Noursoultan Nazarbaïev Vladimir Poutine Kazakhstan Russie Transition Réforme Politique Constitution Influence

La transition politique au Kazakhstan inspire-t-elle vraiment Vladimir Poutine ?

Alors que la Russie se prépare à un changement constitutionnel durant le dernier mandat de Vladimir Poutine, les commentateurs ont brandi l’exemple de la transition du pouvoir au Kazakhstan comme une source d’inspiration en Russie. Une idée séduisante mais qui ressemble pour l’heure à une chimère.

C’est une musique entraînante : et si le Kazakhstan influençait la Russie dans la sphère politique ? Depuis l’annonce le 15 janvier dernier par Vladimir Poutine d’une modification constitutionnelle, une idée revient régulièrement : la Russie s’inspire du Kazakhstan. Une dépêche AFP reprise largement affirme ainsi que « certains l’imaginent en arbitre suprême, au-dessus de la mêlée politique avec un poste sur mesure, comme l’a fait Noursoultan Nazarbaïev au Kazakhstan. En 2019, ce dernier est devenu une sorte de père de la Nation, laissant la présidence à un fidèle obéissant. »

Novastan est le seul média en français et en allemand spécialisé sur l'Asie centrale. Entièrement associatif, il fonctionne grâce à votre participation. Nous sommes indépendants et pour le rester, nous avons besoin de vous ! Vous pouvez nous soutenir à partir de 2 euros par mois (défiscalisé à 66 %), ou en devenant membre actif par ici.

L’idée paraît séduisante : alors que le Kazakhstan est resté largement influencé par Moscou depuis l’indépendance de l’URSS, voilà que Nur-Sultan ferait office de modèle sur le plan politique.

Une « erreur intellectuelle »

« C’est une erreur intellectuelle », assène Daniyar Kosnazarov, analyste kazakh basé à Almaty« Certes, les deux systèmes politiques sont similaires, avec des dirigeants voulant à tout prix conserver leur pouvoir. Mais en réalité, on pense aujourd’hui au Kazakhstan car c’est l’exemple le plus récent, c’est une comparaison facile », décrit le politologue.

Lire aussi sur Novastan : Réélection de Poutine : quels changements pour le Kazakhstan ?

De fait, en mars 2019, après 30 ans au pouvoir, Noursoultan Nazarbaïev démissionne « par surprise » de son poste de président pour laisser la place à Kassym-Jomart Tokaïev, président du Sénat. Pour autant, le « Premier président » kazakh, qui se fait appeler « Elbasy » ou Leader de la Nation depuis 2010, est devenu en mai 2018 président à vie du Conseil de sécurité kazakh. Le Conseil a des pouvoirs étendus dans la vie politique et sociale au Kazakhstan, allant même jusqu’à récemment peser dans la nomination des ministres. On observe ainsi aujourd’hui une sorte de présidence à deux têtes, sans pour autant que les rôles soient exactement définis.

Quatre années à prévoir

En Russie, rien n’est très défini pour le moment. Selon le discours de Vladimir Poutine, le parlement russe aura plus de pouvoirs, tandis que le Conseil d’Etat, qui a notamment un rôle de coordination sur les affaires de l’Etat dans les régions russes, devrait faire son entrée dans la Constitution. Le 20 janvier dernier, des amendements en ce sens ont été envoyés aux députés, rapporte Sputnik« Vladimir Poutine ne démissionne pas de son poste, il limoge simplement le gouvernement et annonce des réformes, pour l’heure non validées », décrit Adrien Fauve, chercheur spécialisé sur le Kazakhstan à l’université Paris-Saclay.

« Même si cette réforme est proclamée, il reste encore quatre ans, cela peut changer », décrit Daniyar Kosnazarov. « Vladimir Poutine prendra sa décision, mais pas aussi rapidement, il a son propre modèle », continue le politologue kazakh.

« Il  y a plus de différences que de similitudes »

Un doute également présent dans l’esprit d’Adrien Fauve. « S’il y a des phénomènes d’imitation ou d’émulation entre les deux États, cela reste partiel et surtout beaucoup trop tôt pour se prononcer », décrit l’universitaire. Vladimir Poutine reste ainsi président et n’a pas affirmé clairement son ambition de diriger à vie un quelconque conseil. Il n’a également pas le même statut historique que Noursoultan Nazarbaïev, dernier des présidents de l’ex-URSS.

Envie d'Asie centrale dans votre boîte mail ? Inscrivez-vous gratuitement à notre newsletter hebdomadaire en cliquant ici.

Surtout, le « modèle » kazakh reste encore très mouvant. « La transition au Kazakhstan est toujours en cours, il est difficile de prévoir si elle sera si réussie à l’avenir », décrit Daniyar Kosnazarov. « Kassym-Jomart Tokaïev est en train d’introduire de nouvelles têtes dans l’administration, tandis que Noursoultan Nazarbaïev va déléguer certaines de ses obligations de sécurité. D’ici deux à trois ans, nous aurons une image plus claire », explique le politologue kazakh.

« Aujourd’hui, il y a plus de différences que de similitudes entre les deux modèles », conclut Adrien Fauve.

Etienne Combier
Rédacteur en chef de Novastan

Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez répondre anonymement à ce questionnaire ou nous envoyer un email à redaction@novastan.org. Merci beaucoup !

Les commentateurs ont été nombreux à dresser un parallèle entre la transition politique russe à venir et celle en cours au Kazakhstan.
Kremlin.ru
Partager avec
Aucun commentaire

Ecrire un commentaire

Captcha *