préserver la qualité et l’efficacité de l’enseignement, le processus serait basé sur d’autres mécanismes, comme le portail Kundelik par exemple, qui ne nécessitent pas de connexion. De même, des cours audiovisuels seront diffusés par les chaînes de télévision et par la radio. Un dernier mécanisme a également été envisagé : la communication des leçons par courrier. Le ministre a soutenu qu’il fallait faire confiance aux élèves et aux enseignants et éviter la bureaucratie.

En filigrane, le problème latent des infrastructures au Kazakhstan

En réalité, la pandémie de coronavirus a mis en exergue des problèmes qui existaient déjà au Kazakhstan. Il s’agit notamment du manque de capacité des réseaux et la saturation des infrastructures d’un côté, de l’autre de l’absence de connexion à Internet et le manque de compétences en informatique de la population en dehors des grandes villes.

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Ce couac technologique intervient alors que l’État kazakh a récemment communiqué sur la mise en oeuvre d’un grand plan de numérisation du pays. En effet, en octobre 2018, dans le cadre du forum Économie numérique à Astana (aujourd’hui Nur-Sultan), les autorités kazakhes avaient largement promu la réalisation du projet Digital Kazakhstan 2018-2022 qui devrait représenter des investissements supérieurs à un milliard d’euros d’ici 2022, selon le site de Business France.

Problèmes techniques en série

Plus largement, ce couac n’est pas le premier depuis que la pandémie de coronavirus a touché le Kazakhstan, le 13 mars dernier. Le 31 mars dernier, dans son adresse à la nation, le président kazakh Kassym-Jomart Tokaïev a souhaité élargir le 31 mars dans  le cercle des bénéficiaires des prestations sociales avec une allocation de 42 500 tengués (88 euros) par personne. Problème : cette mesure a elle aussi provoqué des bugs en série.

De fait, la mise en place de cette allocation en ligne a semé le désordre parmi les milliers de Kazakhs dont l’afflux sur les plateformes et sites a provoqué une panne de ces derniers. Cette situation à elle seule a démontré l’incapacité apparente des autorités de mettre en place des services publics faciles d’emploi et le manque de cohérence dans leurs actions qui sont toujours en quête de solutions alternatives. Et, alors que la résolution de ce problème ne semble pas prête d’être trouvée dans les prochains jours, les autorités kazakhes ont dû faire face à leur incapacité d’assurer des cours en ligne.

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Actuellement, le Kazakhstan a choisi de lutter vigoureusement contre l’épidémie, déclarant l’état d’urgence dans le pays dès le 16 mars et jusqu’au 15 avril. Nur-Sultan a réduit fortement le trafic aérien et a mis en quarantaine les plus grandes villes du pays, la capitale Nur-Sultan et Almaty. Ce régime a fini par s’étendre à la ville de Chymkent le 4 avril dernier.

Dans son discours du 31 mars dernier, le président kazakh a déclaré que le coronavirus mettait à l’épreuve les États et leurs capacités d’adaptation. Force est de constater que la crise, bien que traitée drastiquement par le pays le plus riche d’Asie centrale, met à nu certaines de ses faiblesses latentes depuis l’indépendance.

Adel Urikbayeva
Rédactrice pour Novastan à Almaty

Édité par Jérémy Lonjon
Correspondant de Novastan à Almaty

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Les autorités kazakhes ont admis que leur Internet n’était pas suffisant pour assurer des cours en ligne (illustration).
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