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Le président sud-coréen tente de charmer l’Asie centrale

Le président sud-coréen Moon Jae-in vient d’accomplir un voyage de huit jours en Asie centrale, du 16 au 23 avril. Pour sa première visite officielle de la région, il s’est efforcé de consolider les liens économiques et diplomatiques avec le Turkménistan, l’Ouzbékistan et le Kazakhstan.

C’est un voyage inédit que vient d’entreprendre le président sud-coréen Moon Jae-In. Du 16 au 23 avril dernier, il a visité le Turkménistan, l’Ouzbékistan et le Kazakhstan. Le voyage du chef de l’Etat sud-coréen a commencé par une rencontre avec son homologue turkmène Gourbangouly Berdimouhamedov dans la capitale Achgabat, où il a séjourné du 16 au 18 avril, avec un bref passage à Turkmenbachy sur la côte Caspienne.

Il s’est poursuivi en Ouzbékistan, du 18 au 21 avril, aux côtés du Président Chavkat Mirzioïev, à Tachkent puis à Samarcande. Dimanche dernier, Moon Jae-in a été accueilli à Almaty par le nouveau président par intérim du Kazakhstan, Kassym-Jomart Tokaïev. Il s’est enfin dirigé vers Nour-Soultan, capitale qui portait le nom d’Astana avant la démission du président Noursoultan Nazarbaïev le 19 mars dernier.

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Les objectif de tous ces déplacements sont avant tout économiques, mais s’inscrivent également dans une volonté de resserrement des liens politiques et culturels.

Accélération de la coopération économique

À chaque étape du voyage, Moon Jae-in a mis en exergue l’importance de la coopération économique coréenne par une visite ciblée. Au Turkménistan, il a visité l’usine de polymères de Kiyanly (Turkmenbachy), construite par un consortium mené par Hyundai Engineering Co., pour le compte de Turkmengaz. Il s’agit de la compagnie pétrolière nationale du Turkménistan, et de la plus importante compagnie gazière d’Asie centrale. Ce projet, qui représente plus de 3 milliards d’euros d’investissements, principalement coréens, est un symbole pour l’implication de la Corée du Sud dans l’industrie énergétique de la région.

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En Ouzbékistan, Moon Jae-in a voulu insister sur sa volonté de favoriser la diversification industrielle, notamment par le développement de la médecine et des technologies de l’information et de la communication. Il a ainsi choisi d’assister à une démonstration de consultation médicale à distance à l’Université d’Inha (IUT) de Tachkent. Les autorités coréennes avaient déjà manifesté leur intérêt pour le domaine de la santé en signant, en janvier dernier, un accord permettant la construction d’un centre médical à Namangan, dans l’ouest de l’Ouzbékistan. La coopération sur le plan énergétique est déjà importante entre les deux pays, et a été entérinée par une visite du président Chavkat Mirzioïev à Séoul en novembre 2017. Il est donc essentiel pour la diplomatie coréenne de manifester la volonté d’étendre cette coopération dans les domaines qui impactent directement la qualité de vie des Ouzbeks, dans une logique de rapprochement durable.

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Au Kazakhstan, le président sud-coréen a choisi de commencer par une visite à Almaty, où il a rencontré trois cent résidents coréens. Le discours économique s’est orienté, en conséquence, vers les échanges de populations, le tourisme et le commerce. La Maison Bleue a fait savoir dans un communiqué que « le commerce entre les deux pays s’est établi à 2,2 milliards de dollars (1,97 milliards d’euros) l’année dernière, soit une multiplication de 220 par rapport à 1992, et le nombre de visiteurs entre les pays a atteint le niveau record de 90 000 ». L’année 2022, marquant le 30ème anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques, a d’ailleurs été désignée comme année des échanges culturels.

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Plus prosaïquement, le Kazakhstan pourrait également aider à une éventuelle dénucléarisation de la Corée du Nord, a estimé un officiel sud-coréen.

Focus sur la diaspora coréenne en Asie centrale

Cette thématique des échanges de populations a surtout permis à Moon Jae-in, en marge des accords économiques, d’évoquer le destin des communautés coréennes soviétiques déportées vers l’Asie centrale en 1937 par Joseph Staline. Ces communautés, les Koryo-saram, sont notamment importantes en Russie, au Kazakhstan et en Ouzbékistan, où elles représentent des populations de 100 000 à 200 000 personnes (près de 500 000 au total).

