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L’Inde va continuer à acheter de l’uranium au Kazakhstan

L’ambassadeur du Kazakhstan en Inde a confirmé le renouvellement du pacte sur l’uranium conclu entre les deux pays, pour la période 2020-2024. Après une décennie de coopération indo-kazakhe en matière nucléaire, l’Inde continue de consolider sa présence et ses intérêts en Asie centrale.

Le 18 novembre dernier, l’ambassadeur du Kazakhstan en Inde Yerlan Alimabaïev a annoncé une rencontre prochaine entre le ministre de l’Énergie kazakh et le ministre du Pétrole indien. Cette rencontre aura pour but de finaliser le renouvellement du pacte sur l’uranium, pour la période 2020-2024. L’ambassadeur a fait cette déclaration à la presse lors d’une rencontre sur le thème « Investir au Kazakhstan », organisée par la Chambre du commerce et d’industrie (MMCI) de Calcutta.

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Avec une population d’1,3 milliard d’habitants, l’Inde doit satisfaire de très grands besoins énergétiques. L’électrification de son territoire est un enjeu crucial. Souhaitant diversifier sa production électrique tout en limitant ses émissions de gaz à effets de serre, l’Inde a commencé à miser sur l’énergie nucléaire avec le septième parc nucléaire au monde. Cependant, ses réserves en uranium sont modestes et le nucléaire ne représente qu’1,9 % de son mix énergétique en 2019 selon S&P Global, contre 56 % pour le charbon.

Le Kazakhstan représente pour autant un partenaire stratégique pour l’Inde sur le continent asiatique, assurant 80 % de ses besoins en uranium. Le renouvellement de ce pacte permet donc d’assurer l’approvisionnement énergétique du pays et s’inscrit dans l’approfondissement des relations entre les deux États. Le Kazakhstan est ainsi le premier partenaire commercial de l’Inde en Asie centrale.

Une décennie de coopération en matière d’énergie nucléaire

La coopération entre l’Inde et le Kazakhstan en matière d’énergie nucléaire date de 2009. Les deux États ont alors signé un protocole d’accord dans lequel ils prévoyaient la fourniture d’uranium par le Kazakhstan à l’Inde. L’accord de coopération en matière d’utilisation pacifique de l’énergie atomique, sur lequel portait ce protocole, a été conclu en 2011.

En 2015, l’entreprise publique kazakhe KazAtomProm et la Nuclear Power Corporation of India ont signé un contrat prévoyant la livraison à l’Inde de 5 000 tonnes d’uranium d’ici 2019. La rémunération est alors fixée en fonction des prix du marché.

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Le contrat touchant bientôt à sa fin, les deux gouvernements négocient son renouvellement, au gré de visites diplomatiques. Pour la prochaine période de cinq ans, la quantité d’uranium fournie à l’Inde pourrait passer de 5 000 à 7 500 tonnes, voire 10 000 tonnes, rapporte le média indien The Economic Times. L’annonce de Yerlan Alimbaïev témoigne donc de la finalisation du processus de négociation.

Le Kazakhstan, un partenaire stratégique pour l’Inde

Détenant 12 % de la réserve mondiale d’uranium, le Kazakhstan est depuis 2009 le premier producteur mondial de cette ressource prisée. En 2018, il a produit 21 700 tonnes, soit 41 % de la production mondiale. Le territoire kazakh compte aujourd’hui 50 gisements d’uranium et dix-sept mines. La ressource n’est pas utilisée pour la production d’électricité dans le pays mais est plutôt destinée à l’exportation. La France est notamment très dépendante de l’uranium kazakh, avec près de 4 000 tonnes extraites par Orano (ex-Areva) chaque année. Le montant exact reste cependant inconnu.

L’exploitation de l’uranium joue un rôle important dans l’économie nationale avec 4 à 5 % du total des exportations kazakhes en 2017, soit plus d’un milliard de dollars.

Rapprochement entre l’Inde et l’Asie centrale

La coopération entre l’Inde et le Kazakhstan dépasse les échanges commerciaux. Comme le décrit le média kazakh Tengrinews, les deux États mettent en avant leurs intérêts communs en matière de défense et de sécurité. La situation politique en Afghanistan et l’ensemble des facteurs d’instabilité dans la région génèrent une crainte de contagion partagée.

Plusieurs accords ont été conclus en ce sens. Un groupe de travail bilatéral portant sur la lutte contre le terrorisme international et autres crimes a été créé en 2002. En 2015, les deux États ont également signé un accord sur la Défense et la Coopération militaro-technique.

L’amélioration des liaisons terrestres : un défi au cœur de ce renouvellement

Durant son discours, Yerlan Alimbaïev a évoqué l’enclavement du Kazakhstan et l’absence de liaisons terrestres directes avec l’Inde, rendant le transport de marchandises plus difficile et plus coûteux. Les reliefs montagneux comme les massifs du Pamir ou de l’Hindu Kush, ou encore le conflit indo-pakistanais en sont les principaux obstacles.

D’après l’ambassadeur kazakh, le commerce bilatéral, d’un milliard de dollars en 2018 selon le média kazakh Kapital, peut grimper jusqu’à quatre milliards de dollars si la connexion entre l’Inde et le Kazakhstan s’améliore.

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L’Inde a rejoint en 2018 l’accord d’Achgabat, du nom de la capitale turkmène, dont le but est de faciliter le transport de marchandises en Eurasie en créant un corridor de transport multimodal relié aux autres corridors de la région, comme l’International North-South Transport Corridor. L’ensemble de ces projets pourrait à terme diminuer le coût du transport de marchandises entre l’Inde et le Kazakhstan, ainsi que le reste de l’Asie centrale, facilitant les échanges. C’est aussi un moyen pour l’Inde de s’imposer comme une alternative crédible à l’influence chinoise croissante dans la région, et son projet des Nouvelles routes de la Soie.

Rester proche de l’Asie centrale

Plus largement, le renouvellement de ce pacte permet à l’Inde de continuer à renforcer sa présence en Asie centrale, dans un contexte de rapprochement avec cette région, stratégique tant pour ses ressources que pour les enjeux de sécurité.

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Par ailleurs, le pays a signé le 29 novembre dernier un accord avec l’Ouzbékistan, qui lui fournira 1 100 tonnes d’uranium pour la période 2022-2026. Ce faisant, New Delhi diversifie et sécurise ses sources d’approvisionnement dans la région, élargissant ainsi son ancrage.

Clotilde Rabault
Rédactrice pour Novastan

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L’ambassadeur du Kazakhstan en Inde Yerlan Alimbaïev lors d’une session de la Chambre du commerce et de l’industrie de Calcutta sur « Investir au Kazakhstan», en novembre 2019. A sa droite, le président de la Chambre du commerce.
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