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Le FMI s’inquiète des conséquences des Nouvelles routes de la Soie en Asie centrale

Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international, s’inquiète de la dette que pourraient provoquer les prêts chinois pour construire les Nouvelles routes de la Soie, notamment dans les pays d’Asie centrale.

Si le président français Emmanuel Macron s’est montré enthousiaste quant au projet des Nouvelles routes de la Soie, la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) Christine Lagarde, a elle, fait part de son inquiétude quant à ce projet le 11 avril dernier. Pour le FMI, ce projet pourrait mener à « un accroissement problématique de l’endettement […] dans les pays où la dette publique est déjà élevée ».

Christine Lagarde craint qu’une situation semblable à celle qui s’était produite en 2013 au Sri Lanka ne recommence. Les banques chinoises avaient en effet, prêté des sommes importantes au pays, pour réaliser un projet de port en eaux profondes. En 2017, après une spirale de dettes, le Sri Lanka a dû revendre le port à la Chine.

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Depuis son lancement en 2013, le projet des Nouvelles routes de la Soie (ou One Belt, One Road) est le principal projet de développement à l’international de la Chine. Le projet, qui réunit 60 pays, a pour but la construction d’infrastructures ferroviaires, routières, maritimes pour relier la Chine à l’Europe, au reste de l’Asie et même au Moyen Orient.

Le Kazakhstan, première source d’inquiétudes

L’Asie centrale, en tant que voisin direct de Pékin, est déjà impactée par ce projet, notamment le Kazakhstan, qui est l’un des points de passages importants pour cette nouvelle route de la Soie. Une aubaine pour cet Etat qui cherche à se désenclaver pour être moins dépendant de la Russie et de la Chine.

Néanmoins, la situation économique kazakhe n’est pas stable. La dette du pays s’est envolée après que le tengué ne soit plus ancré sur le dollar, avant de redescendre à 100% du Produit intérieur brut (PIB) après une forte dévaluation qui a pesé lourdement sur les citoyens kazakhs.

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Le pays reste fragile au niveau bancaire. Pour résoudre ce problème et continuer d’améliorer l’économie kazakhe, le FMI recommande la mise en place d’infrastructures et la diversification de l’économie. Cependant, la dépendance aux Investissements directs étrangers (IDE), nécessaire à la mise en place d’infrastructures adaptés, représenterai déjà la moitié de la dette kazakhe. Si le pays reste créditeur vis-à-vis du monde, la fragilité des banques, en partie renflouées par l’Etat, pourrait provoquer une crise profonde dans le pays.

Le Centre pour le développement de capacité Chine-FMI

Le Président chinois a balayé les craintes du FMI. « (la nouvelle route de la Soie) n’est pas le Plan Marshall qui a suivi la Seconde Guerre mondiale, ni un complot de la Chine. Cependant, elle représente un projet ensoleillé », a affirmé Xi Jinping.

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Pour rassurer davantage et prouver sa bonne foi, Pékin a récemment lancé un centre destiné à aider le projet « la Ceinture et la Route » (nouveau nom de la route de la Soie). En collaboration avec le FMI, ce centre aura pour but de former le personnel, d’assurer une bonne communication entre les pays concernés par le projet et de soutenir les institutions relatives.

Christine Lagarde a annoncé que le centre « commencera bientôt à offrir des cours de formation macro-financière aux responsables des pays membres du FMI ».  Les pays d’Asie centrale dont le Kazakhstan pourront bénéficier des avantages de ce nouveau centre.

Deux scénarios possibles pour le Kazakhstan

Plus largement, le projet des Nouvelles routes de la Soie est une opportunité pour le Kazakhstan. Selon Madina Bijanova, une chercheuse spécialisée sur la question, ce projet pourrait apporter à Astana une diversification de la production et une amélioration des infrastructures, tout en désenclavant le pays, qui deviendrait alors un lieu incontournable de la mondialisation. Dans ce scénario optimiste, OBOR pourrait, comme au XVème siècle, enrichir la région et rendre les Etats plus indépendants vis-à-vis des grandes puissances.

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Dans une projection plus pessimiste, le Kazakhstan incapable de soutenir de tels projets, sombrerait dans une spirale d’endettement et deviendrait encore plus dépendant de la Russie et de la Chine. C’est ce scénario qui inquiète tant les Européens.

Brieuc Huard
Rédacteur pour Novastan

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Commentaires
  • Article très intéressant permettant de comprendre les enjeux de la route de la soie pour le kazakhstan
    Une question délicate dont les deux scénarios envisagés semblent possible .

    23 mai 2018

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