Les habitants d’Oust-Kamenogorsk ne veulent pas être la déchetterie nucléaire d’Asie centrale

Plusieurs kazakhstanais ont reçu début d’octobre un courrier électronique leur rappelant de signer une pétition demandant l’annulation de l’accord d'importation de combustible nucléaire à Oust-Kamenogorsk. Au total, près de 8 000 personnes l’ont déjà signée.

Hébergé sur la plate-forme mondiale de pétitions Change.org, l'appel est adressé au Président de la République du Kazakhstan, Noursoultan Nazarbayev, et à plusieurs membres du gouvernement, parmi lesquels les ministres de la Santé et de l’Environnement. L’initiative appartient à une habitante d'Almaty, Aliya Sapargali. La pétition plaide pour l’arrêt de l’importation du combustible nucléaire et détaille les raisons du mécontentement des kazakhstanais, tout particulièrement des oust-kamenogorskiens. Selon un accord signé le 30 novembre 2009 entre le Kazakhstan, les États-Unis et le Japon, l’usine métallurgique d’Oulba est responsable du traitement du combustible nucléaire de l’entreprise japonaise Nuclear Fuel Industries ainsi que  des entreprises américaines productrices de combustible nucléaire, dont elle est sous-traitant.

« Nuclear Fuel Industries » se spécialise sur le traitement du combustible usé et travaille avec le Département de l’Énergie des États-Unis dans le cadre de l’Alliance Internationale du Recyclage Nucléaire depuis mars 2007. En août, le site internet « Vzglyad » avait évoqué le projet d'importation de dix huit tonnes de combustible nucléaire à destination de l’usine d’Oulba, et délivrée par Nuclear Fuel Industries.

Selon la pétition, « Notre ville et notre pays ne sont pas les déchetteries du combustible nucléaire, ou des déchets, du monde entier »

Oust-Kamenogorsk, une ville historiquement industrielle

Le service de presse de l’usine métallurgique d’Oulba, dont le communiqué a été divulgué par Tengrinews.kz, a rectifié le tir en précisant : « ce ne sont pas des déchets, mais des matériaux contenant de l’uranium, dénommés ferrailles. C’est ce matériel, une fois converti en poudre d'oxyde d’uranium, qui sera utilisé par la centrale nucléaire. »

Ce à quoi la pétition semble répondre que « les habitants d’Oust-Kamenogorsk suffoquent à cause des déchets des usines déjà présentent dans la ville : l’usine métallurgique, TMK (exploitant du tutanium et magnésium) et « KazTsink », l’entreprise kazakhstanaise des mines traitant l’uranium, le plomb, le tantale, le bérillium, le chlore, le titanium, le magnésium, etc. Plus récemment, une fonderie de cuivre a été ouverte », continue l’appel.

Oust-Kamenogorsk a été historiquement une ville industrielle. La construction de la centrale hydroélectrique a commencé en 1939. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la ville a accueilli de nombreuses usines soviétiques. L’usine d’Oulba, fondée en 1949, a démarré la conversion de l’hexafluorure d’uranium à partir de 1964.

Une vue de l intérieur de l usine d Oubla
Une vue de l'intérieur de l'usine d'Oubla. Crédit : thenews.kz

 

La mise en place d'une banque internationale du combustible nucléaire a été proposée en 2009 par Astana à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). A l’époque, lors de la formulation du programme, le président du Comité de l’énergie atomique, Timur Zhantikin, promettait que l’objectif premier resterait la sécurité du pays. À plus long terme, le but du projet était de permettre aux pays ayant renoncé à la production d’énergie atomique sur leur territoire d’en faire l'acquisition à des fins pacifiques.

Le projet est partiellement financé par Warren Buffet, lequel a investi, par l'intermédiaire de l’ONG Nuclear Threat Initiative (NTI), un tiers (50 millions de dollars) de la somme actuellement à la disposition du programme, et, avec le financement complémenataire des États-Unis et d’autres pays, estimée à 150 millions de dollars.

Le projet de banque internationale du combustible nucléair programmé pour fin 2014

Pour le moment le projet est bloqué par le règlement de certains points juridiques, concernant « les responsabilités mutuelles », entre l’AIEA et le Kazakhstan, selon Corey Hinderstein, présidente-adjointe de la NTI. « On espérait certainement avancer plus pour le moment. Mais je pense qu’on est en retard par rapport à nos attentes. » – a déclaré Mme Hinderstein à Reuters « Je pense que les deux côtés reconnaissent que le procès dure bien longtemps et veulent que cela aboutisse sur une réussite ». Lors de la 57ème session de la conférence générale de l’AIEA à Vienne du 16 au 20 septembre 2013, la fin de l’année 2014 a néanmoins été mentionnée comme la période de lancement du projet de la Banque internationale du combustible nucléaire.

En 2009 en revanche, au moment de la signature de l’accord, l’usine métallurgique d’Oulba répondait déjà aux commandes de Nuclear Fuel Industries. Et les livraisons du combustible se montrent plutôt régulières.  Par exemple, en juin 2013 l’usine a reçu une partie qui représentait cinq tonnes de combustible nucléaire.

L’administration de l’usine commente que ce n’est qu’un « partenariat international » et que les cinq tonnes reçues en juin assureront le travail jusqu’au début de l'année 2014, rapporte Tengrinews.kz. Le créneau correspond à la date prévue pour la signature de l’accord avec l’AIEA. Concernant le projet d'importation des 18 tonnes de combustible nucléaire, aucune réponse précise n'a encore été donnée.

Danara Ismetova
Journaliste pour Francekoul.com

Relu par Vincent Calamand

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