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Le mystérieux virus de Schmallenberg aux portes du Kazhakstan

Le mystérieux virus de Schmallenberg affectant les ruminants et dont les conséquences sur la santé humaine n'ont pas encore été élucidées se dissémine hors de l’Union Européenne, foyer de l'épidémie. Le 20 février 2013, le ministre de l’Agriculture du Kazakhstan, Asylzhan Mamytbekov, a déclaré être décidé à porter plainte contre les services vétérinaires autrichiens, si ceux-ci persistent à refuser d'indemniser les deux éleveurs kazakhs Léonov et Poltavskoyé. En septembre 2012 ces derniers ont acheté 722 vaches autrichiennes. Suivant la procédure habituelle, une fois arrivés dans le pays, les animaux ont été placés en quarantaine et examinés par des véterinaires locaux. C'est suite à ces examens que l'infection des bovins a été mise en évidence.

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Troupeau importé au Kazakhstan. Crédit tengrinews.kz

Le virus de Schmallenberg, affilié à la famille des orthobunyavirus, a fait sa première appartition en novembre 2011 à Schmallenberg, village proche de Cologne. En janvier 2012, le virus est réapparu en Angleterre. Il est transmis par gestation et par certains insectes vecteurs de la maladie. Bien que la contamination d’un animal à l’autre n'ait pas lieu, les insectes la propagent rapidement: quelques semaines suffisent pour qu'une bète malade contamine 20 à 70 % du restant du troupeau.

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La Culicoides Genus, présente partout en Europe et vecteur du virus. Crédit bbc.co.uk

Le Kazakhstan n’est le premier pays hors de l’Union Européenne à s’inquiéter du virus. En décembre 2012 le Service fédéral russe phytosanitaire fermé les frontières de la Fédération de Russie aux importations de bétail européen. Selon un rapport français, à la fin du mois d’août 2012 le virus de Schmallenberg était présent dans 3197 élevages répartis dans 74 départements. Des agneaux nés avec des malformations typiques du virus ont été observés en Estonie en janvier 2013 : le virus ne cesse de progresser en Europe.

Même si selon les scientifiques européens ce virus n’est pas dangereux pour la santé humaine, les habitants du Nord du Kazakhstan, proche des élevages infectés, s’inquiètent de la qualité des produits fermiers. Cependant, les représentants d’une grande entreprise kazakhe de produits laitiers affirment que l'inquiétude reste pour le moment limitée à la région où des cas ont été reportés.

Quelles conséquences diplomatiques?

Les 722 vaches autrichiennes importées et leurs 200 veaux ont été abattus par le service sanitaire le 18 février 2013. Les cadavres des animaux ont été brûlés dans des endroits spéciaux. Selon le Président du Comité du contrôle et de la surveillance vétérinaires Nygmat Jakoupbayev,

         « le compromis n’était pas possible, personne ne sait comment traiter cette maladie, et maleureusement ce virus pourra se manifester ultérieurement car il esr transmissible par des insectes, l’air, le fourrage et les équipements techniques ». *

Selon le Ministère kazakh de l’agriculture, ce n’est qu’au début du mois de février 2013 que le rapport des services vétérinaires autrichiens attestant que la maladie des vaches était présente. Alors que les animaux avaient été importés en septembre, l’Autriche a nié en bloc toute faute de ses services vétérinaires. L'institution chargée d'indemniser les éleveurs ayant perdu leurs troupeaux d'une valeur d'environ 60 millions de dollars reste indeterminée. Le Ministère de l’agriculture kazakh affirme que selon la loi en vigueur, c'est la compagnie exportatrice qui porte la responsabilité de la santé des animaux jusqu’à la fin de la période de quarantaine. Les fournisseurs en question sont présumés d’origine hongroise: l’ambassade de Hongrie au Kazakhstan affirme qu’aucune compagnie du pays n’a participé à cette transaction.

Toutes les tentatives de l’UE pour faire lever l’interdiction des importations de bêtes en Russie ont été vaines. Cette interdiction a provoqué la réaction de la Commission européenne et une polémique dans la presse européenne. Le Monde reporte que la Commission a qualifié « d’injustifiées » les mesures sanitaires entreprises par la Russie. Au Kazakhstan à l’inverse, malgré le risque d’infection des animaux, les éleveurs ne renoncent pas à l’idée d’importer du bétail européen.

Conclusion

La question que sembler éviter les ambassades est qu'entreprendre contre ce virus qui apparait et disparait sans aucun contrôle. Il est presque impossible de contrôler les virus transmis par des insectes. Heuresement pour le Kazakhstan, le virus n’a pas encore pu se diffuser hors des élevages  Léonov et Poltavskoyé  à cause du froid. Mais certains scientifiques supposent que le virus parviendra à passer l’hiver, conservé par les insectes, et ressurgira au printemps.

Farmers Guardian décrivait l’expérience d'éleveurs australiens confrontés à une maladie similaire. Les éleveurs, en lutte permanente avec la nature, étaient contraints de féconder leurs génisses à des périodes inhabituelles, avant que les insectes ne refassent surface après l’hiver. Avec le virus de Schmallenberg on ne sait pas à quoi s’attendre puisque les scientifiques n’ont pas encore fini d’élucider sa dangerosité. La santé publique est la priorité des gouvernements, comme la rentabilité des animaux est celle des éleveurs. Après ces questions économiques, juridiques et diplomatiques, personne ne semble se rappeler du problème de la bonne santé des animaux. Si le virus est une perte d’argent pour les uns et un risque sanitaire pour les autres, il est aussi souffrance pour les animaux infectés. Ne faudrait-il pas aussi se souvenir aussi des millers de vaches et de veaux abattus puis brulés le 18 février au Kazakhstan ?

Ecrit par Danara Ismetova
rédactrice pour Francekoul.com à Almaty

Relu par Gaspard Durieux

*Les vecteurs de la maladie indiqués par le Président du Comité du contrôle et de l’inspection vétérinaires n’ont pas encore été identifiés dans d’autres rapports diffusés.

 

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