Au cours de sa visite à Almaty, Moon Jae-in a promis un soutien accru aux Koryo-sarams et a participé à une cérémonie marquant le retour en Corée du Sud des restes de deux anciens combattants contre la domination japonaise. La reconnaissance coréenne pour les Kazakhs, qui ont accueilli les exilés de l’Extrême-Orient soviétique, est devenue un axe majeur du discours diplomatique sud-coréen.

De plus, la présence coréenne en Asie centrale est à mettre en miroir avec l’arrivée croissante de travailleurs issus des nations centrasiatiques en Corée du Sud. L’exil économique des ressortissants de ces pays s’opère traditionnellement vers la Russie, mais le niveau bien plus élevé des salaires en Corée du Sud y fait croître leur nombre depuis quelques années. À terme, ces mouvements ne peuvent que renforcer les relations bilatérales.

Une nouvelle route de la soie coréenne ?

L’insistance sur les liens historiques s’est également portée sur des racines bien plus profondes que les déportations staliniennes. Au cours de leur excursion à Samarcande, Moon Jae-in et son homologue ouzbek Chavkat Mirzioïev se sont rendus sur le site archéologique d’Afrasiab, afin de poser face aux fresques du VIIème siècle représentant les dignitaires d’une dynastie coréenne antique. La référence constante aux anciennes routes de la soie a jalonné le voyage du président sud-coréen, et la rhétorique des « 1500 ans d’histoire commune » a été fréquemment utilisée des deux côtés de la table des négociations.

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Le 19 avril, au parlement ouzbek, Moon Jae-in a ainsi appelé à la création d’une nouvelle route de la soie par la construction d’un réseau de chemins de fer qui relierait l’Asie centrale et la Corée du Sud, débouchant sur l’Océan Pacifique. Il a également signé des protocoles d’entente avec l’Ouzbékistan et le Kazakhstan, permettant le lancement d’études de faisabilité conjointes sur un accord de libre-échange.

Un petit acteur en Asie centrale

Les relations entre la Corée du Sud et les pays d’Asie centrale sont en continuelle progression depuis 1992, mais leur impact économique et politique a toujours été modéré. Les échanges commerciaux avec les trois pays visités par Moon Jae-in ne représentent par exemple qu’une partie infime du volume total du commerce sud-coréen en 2018 : 4,4 milliards de dollars (3,94 milliards d’euros) sur un total de plus de 1.000 milliards de dollars (897 milliards d’euros).

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En Asie centrale également, la place de la Corée du Sud est minime comparée aux investissements chinois ou russes. Au Turkménistan, la Chine représentait ainsi 44% des échanges commerciaux et 21% en Ouzbékistan en 2018. La Russie est quant à elle premier partenaire du Kazakhstan avec 20% des échanges l’année dernière. Sur ces statistiques, représentées par Stratfor, la Corée du Sud n’apparaît que dans les « autres pays ».

25 milliards d’euros de contrats en vue

Néanmoins, selon le bureau du Président, son voyage pourrait déboucher sur 25 milliards d’euros en projets de coopération, dont 10 milliards d’euros en Ouzbékistan. Ce dernier est l’objet de toutes les attentions sud-coréennes, avec notamment la 4ème place dans les investissements privés en 2018. L’importance de ces résultats et le réchauffement des discours diplomatiques indiquent une ambition renouvelée de la Corée du Sud en Asie centrale.

Plus largement, cette série de rencontres bilatérales et de visites diplomatiques s’inscrit dans le cadre de la « nouvelle politique Nord et Sud » adoptée par Moon Jae-in depuis son investiture en mai 2017. Cette double politique vise à rééquilibrer le positionnement géoéconomique et géopolitique de la Corée du Sud, en réduisant sa dépendance aux États-Unis et à la Chine. Au Sud, Moon Jae-in cible l’Asie du Sud-Est et l’Inde. Au Nord, il vise principalement la Russie et l’Asie centrale. La « nouvelle politique Sud » a fait l’objet d’une visite à trois pays membres de l’ASEAN en mars dernier. Le voyage au Turkménistan, en Ouzbékistan et au Kazakhstan un mois plus tard y fait donc directement écho.

Magomed Beltouev
Rédacteur pour Novastan

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Le président sud-coréen Moon Jae-In (à gauche) a effectué une tournée centrasiatique au Turkménistan, en Ouzbékistan et au Kazakhstan. Ici, il pose avec le président ouzbek Chavkat Mirzioïev.
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Moon Jae-In a terminé sa tournée par le Kazakhstan, où il a rencontré le président par intérim Kassym-Jomart Tokaïev (à droite).
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Le président sud-coréen (à gauche) accompagné de son homologue ouzbek devant une fresque datant des routes de la Soie.
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