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Le régime autoritaire de Nazarbayev

Il y a vingt ans, l’Union soviétique s’effondrait et les pays de l’ex-URSS envisageaient leur futur comme celui d’une voie vers la démocratie. Cependant, rien de tout cela pour les pays d’Asie Centrale : le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Tadjikistan et le Turkménistan restent encore des régimes autoritaires sous bien des aspects. Seul le Kirghizstan a pris la voie d’un régime plus libre.

Depuis 1991 et son indépendance, le Kazakhstan quant à lui est dirigé d’une main de fer par Noursoultan Nazarbaïev. Il y a vingt ans déjà, Nazarbaïev accaparait le pouvoir et gouvernait sans « repos », selon ses mots.

Les monuments à l’honneur de Nazarbaïev

Le 11 novembre 2011, dans le parc installé à Almaty en l’honneur du président kazakh, s’est tenu une inauguration en grande pompe du monument intitulé « Le Kazakhstan ». Au centre du monument, la sculpture de Nazarbaïev. Cette sculpture, faite en bronze, en marbre et en granit symbolise Nazarbaïev avec deux ailes dans le dos, représentant l’actuelle et l’ancienne capitale du Kazakhstan  – Astana et Almaty.

NANLe monument de Nazarbaïev au parc du premier président, Alma-Ata Sourcewww.newskaz.ru

Selon Akhmetjan Esimov, le maire d’Almaty, cette composition est le symbole d’une connexion entre le passé, le présent et l’avenir du pays ainsi que d’une consolidation de la société toujours plus grande autour de la politique du chef de l’État.(1)

« L’initiative » de la création de cette composition appartient aux présidents de multiples syndicats (urbanistes, architectes, dessinateurs, peintres) qui ont participé financièrement à la construction. Le président avait pourtant lui-même déclaré être opposé à des constructions d’effigies en son honneur.

Excepté le monument à Almaty, des sculptures de Nazarbaïev existent à Astana, en Turquie et au Kirghizstan, tandis qu’une construction est stoppée  en  Moldavie (2). En Turquie, le monument a été inauguré en juin 2010 dans la capitale, Ankara. L’érection de la statue a été décidée par le président Turque Abdullah Gül, qui voulait ainsi « exprimer la profonde reconnaissance au nom de tout ce que le président du Kazakhstan a fait pour le monde turc »(5)

NAN2Le monument de Nazarbaïev à Ankara,
Turquie Sourcewww.centrasia.ru

Le titre du leader de la nation

Le 5 mai 2010,  certains députés kazakhs ont pu attirer l’attention de l’opinion internationale après avoir déclaré leur intention d’attribuer à Nazarbaïev le titre de leader de la nation.  Comme l’a précisé Amzibek Zholshibekov, un des députés signataires,  ce titre permettrait de garantir «l’intangibilité et la spécificité de la voie de développement kazakh ». Ce parlementaire ainsi que les autres co-signataires appartiennent au parti Nour Otan, le parti présidentiel.

Avec la majorité au Parlement, le Sénat a approuvé cette loi le 13 mai 2010. Selon l’article 54 alinéa 2.2 de la Constitution de Kazakhstan le président doit signer le projet proposé par le Parlement, ou s’il s’y refuse, doit faire parvenir ses objections à l’assemblée. Si le président ne signe pas le projet de loi ou ne fait pas de déclaration contre le projet dans le courant de un mois, le projet devient loi. Nazarbaïev lui-même n’ayant pas signé le projet de loi mais n’ayant pas non plus opposé son véto, le projet a pu être adopté.

Avec ce titre de leader de la nation, toutes les initiatives sur les principales directions de la politique extérieure et intérieure restent fortement influencées par Nazarbaïev même après son mandat. De plus, il ne peut jamais être poursuivi par la Justice (3), aussi bien pendant qu’après ses fonctions. Au fond ce projet de loi signifie que Nazarbaïev gouvernera en tant que chef d’Etat tant qu’il sera en état de gouverner. De fait, qui d’autre pourra être président du vivant du leader de la nation ?

Ainsi, Nazarbaïev est devenu « contre son gré » le leader de la nation, affirmant avoir été poussé par les «circonstances». Ce nouveau décalage entre parole officielle et actes présidentiels peut constituer un début de définition du Kazakbashi, « la tête du Kazakhstan ».

Le président pour toujours

Une autre manifestation du  pouvoir présidentiel est l’article 42.5 de la Constitution, révisé depuis le 21 mai 2007. A cette date, le Parlement a adopté des amendements relatifs à la Constitution du Kazakhstan de 1995, qui permettent au président de cumuler plus de deux mandats consécutifs, car il est le premier Président :

L’article 42  point 5 – « La même personne ne peut pas être élu Président de la République plus de deux fois de suite. Cette restriction ne s’applique pas au premier président de la République du Kazakhstan. « (4)

Aujourd’hui, les Kazakhs ne voient que peu d’alternatives politiques à Nazarbaïev, d’autant plus avec cet amendement permettant des réélections illimitées Cette démarche, très réfléchie, permet de consolider le pouvoir entre les mains du clan présidentiel.

Dans chacun de ces exemples, Nazarbaïev n’est jamais officiellement l’initiateur de ces manifestations du pouvoir autoritaire. Dans le même temps,  il se garde bien de protester contre ces sursauts d’idolâtrie pour sa personne.

La question du moment est celle de l’héritage présidentiel. Elle commence à prendre de la force dans la population, d’autant plus que Nazarbaïev a plus de 70 ans. Si cette inconnue intéresse la majorité des kazakhs, l’autoritarisme de Nazarbaïev n’accorde pas la possibilité de penser à un autre président. Il est d’ailleurs possible que Nazarbaïev ait déjà son successeur en tête, ce qui pourrait faire craindre une répétition de la présidence illimitée.

Le président du Kazakhstan Noursoultan Nazarbaïev
Sourcewww.obozrevatel.com

Pas à pas, le Kazakhstan bâtit un culte de la personnalité, comme a pu le faire le Turkménistan voisin. Cette situation nous ramène à une sorte de Ferme des animaux moderne. Le roman de George Orwell paru après la guerre  décrivait par la caricature l’apogée de Staline sous l’URSS, les peuples étant représentés par des animaux. Sous l’angle du récit orwellien la politique de Nazarbaïev et de Staline apparaissent au même niveau.

Le roman de George Orwell finissait assez tristement – les animaux, croyant être libres, se retrouveront en réalité sous un nouveau genre de dictateur. Au Kazakhstan, on peut espérer que la situation changera, s’il suit l’exemple du voisin Kirghize qui a entamé récemment sa route vers la démocratie.

Sanora ABIDKHOZHAYEVA

Journaliste de francekoul.com
Etudiante du département des études Européennes à l’Univérsité Américaine en Asie Centrale, Bichkek, Kirghizstan

Relu par Etienne COMBIER

Références :

1) A Alma-Ata on établit le monument à Nazarbayev, yellowpage.in.ua
2) Алма-Ата: памятник Назарбаеву с крыльями за спиной Последнее обновление: пятница, 11 ноября 2011 г., 14:30 GMT 18:30 MCK
3) « Казахбаши »: пожизненный и неприкосновенный лидер нации, 06.05.2010, www.pravda.ru
4) La Constitution de la République du Kazakhstan
5) За вклад в развитие тюркского мира. В Анкаре открыт памятник Н.Назарбаеву (фото),01:20 26.06.2010, www.centrasia.ru

 

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