Jean-Baptiste Lemoyne Secretétaire d'Etat aux Affaires étrangères France Kazakhstan

« Le Kazakhstan est le premier partenaire de la France en Asie centrale », affirme Jean-Baptiste Lemoyne

Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’État aux Affaires étrangères, s’est rendu en visite au Kazakhstan les 6 et 7 septembre derniers. L’occasion de renforcer la coopération entre Astana et Paris dans de nombreux domaines. Novastan a recueilli ses impressions sur son séjour au Kazakhstan et sur les perspectives de coopération qui existent entre les deux pays.

Après la célébration à Paris des 25 ans de relations diplomatiques entre les deux pays en mars 2017, le secrétaire d’État aux Affaires étrangères est le premier officiel du nouveau gouvernement installé en juin dernier à se rendre en visite au Kazakhstan.

Cette visite a été l’occasion de s’entretenir avec plusieurs officiels kazakhs, dont le ministre des Affaires étrangères et le ministre de l’Énergie. Jean-Baptiste Lemoyne s’est également rendu à l’EXPO 2017 à Astana qui visait à promouvoir les énergies du futur. Il revient pour Novastan sur les différents aspects de sa visite avec le « premier partenaire » de la France dans la région.

Novastan : Cette visite du Kazakhstan est la première en Asie centrale pour un représentant du gouvernement depuis sa prise de fonction en mai. Pourquoi avez-vous choisi ce pays ?

Jean-Baptiste Lemoyne : J’ai tenu à effectuer ma première visite dans la région au Kazakhstan, pays avec lequel nous entretenons une relation privilégiée : c’est le premier partenaire de la France en Asie centrale, en particulier depuis la signature d’un accord de partenariat stratégique en 2008.

J’ai ainsi eu l’occasion de visiter la très belle EXPO 2017 sur les énergies du futur à Astana. Mon déplacement visait à diversifier et intensifier les liens qui unissent déjà nos deux pays. Il avait aussi pour objectif de promouvoir la candidature de la France pour accueillir l’exposition universelle de 2025.

Depuis maintenant un an, la chambre de commerce et d’industrie France-Kazakhstan est en activité. Avez-vous senti un plus grand intérêt côté français ?

Cette visite m’a permis d’aller à la rencontre des entreprises françaises qui n’ont jamais perdu leur intérêt pour le Kazakhstan. 140 entités françaises s’y sont installées. La France demeure, par leur biais, le troisième investisseur direct au Kazakhstan avec 13 milliards de dollars et nos relations ne se limitent pas au commerce des énergies fossiles. Les entreprises françaises se sont positionnées sur des initiatives visant à diversifier l’économie kazakhstanaise, notamment dans le domaine des transports, des services urbains, de l’agroalimentaire, du tourisme et des nouvelles technologies, pour n’en citer que quelques-uns.

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L’ouverture de la chambre de commerce et d’industrie France-Kazakhstan témoigne de l’intérêt constant des acteurs privés français pour le Kazakhstan, de leur envie de se fédérer pour mieux se faire connaitre, et de leur souhait de nouer des partenariats emblématiques avec les entreprises kazakhstanaises. Et cela va dans les deux sens : nous sommes ouverts aux investissements kazakhstanais en France, encore peu nombreux aujourd’hui.

Plus largement, comment se portent les échanges entre France et Kazakhstan ?

Les échanges économiques et commerciaux entre les deux pays s’élèvent à 2,9 milliards d’euros en 2016, structurellement au bénéfice du Kazakhstan en raison de l’importation, par la France, d’hydrocarbures et d’uranium. Nous exportons vers le Kazakhstan du matériel de transport ferroviaire et aérien, des médicaments et du matériel spécialisé, ce qui fait de nous le 6ème fournisseur du pays, avec une part de marché de 2.6%. Il y a comme on le voit encore une belle marge de progression possible, et c’est à quoi nous avons décidé de nous atteler avec nos amis kazakhstanais !

L’EXPO 2017 s’est achevée à Astana. Quels sont les résultats du pavillon français et de la délégation française lors de cet événement majeur pour le Kazakhstan ?

La France a accordé depuis le début beaucoup d’importance à l’EXPO 2017. Nous avons été l’un des premiers États à officialiser notre participation à cet événement, dont le thème des énergies du futur nous est cher. Nous avons ainsi mis en avant le savoir-faire des entreprises françaises dans les domaines des énergies renouvelables et de ville durable dans l’un des plus grands pavillons nationaux du site.

