Le tengué en zone de turbulence

Depuis l’adoption de la nouvelle politique monétaire, le tengué est loin de retrouver sa stabilité ou au moins une variation tolérée tant promise par la Banque Nationale du Kazakhstan.  

Un nouveau sursaut s’est produit le 16 septembre dernier, avec un taux de change du dollar américain s’envolant à un record de 299,6 tengué. Afin de stabiliser la situation sur le marché interne, la Banque Nationale kazakhe a décidé d’intervenir sur le marché des changes en injectant 144 millions de dollars. Cette intervention a duré quatre jours et a coûté presque 695 millions de dollars américains aux contribuables kazakhs. Résultat le tengué s’est renforcé et le 22 septembre un dollar américain s’échangeait pour 260 tengué.

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Néanmoins, l’angoisse s’est installée dans le pays, à la fois chez les particuliers et chez les entrepreneurs. Malgré les promesses que la dévaluation de tengué n’allait qu’améliorer la situation économique, pour l’instant on constate le contraire. Certes, cette mesure est bénéfique pour les exportateurs des matières premières, mais il ne faut pas oublier qu’à l’exception des produits d’alimentation et des matériaux de la construction, le pays importe quasiment tout (vêtements, chaussures, meubles, électroménager, etc.). Cela signifie une baisse du pouvoir d’achat qui ramène à la baisse de demande sur le marché interne.

Un besoin de mesures structurelles

Olzhas Khudaibergenov, directeur du Centre des recherches macroéconomiques, avait exprimé sa vision en août dernier : il avait prédit que le tengué allait encore s’affaiblir et qu’il était nécessaire de faire des réformes structurelles. Selon lui, les chiffres d’affaires des Petites et Moyennes Entreprises (PME) vont régresser suite à la baisse de demande qui va influencer directement les banques, déjà inquiètes par rapport à la solvabilité de ces créditeurs (plus d’un tiers des crédits est en dollars américains).

L’ensemble des acteurs a besoin d’une dévaluation fluide, accompagnée par les mesures structurelles. Cela comprend des reformes de fiscalité, la restructuration des dettes des entreprises et la lutte contre la corruption qui permettrait nettement d’augmenter les recettes de l’Etat.

Une instabilité qui force la population à vivre au jour le jour

L’économiste Timur Isaev a exprimé son mécontentement par rapport à la politique monétaire actuelle qui semble être un hybride de taux de change fixe et variable. Selon lui, il faut prendre une décision et choisir un modèle : soit l’intervention continue, soit ne jamais intervenir (sauf exception, mais on ne peut pas avoir des exceptions 4 fois par semaine). Il est inutile d’attendre qu’une politique monétaire défaillante puisse se corriger toute seule et devenir efficace plus tard.

Aujourd’hui, l’instabilité du marché et les mesures prises montrent le manque de la vision à long terme. Dans le contexte actuel, l’objectif est de survivre aujourd’hui et voir comment faire demain. Il est encore plus déstabilisant quand on demande à la population de s’adapter à la réalité. Mais quelle réalité ? Le taux de change flottant entre 250 et 300 tengué pour un dollar crée une turbulence destructive. La population n’a de choix que de vivre au jour le jour.

Aïperi Subankolova
Journaliste pour Novastan.org au Kazakhstan

Relu par Etienne Combier

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