Almaty smog environnement Kazakhstan

Mobilisation pour l’environnement à Almaty

Alors que la capitale économique du Kazakhstan subit une pollution de plus en plus inquiétante, la société civile tente de prendre les choses en main. Mais les autorités ne sont pas encore tout à fait prêtes à accepter ce mouvement citoyen.

Depuis la mi-novembre 2015, les habitants d’Almaty ont pu constater le niveau alertant de la pollution dans leur ville grâce à l‘application mobile « Almaty Urban Air » qui donne des indicateurs de pollution en direct. De manière inexpliquée, l’application a été mis hors-ligne par les autorités locales le 4 décembre dernier. Une suspension qui a provoqué une panique sur les réseaux sociaux, les internautes l’interprétant comme un véritable complot pour cacher la pollution exacte de la ville. Ce débat est-il fondé sur des rumeurs, sur l’émotion à la vue des images effrayantes ou bien cache-t-il un véritable cas de dissimulation des autorités de la plus grande ville du Kazakhstan ? Apporter une réponse claire à cette question est encore trop délicat. Quoiqu’il en soit, depuis quelques temps, l’envie de protéger la ville et ses habitants devient un facteur de mobilisation récurrente à Almaty.

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Une application indépendante pour contrôler la qualité de l’air

D’après Asya Tulesova, créatrice de l’application Almaty Urban Air ou AUA (« air » en kazakh) son activité n’est pas arrêtée mais suspendue. Cette application est née de  l’initiative d’un groupe de travail qui se réunissait deux fois par mois pour échanger sur les projets d’amélioration de l’environnement de la ville. Le projet est soutenu par le fond « Common Sense » pour l’écologie avec le soutien du Consulat général américain à Almaty ainsi que de l’université kazakhe de médecine Asfendiarov.

AUA Almaty

Pour que leur activité reprenne, les détecteurs utilisés par AUA pour évaluer la qualité de l’air doivent être vérifiés par un laboratoire spécialisé et certifié, ce qui peut prendre quelques semaines. L’équipe, qui compte aujourd’hui une dizaine de personnes, espère remettre en ligne l’application dans les meilleurs délais. Le 19 décembre, une présentation de son application est organisée afin de mieux informer le public d’Almaty mais aussi pour solliciter des sponsors afin d’acquérir du nouveau matériel. Cela permettrait d’obtenir des indicateurs plus précis et une vision plus indépendante du niveau de pollution à Almaty. L’application s’appuie pour l’instant sur les données d’un seul appareil installé dans le territoire de l’Université de médecine d’Almaty. C’est la partie « basse » de la ville, dense, mal aérée et proche des quartiers chauffés au charbon.

Une vague d’intérêt pour la qualité de l’air d’Almaty sur les réseaux sociaux

Cette initiative civile, disponible depuis le 25 novembre 2015 sur iPhone, a donné naissance à une vague d’idées et de propositions de différentes envergures sur les réseaux sociaux. Elles sont partagées dans le groupe Facebook Almaty Urban SOS créé il y a une semaine et qui compte aujourd’hui plus de 1600 membres. Denis, l’un de ses initiateurs, appelle par exemple à interdire les pétards pendant les fêtes de fin d’année : « dans les conditions écologiques et météorologiques actuelles et au vu de l’absence de précipitations à cette période, je vous propose de dire ‘non’ aux pétards. » affirme-t-il. «  Il est évident que la ville n’annulera pas le feu d’artifice, mais chacun de nous peut faire sa propre contribution! » continue-t-il. Une demande difficile à satisfaire connaissant la tradition des pays de l’ex-Union soviétique de faire exploser des pétards pour le Nouvel an.

Selon un autre internaute, « les habitants de Prague passent un ou deux jours par an sans voiture. Ceux qui conduisent quand même sont sévèrement punis. On n’y voit alors que les transports en commun et les voitures de secours. La campagne est organisée par les autorités de la ville et couverte par la presse à l’avance. Ce serait très bien de le faire une fois par mois à Almaty. Pensez à vos enfants et vos petits-enfants, c’est à eux de vivre ici après vous », propose-t-il. Ces commentaires réunis constituent une réelle boîte à idées, voire même une base de travail avec les autorités de la ville.

