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Le Kazakhstan renforce sa lutte contre le terrorisme

Le gouvernement du Kazakhstan s’inquiète de l’atmosphère agitée dans le pays, consécutive aux récents attentats terroristes dans le sud et l’ouest du Kazakhstan. Des habitants des villes de Taraz et d’Atyrau ont été les victimes de ces derniers actes terroristes. Le déroulement de plusieurs enquêtes a ensuite révélé que les trois attentats étaient tous intentionnels et prémédités par différentes cellules issues d’un même groupe religieux extrémiste et confirme que le Kazakhstan n’est désormais plus l’ilot de stabilité et de sécurité qu’il avait auparavant su devenir dans la région.

Attentats terroristes à Atyraou et à Taraz

Le 31 octobre 2011, deux explosions se sont produites à cinq minutes d’intervalle à Atyraou, dans l’ouest du Kazakhstan. La première explosion provenait d’un appareil placé dans une poubelle faisant face à l’administration régionale (Akimiat). Cinq minutes plus tard, une autre explosion a retenti dans la même rue. Fort heureusement, une seule victime – l’auteur de la première bombe qui lui a explosé dans les mains – a été déplorée. (1).

Les résultats de l’enquête peuvent donner lieu à toutes sortes de contestations possibles. Ils démontrent cependant qu’une rupture du consensus civique est désormais présente entre une partie de la population du pays et le pouvoir. Fait nouveau, ces résultats révèlent d’autre part une radicalisation religieuse d’une partie de la jeunesse kazakhe : L’auteur des faits, Baourjan  Soultangaliev, est mort au cours de la première explosion. Trois de ses complices, Meïrambek Ousabekov, Mirkhat Kalkamanov et Alimjan Saghenaï ont été arrêtés le 2 et le 4 novembre dernier. Ils ont totalement reconnu les faits et sont en attente de procès. En outre, l’enquête a démontré que les quatre auteurs des faits, nés sous la perestroïka, étaient tous adeptes de l’organisation terroriste « Les soldats du Califat » (Jound al-Khalifat) (2).

Douze jours après les attentats d’Atyraou, un autre acte terroriste a eu lieu à Taraz, au sud du pays. Le 12 novembre 2011, une fusillade et une explosion ont causé la mort de sept personnes, parmi lesquels se trouvaient cinq policiers. Trois collaborateurs de l’organisme des affaires intérieures ont d’autre part été blessés (3).

D’après les premières déclarations du Procureur Général Adjoint du Kazakhstan, Nourmakhambet Isaev, la fusillade et les explosions auraient été organisées par Kariev (son prénom n’est pas divulgué par les sources), enclin des idées de djihad. Kariev aurait d’abord attaqué, puis volé une voiture de plusieurs personnes. Ensuite, il aurait pillé un magasin de chasse après avoir assassiné le gardien et blessé un visiteur occasionnel. Puis, Kariev aurait fini par voler une autre voiture et tuer deux officiers de justice qui le poursuivaient. En possession de leurs armes, il serait alors retourné chez lui  pour s’emparer d’un lance-grandes, avant de faire feu sur le bâtiment régional du Comité de Sécurité Nationale. Puis, s’apercevant qu’il n’avait plus aucune chance de s’en sortir, il aurait alors fini par retourner son arme contre lui (4).

Des réponses politiques timides face à la radicalisation religieuse au Kazakhstan

Force est de reconnaître que les derniers attentats terroristes commis au Kazakhstan sont liés à la propagation d’un islam extrémiste. Depuis le tournant des années 2000, l’activité  de missionnaires prosélytes musulmans venus du monde arabe, du Pakistan, d’Afghanistan ou encore de Tchétchénie, grassement financés par des capitaux saoudiens, ont permis à divers courants extrémistes issus du wahhabisme ou du salafisme à prendre racine sur le sol kazakh, jusque-là peu sensible à l’islam. Profitant d’un terreau social favorable, en raison de l’écroulement du système économique et des repères de l’ancien régime soviétique et des subsides saoudiens, les nouvelles tendances hétérodoxes de l’islam ont gagné à leur cause chaque année de plus en plus de fidèles, notamment parmi une jeunesse coupée de ses repères identitaires.

