« Le coup de froid » de Nazarbaïev comme un fait politique

« Dans l’histoire du Kazakhstan indépendant vient de se produire un fait assez rare : l’annulation des visites du chef de l’État dû à des problèmes de santé. » Dosym Satapev, analyste politique kazakh, relève et explique l’importance du coup de froid du président kazakh, Noursoultan Nazarbaïev, 76 ans, annoncé mardi dernier par un communiqué lapidaire. Depuis le président est revenu en forme sur le devant de la scène médiatique kazakhe.

Cet article a été publié originellement en russe sur le site de forbes.kz et traduit du russe par Nancy Rault pour Novastan.

Selon la tradition, la santé du président a toujours été tenu secrète loin de la « famille médiatique ». Une habitude issue de la période soviétique.

C’est précisément pour cette raison que l’annonce de visites présidentielles annulées a donné naissance à toutes sortes de théories et à un grand nombre de conspirations. Même en Arménie, où une visite devait avoir lieu, de nombreux commentaires ont émergés après l’annulation.

Un coup de froid pour des raisons politiques ?

Bien évidemment la raison débattue ne concernait aucunement la santé du président kazakh mais bel et bien la raison politique, compte tenu des relations tendues entre les deux capitales, Erevan et Astana à cause de la récente position du Kazakhstan dans le conflit autour du Haut-Karabakh entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. L’annulation d’une visite en Azerbaïdjan pour les mêmes raisons aurait dû rassurer Erevan.

Cependant, le problème n’est pas de gérer les commentaires sur cet événement en dehors des frontières du Kazakhstan mais plutôt de gérer la perception de celui-ci, à l’intérieur du pays. Il est compréhensible qu’un tel battage médiatique puisse survenir en raison du récent événement qui a eu lieu chez son voisin ouzbek. Le pays a vu récemment s’éteindre le patriarche de la politique post-soviétique, Islam Karimov, pour qui la santé a été également un facteur politique.

Naturellement, maintenant l’attention se porte sur notre pays qui constitue un acteur essentiel en Asie centrale et se trouve au seuil d’une transition politique. Il n’est donc pas étonnant qu’à partir de n’importe quelle information au sujet d’une toux à l’Akorda s’en suive la fièvre non seulement dans tout le pays mais aussi chez de nombreux médias étrangers.

Rumeurs et tabous

Par conséquent, au travers de ce message du coup de froid certains y ont descellé déjà quelque chose de plus grave. Dans tous les cas, quoi que l’on dise, il y a interprétation et c’est ainsi que naissent les rumeurs contre lesquelles le pouvoir kazakh cherche activement à lutter ces dernières années. Même le Ministère de l’Information et de la Communication a poussé, sous ce prétexte, la nécessaire modernisation des canaux de communication entre la population et les autorités.

Bien sûr, d’un côté apparait la tendance positive qui consiste à dire que le Kazakhstan, presque pour la première fois (indépendamment de ce fait) a officiellement soulevé la question de la santé du chef de l’État. D’un autre côté, une question subsiste : si le Kazakhstan ne change pas sa politique sur la communication de la santé du chef d’Etat alors quand est-ce que ce thème ne sera-t-il plus considéré comme tabou ? Ou vaut-il mieux poursuivre sur le ton sec des communiqués de presse ?

Le secret sur la santé du président nécessaire à une transition en douceur ?

A ce propos, notons une coïncidence intéressante. Alors que beaucoup au Kazakhstan s’interrogeaient sur ce qui s’était passé, le thème de la santé des politiciens est de nouveau devenu pertinente aux Etats-Unis, où depuis longtemps elle n’est nullement considérée comme une question taboue. Le candidat à la présidence Donald Trump a même mis dans le viseur de sa vidéo pré-électorale l’accent sur les problèmes de santé récents qu’a connu son adversaire Hillary Clinton.

Mais le Kazakhstan, ce n’est pas les Etats-Unis pour la bonne raison que nous n’avons pas une telle concurrence politique.

On peut comprendre la logique de notre gouvernement : l’état de la santé devrait être tenu secret car, de là en dépend non seulement le maintien de l’ordre dans notre pays mais aussi la préservation de l’équilibre de l’élite interne. Bien qu’il semble que la société ait tout de même une lame à double tranchant. La réticence génère le « pouvoir des rumeurs », qui nuit au pouvoir lui-même.

Concernant l’équilibre des élites intérieures, les événements survenus dans le pays voisin, l’Ouzbékistan, a entrainé une « transition en douceur » qui pourrait inspirer l’élite kazakhe et persuader que la politique de maintenir secret la santé du dirigeant est justifiée en particulier en cette heure.

Dosym Satpaev

Nazarbaïev lors d’un discours à l’opéra d’Astana
Akorda.kz
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