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Mer Caspienne : Signature d’une « constitution » pour la mer Caspienne

Le cinquième sommet rassemblant les présidents des Etats côtiers de la Caspienne s’est tenu ce 12 août à Aktau, au Kazakhstan. Après deux décennies de négociations et de différends, les cinq Etats ont signé la convention sur le statut juridique du plus grand plan d’eau fermé du monde.

Ce dimanche, les présidents des cinq Etats côtiers se sont mis d’accord sur le statut de la Caspienne. Trop grande pour être juridiquement définie comme un lac, mais ne bénéficiant pas d’un accès à l’océan qui l’aurait catégorisée comme une mer, la Caspienne bénéficiera finalement d’un statut juridique spécial.

Cette signature est un « événement historique », selon les mots du président kazakh Noursoultan Nazarbaïev. Le « consensus sur le statut de la mer a été difficile à atteindre et il a pris du temps », a-t-il rappelé. Selon les déclarations de chaque partie, les cinq Etats semblent tirer bénéfice de l’accord et se félicitent de la signature de la convention, qu’il a même qualifié de « constitution ».

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Ni mer, ni lac, le statut spécial correspond aux attentes russes, comme la délégation venue de Moscou le plaidait en amont du sommet. La convention prévoit de placer la plus grande partie de la Caspienne sous administration commune, tandis que les fonds marins et leurs ressources seront partagés entre les cinq pays et les eaux territoriales sont définitivement délimitées, en fonction de la taille de leur littoral.

L’autorisation des projets de pipelines

Suite à la signature de la convention, plusieurs projets de pipelines pourront être poursuivis dans cette région riches en ressources énergétiques. Notamment, le Turkménistan pourrait entreprendre de construire le pipeline transcaspien et ainsi exporter son gaz vers l’Europe via l’Azerbaïdjan.

Toutefois, ce projet, déjà contesté auparavant par les voisins du Turkménistan, rencontrera probablement de nouvelles résistances. L’Iran et de la Russie, possédant les deux plus grandes réserves de gaz au monde, pourraient s’y opposer en invoquant des raisons environnementales.

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Particulièrement, la Russie, qui a donné son feu vert au projet transcaspien par sa signature, devait compter sur le fait que le gaz turkmène serait plus cher que le sien à l’exportation en Europe. D’autres considérations à plus long terme comme le développement de l’industrie gazière iranienne ou le besoin croissant de gaz en Chine ont pu influencer les concessions russes.

La protection de l’environnement

Outre l’exploitation des ressources énergétiques, la convention encadre plusieurs problématiques environnementales, dont la pêche intensive et les pollutions industrielles. Une protection particulière a été prévue pour les esturgeons, et donc le caviar, l’une des richesses de la Caspienne, avec la mise en place d’un régime de quotas.

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Toutefois, l’accord clarifie peu les problématiques de pollution de la Caspienne, principalement dues aux industries pétrolières azéries, russes et kazakhes.

Les problématiques militaires et géopolitiques

En plus de réglementer les richesses de la Caspienne, la convention prévoit également « le respect de la souveraineté, de l’intégrité territoriale » ainsi que le « non-recours à la force ou menaces de force » sur ses eaux, tout en interdisant aux pays-tiers de disposer de bases militaires sur la côte caspienne. Ce point avantage largement la Russie et l’Iran, les deux plus grandes puissances du littoral, attachés à tenir les Etats-Unis, l’OTAN et la Chine à distance de la Caspienne.

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Cela renforce plus particulièrement la domination militaire russe sur la zone, permettant de minimiser l’influence américaine sur l’armée azérie et de développer les relations politico-militaires de la Russie avec, d’une part, l’Iran, dont les sentiments anti-américains ont grandi ces derniers mois, et d’autre part, le Kazakhstan et le Turkménistan, deux anciens territoires soviétiques avec lesquelles la Russie cherche à conserver un lien particulier.

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Il s’agit d’une véritable victoire géopolitique pour la Russie. Tout en garantissant que la flottille russe aura accès à l’ensemble de la mer Caspienne, l’accord permet à Moscou de développer ses partenariats politiques et militaires régionaux, tout en s’imposant comme une figure diplomatique internationale, capable de concessions pour résoudre un différend vieux de plusieurs décennies.

Finalement, de cet accord ressort la question principale de la faisabilité du projet turkmène de pipeline transcaspien. Les répercussions économiques et politiques du pipeline, tout comme la répartition proportionnelle des ressources et la fermeture des eaux aux navires militaires des Etats côtiers, influenceront à long terme les dynamiques régionales. Enfin, si de nombreux désaccords semblent avoir été résolus, certaines problématiques, notamment environnementales, resteront à éclaircir à l’avenir.

Tiphaine Gaudin

Rédactrice pour Novastan

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Commentaires
  • On peut dire que c’est une des plus grandes réussites de la CEI/ eurasec – ou de ce qu’il en reste -.

    Y a t’il un site franco ou anglophone reprenant plus précisement les points prévus par cet accord? Peut-etre est-ce prévu sur NOVASTAN?

    par ailleurs, savez-vous si cela aura un impact sur le projet de pipeline TAPI?

    13 août 2018

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