Par ailleurs, la loi sur la religion, qui avait été votée par le Parlement du Kazakhstan, puis ratifiée par le Président de la République, Noursoultan Nazarbaev le 13 novembre 2011, avait provoqué l’indignation de  plusieurs groupes islamistes comme « Les soldats du Califat ». Cette loi instaurait un cadre précis et des limites à la propagation de l’influence de la religion dans les administrations publiques, l’enseignement, les structures de santé publique et l’armée. La loi affirmait du reste que le Kazakhstan était un Etat laïc, tolérant envers toutes les confessions religieuses, l’agnosticisme et l’athéisme. La création et l’enregistrement des associations religieuses devaient en outre être prescrits, afin de se trouver en règle vis-à-vis de l’Etat (5).

La réponse du groupe terroriste « Les Soldats du Califat », accusé d’avoir perpétré les attentats d’Atyrau et de Taraz, ne s’est pas fait attendre, percevant en cette loi et en la politique du gouvernement une « influence négative à la propagation de l’islam ». Le principal objectif de l’organisation terroriste est de créer un hypothétique califat islamique mondial à partir du Caucase du Nord et de l’Asie centrale en lieu et place du Kazakhstan et des autres Etats nationaux et donc de combattre toute autorité étatique (6).

Réagissant aux événements d’Atyrau et de Taraz, le Président Noursoultan Nazarbaev à déclaré lors de la réunion d’Akorda le 14 novembre 2011 que le Kazakhstan allait renforcer sa lutte contre le terrorisme et l’extrémisme religieux : « Nous savons tous qu’aujourd’hui des actes terroristes ont lieu dans de nombreux pays, partout dans le monde, que ce soit en Europe ou ailleurs. Nous ne sommes pas une exception. Tout d’abord, je veux dire que l’Etat possède tous les atouts de son côté, la puissance, le professionnalisme et la capacité à réprimer toute manifestation du terrorisme contre le Kazakhstan. Deuxièmement, j’appelle l’ensemble des citoyens du Kazakhstan à être vigilants. Lors de toute manifestation terroriste, les agissements de ces personnes doivent être immédiatement signalés aux autorités compétentes en application de la loi » (7).

Neuf policiers ont ensuite été récompensés des décorations d’Etat, donc cinq d’entre eux à titre posthume pour avoir su faire preuve de courage et d’abnégation pendant les combats et pour leur poursuite des terroristes, suscitant un certain respect au sein d’une grande partie de la population.

Face à la dégradation de la situation, le gouvernement tente par tous les moyens d’éviter la répétition de tels attentats terroristes. Mais, prudence et vigilance doivent rester de mise chez les Kazakhstanais, afin de ne pas se laisser influencer par une minorité prônant un discours violent et un islam en lequel personne ne peut croire.

Sanora ABIDKHOZHAYEVA

Journaliste pour Francekoul.com
Etudiante du département des études Européennes à l’Univérsité Américaine en Asie centrale, Bichkek, Kirghizstan

1.    « В Атырау прогремели два взрыва с интервалом в 5 минут / A Atyraou, 2 explosions ont été entendues à un intervalle de 5 minutes », Khabar.kz, 31 octobre 2011,
2.    « Причастные к терактам в Атырау члены ОПГ задержаны / Impliqués dans les attentats terroristes d’Atyraou, des membres du GCO (groupe criminel organisé) sont détenus », Khabar.kz, 9 novembre 2011,
3.    « Теракт в Казахстане унёс жизни 7 человек / Un attentat terroriste au Kazakhstan a coûté la vie à 7 personnes », Polit.ru, 12 novembre 2011,
4.    Ibid.
5.    « Назарбаев подписал закон о религии и поправки к нему / Nazarbaev a signé la loi sur les religions et ses amendements », Zakon.kz, 13 octobre 2011,
6.    « «Солдаты Халифата» опять угрожают Казахстану / Les soldats du Califat menancent encore le Kazakhstan », Rosbalt.ru, 10 novembre 2011,
7.    « Казахстан усилит антитеррористическую борьбу / Le Kazakhstan renforcera la lutte antiterroriste », Khabar.kz, 14 novembre 2011,

 

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