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Celui-ci a accueilli un grand nombre de séminaires, conférences et tables-rondes, organisées à l’initiative d’entreprises françaises, mais aussi des événements culturels. Au total, environ 600 000 visiteurs ont pu en apprécier la qualité, soit plus d’un visiteur sur 6 ayant visité l’exposition internationale.  Le pavillon de la France a d’ailleurs reçu le prix du meilleur pavillon, décerné par Exhibitor Magazine.

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Le Kazakhstan est un pays encore inconnu des Français et des Européens en général. Après l’avoir décrit comme votre “premier partenaire” dans la région, comptez-vous le mettre en valeur à l’avenir ?

C’est avant tout en mettant en place des mesures d’attractivité qu’un État se fait connaitre et c’est ce que le Kazakhstan fait activement depuis plusieurs années. Air Astana opère plusieurs vols directs par semaine entre le Kazakhstan et les grandes capitales européennes, dont Paris. Depuis le 1er janvier, les Français et les autres citoyens de l’Union européenne sont exemptés de visa pour voyager au Kazakhstan pour une durée de 30 jours. Des expositions comme celle de 2017, l’organisation d’événements sportifs de grande ampleur ou le développement d’infrastructures touristiques modernes contribuent également à faire connaitre notre partenaire en Europe.

Votre visite a porté sur des sujets tels que la ville, l’énergie ou l’environnement. Avez-vous pu aborder d’autres thèmes, notamment les relations éventuelles dans le cadre de l’Union économique eurasiatique ?

La 13ème commission mixte, que j’ai co-présidée avec mon homologue kazakhstanais, le ministre des Investissements et du Développement, Zhenis Kassymbek, nous ont permis d’aborder, de manière extensive, tous les thèmes de notre coopération économique. Nos relations bilatérales s’expriment également au sein de l’accord de partenariat et de coopération renforcée que le Kazakhstan a noué avec l’Union européenne en 2015. Nous coopérons également de façon très efficace au sein du Conseil de Sécurité des Nations unies, dont le Kazakhstan est membre pour les années 2017 et 2018.

Quant à l’Union économique eurasiatique, elle est plus récente et le Kazakhstan doit lui-même tirer un bilan de sa participation dans cette structure.

Après votre visite, quel est votre sentiment sur le Kazakhstan ?

Je n’ai pas encore eu l’occasion de découvrir le pays dans sa diversité, mais j’ai été très impressionné par Astana, une ville exceptionnellement moderne et tournée vers l’avenir. Les personnalités que j’ai rencontrées sont résolument ouvertes sur le monde. L’EXPO 2017 en est d’ailleurs la preuve – et je salue au passage l’excellente organisation de cet événement – , tout comme la récente adhésion du Kazakhstan à l’Organisation mondiale du Commerce (OMC). Le fait aussi qu’un très grand nombre de jeunes kazakhstanais se rendent à l’étranger pour y accomplir une partie de leurs études est extrêmement profitable au pays.

La France et le Kazakhstan ont principalement des relations autour du pétrole (Total à Kachagan) et de l’uranium (Kazatomprom chez Areva). Envisagez-vous d’autres secteurs qui seraient profitables aux deux pays ?

La rencontre à laquelle j’ai participé m’a permis de me convaincre de l’étendue de la coopération entre la France et le Kazakhstan, bien au-delà des secteurs que vous mentionnez. C’est le cas notamment des transports, de l’aéronautique et de l’espace, mais aussi des énergies renouvelables. Comme je vous le disais, nos entreprises ont une expérience et un savoir-faire profitables au Kazakhstan, qui souhaite être à la pointe dans le domaine de l’agro-alimentaire, des services urbains, du tourisme ou des nouvelles technologies d’information et de communication. Il nous appartient maintenant de créer de nouveaux partenariats emblématiques dans ces domaines.

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Cependant, les relations franco-kazakhstanaises ne se résument pas uniquement aux contacts entre entreprises. Il faut multiplier les échanges culturels et universitaires car les liens entre nos deux peuples gagneront encore à se renforcer. J’ai eu l’occasion de rencontrer des enseignants français à Astana et tous m’ont parlé du haut niveau des étudiants qu’ils côtoyaient.

