Kazakhstan Manifestation Premier mai 1er Politique Présidentielle

Les citoyens kazakhs manifestent contre une mainmise du pouvoir sur l’élection présidentielle

Le peuple gronde au Kazakhstan. Après des manifestations pour des élections libres le premier mai à Nur-Sultan et Almaty, un citoyen portant une simple pancarte blanche a été arrêté par les autorités.

Novastan reprend et traduit ici un article initialement publié par notre version allemande. Pour y accéder, cliquez sur ce lien ou sur le drapeau allemand en haut de cette page.

Les dirigeants kazakhs avaient pourtant amorcé une transition tranquille lorsque l’ancien président Noursoultan Nazarbaïev a démissionné le 19 mars dernier après 30 ans de règne. Lorsque le président par intérim Kassym-Jomart Tokaïev a convoqué des élections anticipées au 9 juin pour légitimer le transfert du pouvoir, il a promis de garantir que « les élections se dérouleront de manière honnête, ouverte et équitable ».

Pour autant, les autorités kazakhes semblent sur le qui-vive. Le 6 mai dernier, un citoyen kazakh portant une pancarte blanche a pourtant été arrêté à Oral, dans le nord-ouest du pays. Comme le rapporte le média kazakh local Ouraskaïa Nedela, Aslan Sagoutdinov disait ne pas faire acte de manifester. Au bout de 5 minutes, les policiers sont intervenus et l’ont arrêté. Comme le rapporte la BBC, les policiers ont expliqué qu’ils diraient à Aslan Sagoutdinov « plus tard » pourquoi il a été arrêté.

Un 1er mai agité

Cette arrestation fait suite à un mouvement plus général de mécontentement des Kazakhs. Le 1er mai dernier, jour célébré au Kazakhstan comme la « Journée de l’unité du peuple », les Kazakhs ont ainsi affiché leur méfiance des discours du nouveau président par intérim.

Lors des manifestations organisées d’après le ministère de l’Intérieur dans les villes de Nur-Sultan (ex-Astana), Almaty, Semeï, Karagandy et Aktioubé, les participants ont appelé au boycott de l’élection. Ils ont également appelé à la libération des prisonniers politiques et se sont plaints du fait que la politique se fasse sans prendre en compte l’avis du peuple.

Les exigences après le boycott des élections

Selon la radio Azattyk, l’édition kazakhe de Radio Free Europe, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées dans la capitale Nur-Sultan sur la place de la salle de concert Astana. Jergali Jegimberdy, le maire du district concerné, a précisé sur place par haut-parleur que le rassemblement n’avait pas été approuvé. Les manifestants ont alors invoqué leur droit de se rassembler pacifiquement. Peu de temps après, une marche de protestation a été lancée et la police a commencé à arrêter les participants en faisant usage de matraques. Le chef de la police de Nur-Sultan, Jerchan Sadenov, a ordonné la libération des détenus à condition que l’assemblée soit dissoute. Cette demande a été suivie.

Lire aussi sur Novastan : Kassym-Jomart Tokaïev en bonne voie pour remporter l’élection présidentielle kazakhe

A Almaty, environ 300 personnes se sont rassemblées dans le parc central de Gorki. Ils ont scandé « Boycott ! » et « J’ai le choix ! ». Quand une marche de protestation a commencé à se former, la police a bloqué les entrées du parc.

« Nous respectons Nazarbaïev, mais il doit aussi faire preuve de respect envers le peuple », déclare un manifestant opposé au changement de nom de la capitale, sur radio Azattyk. Le lendemain de la démission de Noursoultan Nazarbaïev, le président par intérim Kassym-Jomart Tokaïev a en effet proposé de modifier le nom de la capitale d’Astana en Nur-Sultan. Cette proposition a été mise en œuvre en quelques jours.

Une dure répression policière

Après quelques heures, les manifestants ont réussi à quitter le parc Gorki et à se diriger vers le centre-ville. A l’entrée du parc Panfilov, la police est intervenue violemment. Plusieurs arrestations brutales ont eu lieu.

Un communiqué de presse du ministère de l’Intérieur précise qu’il y a eu 80 arrestations dans l’ensemble du pays. Le ministère souligne que les rassemblements n’ont pas été approuvés. « Les participants ont eu l’occasion d’exprimer ouvertement et librement leurs opinions sur des questions sociales et autres. Néanmoins, (…) certains participants ont montré de l’agressivité et ont permis que soient scandés des slogans de l’organisation extrémiste interdite DBK (élections démocratiques du Kazakhstan) », affirme le ministère de l’Intérieur dans le même communiqué.

Le service RFE/RL anglophone, cependant, estime qu’il y a eu davantage d’arrestations et affirme qu’il y a eu plus de 100 arrestations pour la seule ville d’Almaty. Le 2 mai, les premiers verdicts ont été rendus. Plusieurs militants ont été condamnés à cinq jours d’emprisonnement, d’autres à des amendes.

15 jours de prison pour une banderole

Les actions du 1er mai ne sont pas les premières manifestations de ce type dans le pays. Lors d’une action de protestation le 21 avril, une simple banderole au bord du marathon d’Almaty est devenue source d’un débat politique. Il y était écrit : « Vous ne pouvez pas fuir la vérité – nous avons le choix ». Cet appel public à des élections équitables a valu à deux de ses auteurs d’être placés en détention pendant 15 jours. Trois autres militants ont également été condamnés à une amende, pour le paiement de laquelle des dons ont été demandés. En moins d’une heure, les dons étaient suffisants pour couvrir les coûts de l’amende.

Le 29 avril, un autre militant a été arrêté après avoir attaché une banderole à un pont, portant l’inscription suivante : « La seule source de violence étatique est le peuple ». Ce texte est purement et simplement une citation de la Constitution de la République du Kazakhstan. Néanmoins, ce militant a reçu une peine de cinq jours de prison pour hooliganisme.

Des causes profondes

Le politologue Daniyar Achimbaïev estime que les raisons de l’insatisfaction dans le pays sont plus profondes. Dans un commentaire publié par le site d’information Informburo.kz, il cite comme motifs d’insatisfaction non seulement la corruption, mais aussi les erreurs de politique sociale.

« Il y a d’abord et avant tout les problèmes sociaux : les prix, les tarifs, la sécurité sociale et bien d’autres choses encore. Ici, la politique a fait son travail de manière inadéquate : pendant près de deux ans, personne ne s’est soucié de la politique sociale. Ce n’est que récemment que l’on s’est de plus en plus tourné vers ce domaine, et le voyage que la vice-première ministre Goulchara Abdikalikova a entrepris avec certains ministres dans les régions a déjà eu un effet certain. Les politiques ont développé une compréhension des problèmes et des erreurs commises, et des mesures concrètes ont été prises pour résoudre certains problèmes », indique Daniyar Achimbaïev.

Reste maintenant à Kassym-Jomart Tokaïev et à son équipe de trouver le bon équilibre alors que la campagne présidentielle va battre son plein.

La rédaction

Traduit de l’allemand par Pierre-François Hubert et Anne-Chloé Joblin

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Au moins 80 personnes ont été arrêtées le 1er mai dernier au Kazakhstan.
Asemgul Mukhitqyzy (RFE/RL)
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