Des autorités plus ouvertes et un mouvement de mobilisation local pour l’environnement

Le travail effectué par la nouvelle équipe de la mairie d’Almaty, ou Akimat, depuis son arrivée en août 2015 est plutôt positivement reçu par la population grâce à un style de gouvernance rajeunie, le nouveau maire ayant 41 ans. Le politologue Aïdos Sarym estime comme positif le fait que le nouveau programme de développement d’Almaty d’ici à 2020 soit proposé publiquement aux habitants: « ce programme n’est pas trivial et se distingue des programmes de développement des régions que l’on a l’habitude de voir », estime-t-il. « Almaty est une ville qui ne peut se développer que grâce à l’énergie de ses habitants, et si l’Akimat leur permet de participer à la vie de la ville, les indicateurs économiques ne feront qu’augmenter », rajoute-t-il.

Almaty nuage bas

Pour la créatrice de l’AUA Asya Tulesova, l’Akimat se montre ouvert à un partenariat avec la société civile. Cette volonté a été annoncée lors de l’Urban Forum Almaty, un lieu d’innovation autour de l’amélioration des infrastructures et de l’identité de la ville. Le nouveau maire a rencontré à plusieurs reprises les bloggeurs et les journalistes d’Almaty, créant  sur les réseaux sociaux des comptes dédiés aux plaintes et suggestions des habitants. Ces initiatives laissent espérer une ouverture de la part des autorités, qui reste cependant à confirmer.

Des initiatives civiles depuis les années 1990

Les initiatives civiles ne sont pas rares à Almaty, surtout celles à vocation écologique qui existent depuis le début des années 1990. Green salvation, une des ONG pionnières du mouvement écologique dans la ville, soutient activement la campagne « Zaschitim Kokzhailau » contre la construction d’une station de ski sur plateau de Kokzhailau. A ce jour, le projet de construction est suspendu. Même si c’est principalement pour des raisons économiques, certains veulent croire que l’opposition populaire a aussi contribué à la décision de stopper le projet pour la préservation de l’espace naturel de Kokzhailau.

Un autre projet important pour « Le transport durable d’Almaty » est né d’une collaboration entre la ville, le Programme de Nations Unis pour l’Environnement (PNUE) et la Banque Européenne de Reconstruction et de Développement (BERD). Programmé de 2011 à 2015, il vise à diminuer les émissions par les transports d’Almaty de gaz à effet de serre dont le Kazakhstan est le premier émetteur en Asie centrale. Le secteur des transports en  devient une des sources majeurs : les émissions de CO2 par les transports a doublé entre 2003 et 2008 pour atteindre 5,2 millions de tonnes. Si la tendance se confirme,  ce chiffre pourrait atteindre 24 millions de tonnes en 2020, montrant l’urgence de changer les infrastructures de transport afin de suivre les engagements de réduction des émissions signé par le Kazakhstan à la COP21 de Paris.

Le besoin d’un monitoring détaillé et objectif

Un projet d’optimisation du réseau de transport en commun est en cours de réalisation dans ce but. L’objectif est de revoir l’organisation des lignes de bus et de trolleybus d’Almaty afin d’améliorer la couverture de son territoire mais aussi pour minimiser  les correspondances.  Des experts néerlandais ont également été invités pour donner des séances de consultations sur l’amélioration du vélo-transport. Enfin, le mouvement « Posadi derevo » (« Plante un arbre »), avec une dimension nationale, organise entre autres des campagnes de plantation d’arbres à Almaty, Astana et Karaganda. C’est une campagne bénévole qui réunit néanmoins des centaines d’habitants soucieux de l’environnement.

Almaty sous la neige

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Évaluer l’état  de la situation écologique n’est possible qu’avec un monitoring détaillé et objectif. Catastrophique ou non, une chose est claire : la situation à Almaty s’est aggravée ces dernières années. En 2012, 14,4% des maladies respiratoires étaient enregistrées à Almaty, c’est 1,7 fois plus élevé que le moyenne nationale. Les habitants en sont eux-mêmes en partie à l’origine : le nombre de voitures est passé de 255 000 en 2005 à 530 000 à 2015. Encore 300 000 voitures de la région y circulent quotidiennement.

Le besoin de se mobiliser, de participer et de coopérer est une évidence. Les autorités semblent tendre vers cette option, même si des réflexes de suspicion à l’égard de la société civile existent encore. « Les indicateurs nous disent que nous, les usines électro-thermiques, les conducteurs, nous avons tous de quoi travailler. L’application ne critique pas, mais motive à faire quelque chose. […] Nous comptons sur le sens commun des utilisateurs de notre application. Si tu vois que le seuil est dépassé… c’est ta vie, c’est à toi de décider» résume Asya Tulesova.

Kamshat Toleuliyeva
Journaliste pour Novastan.org à Almaty

 

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Julian Macedo
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