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Notre ambassade et le réseau des Alliances françaises proposent chaque année une programmation culturelle de qualité, à accompagner les étudiants dans leurs projets d’études en France, y compris avec l’aide des autorités kazakhstanaises. À Almaty, l’Institut Sorbonne-Kazakhstan et le centre Géosciences proposent des formations françaises délocalisées au Kazakhstan, en français et en anglais, avec le concours d’universités partenaires.

Y a-t-il d’autres visites à haut niveau prévues entre le Kazakhstan et la France dans les mois à venir ? Quels en seront les enjeux pour la diplomatie française ?

Il y aura d’autres visites de haut niveau, bien sûr, même si je ne peux pas encore vous dire quand. J’ai pour ma part fait savoir aux autorités kazakhstanaises que ce premier déplacement à Astana ne serait sûrement pas le dernier…  Le Kazakhstan est de plus en plus actif sur la scène internationale et souhaite, comme la France, la résolution pacifique des conflits. Nos enjeux communs sont nombreux et nous pouvons nous coordonner plus étroitement, en particulier au Conseil de Sécurité des Nations unies.

La France accorde beaucoup d’importance à la lutte contre le terrorisme et son financement et organisera une conférence internationale sur ce sujet. De même, le président de la République s’est engagé à porter à l’ONU un projet de pacte mondial pour l’environnement, visant à combler l’absence de texte international rassemblant les principes fondamentaux du droit de l’environnement. Nous comptons sur la mobilisation de la communauté internationale sur ces deux initiatives, et en particulier les États qui partagent nos priorités comme le Kazakhstan.

Quelle place la diplomatie française occupe en Asie centrale, alors que cette zone est encore politiquement et économiquement liée à la Russie et que la Chine y est de plus en plus présente ?

L’Asie centrale a pour particularité d’être à la croisée des influences et il ne fait aucun doute que la Russie et la Chine y sont très présentes, mais que notre pays n’est pas absent de la région pour autant ! Nous sommes d’ailleurs le seul pays de l’Union européenne, avec l’Allemagne, à avoir une représentation diplomatique dans chacun des 5 pays d’Asie centrale. La France a même entamé le 29 mars dernier à Paris un dialogue à 5 + 1 avec les ministres des Affaires étrangères d’Asie centrale, à l’occasion de la commémoration des 25 années de nos relations bilatérales avec chacun d’entre eux. Pendant mes entretiens à Astana, mes interlocuteurs m’ont d’ailleurs fait part de leur désir d’approfondir notre partenariat dans ce format.

Notre action s’inscrit dans la stratégie de l’Union européenne en Asie centrale.  Il faut rappeler que l’aide de l’UE au développement  de l’Asie centrale s’élève à plus d’un milliard d’euros pour la période 2014-2010 ! L’Union européenne est de loin l’organisation qui apporte l’aide la plus considérable à la région. Elle s’articule autour de priorités que la France bien entendu soutient : le développement durable et la sécurité régionale. La France est également active, aux côtés de l’Allemagne et en lien avec nos partenaires centrasiatiques, dans le processus de renouvellement périodique de cette stratégie. Enfin l’Union européenne a signé des accords de partenariat et de coopération avec chacun des États d’Asie centrale, y compris avec le Turkménistan.

Suite à l’invitation par le président de la République du nouveau président ouzbek, Chavkat Mirzioïev à Paris, quelles sont les prochaines étapes de la diplomatie française envers l’Asie centrale ?

Je ne peux naturellement m’engager à la place du président de la République ni de celle du ministre des Affaires étrangères.

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Le fait que l’un de mes premiers déplacements à l’étranger ait eu lieu au Kazakhstan est en soi significatif. Le souhait du nouvel exécutif français est que les 5 prochaines années soient particulièrement profitables au développement des relations entre la France et cette belle région du monde, dont j’ai pu découvrir certains aspects lors de cette trop courte mission.

Propos recueillis par la rédaction

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Jean-Baptiste Lemoyne, Secretétaire d’Etat aux Affaires étrangères, s’est rendu au Kazakhstan.
Frédéric de La Mure/MEAE
Jean-Baptiste Lemoyne a été le seul parlementaire Les Républicains à rejoindre le camp Macron durant la campagne présidentielle.
Jean-Baptiste Lemoyne Secretétaire d'Etat aux Affaires étrangères France
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