Noursoultan Nazarbaïev et Kassym-Jomart Tokaïev président

Kazakhstan : Noursoultan Nazarbaïev reprend la main sur les nominations

L’ancien président kazakh, officiellement retiré de la vie politique, a vu ses pouvoirs considérablement élargis grâce à un décret lui donnant la main sur les nominations du président actuel, Kassym-Jomart Tokaïev.

Le premier président du Kazakhstan et président du Conseil de sécurité Noursoultan Nazarbaïev a désormais le pouvoir de contrôler presque toutes les nominations importantes au Kazakhstan. Ces nouveaux pouvoirs lui ont été accordés par un décret du 9 octobre dernier signé de l’actuel président de la République, Kassym-Jomart Tokaïev. En mars dernier, Noursoultan Nazarbaïev avait annoncé sa démission surprise après avoir occupé le poste de président du pays depuis 1990. Il a été remplacé après une élection présidentielle anticipée en juin dernier par Kassym-Jomart Tokaïev.

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Selon le décret, l’actuel président kazakh ne pourra nommer des ministres qu’après avoir obtenu l’accord du président du Conseil de sécurité, Noursoultan Nazarbaïev. Kassym-Jomart Tokaïev peut tout de même nommer seul les chefs du ministère des Affaires étrangères, du ministère de la Défense et du ministère de l’Intérieur.

Le premier président plus que jamais aux commandes

Noursoultan Nazarbaïev devrait coordonner les désignations des chefs d’organe directement subordonnés au président du Kazakhstan : le chef de l’administration présidentielle, le procureur général, le chef du comité de la sécurité nationale (KNB), le chef du service de renseignement extérieur, et même jusqu’au chef du service de sécurité du président.

Le premier président kazakh (1990-2019) devra également être consulté et donner son accord pour la nomination d’akims (chefs de l’administration) des régions, des grandes villes et de la capitale qui porte son nom, Nur-Sultan.

Ainsi, presque toutes les nominations les plus importantes au Kazakhstan devront passer par Noursoultan Nazarbaïev. Le Conseil de sécurité, qu’il préside à vie depuis mai 2018, devient ainsi encore plus clairement une présidence bis. La loi dit que ce droit lui appartient « en vertu de sa mission historique ».

Un duopole de façade ?

Le porte-parole de la présidence, Berik Uali, a déclaré sur sa page Facebook que ce décret n’était que technique. « Sa signature est dictée par les dispositions de la nouvelle loi sur le Conseil de sécurité, adoptée en juillet 2018. La loi prévoit le renforcement des pouvoirs de cet organe collégial dirigé par le premier président à vie, Elbasy Noursoultan Nazarbaïev », a-t-il expliqué.

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Selon lui, ce décret n’empêche pas Kassym-Jomart Tokaïev de prendre les décisions qu’il souhaite. « La procédure actuelle pour s’entendre sur la nomination de personnalités d’État n’empêche pas en pratique le président de prendre des décisions indépendantes sur toutes les questions relatives au personnel« , a déclaré Berik Uali. En effet, Noursoultan Nazarbaïev lui-même, dans une interview à la chaîne de télévision nationale Khabar, avait précisé : « Tokaïev me consulte mais prend des décisions de manière indépendante. »

Selon le ministre de la Justice kazakh Marat Beketaïev, le décret sur l’élargissement des pouvoirs du premier président du pays ne signifie pas qu’il existe un double pouvoir au Kazakhstan. Selon ses déclarations à  l’agence de presse russe Ria Novosti, il n’implique pas un affaiblissement du pouvoir présidentiel au profit du président du Conseil de sécurité. Cependant, il a affirmé que le « dernier mot » dans les nominations est bien pour le Conseil de sécurité, et donc Noursoultan Nazarbaïev décidera.

Noursoultan Nazarbaïev « parti pour mieux rester »

« Il est étrange de voir le battage médiatique autour du fait que Kassym-Jomart Tokaïev devra se coordonner avec le président du Conseil de sécurité les principales nominations de personnel dans toutes les structures du pouvoir », estime pour sa part Dossym Satpaïev, politologue kazakh, sur son compte Instagram. Depuis le 19 mars, date de l’annonce du départ de Noursoultan Nazarbaïev, l’analyste affirme sans changer de ligne que le premier président kazakh « était parti officiellement pour mieux rester ».  Pour lui, « ce que beaucoup appellent à présent le transit du pouvoir est en réalité un « demi-transit », le véritable transit ne commencera qu’au départ définitif – la mort ».

Pour le politologue kazakh, Noursoultan Nazarbaïev a non seulement « posé de nombreux drapeaux rouges autour de son successeur, mais également des obstacles concrets, notamment en matière de choix de personnel ». « La logique des partisans de la préservation du « statu quo » politique et intra-élite est primitive et compréhensible. Sans son équipe et un large réseau de supporters, tant dans les régions que dans le centre, Tokaïev est plus gérable et vulnérable », estime Dossym Satpaïev. « Il n’est pas surprenant qu’il soit nécessaire de coordonner la nomination des akims des oblasts (régions, ndlr), des villes d’importance républicaine et de la capitale avec le premier président, afin que les fronts de l’élite régionale ne se manifestent pas dans les régions. »

Cependant pour Dossym Satpaïev, « tout cela est en contradiction flagrante avec la thèse de Tokaïev dans son message sur « un président fort, un parlement influent et un gouvernement responsable », dans la mesure où l’appareil bureaucratique recevait un signal clair quant à l’identité du chef de son parti », décrit l’observateur. « C’est dommage pour Tokaïev, car le degré de contrôle de cet appareil diminuera encore plus, ce qui entraînera un sabotage des décisions prises et des tâches à accomplir. »

La rédaction

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Noursoultan Nazarbaïev et Kassym-Jomart Tokaïev, respectivement président du conseil de sécurité et président du Kazakhstan.
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