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« Nazarbaïev est un abominable tyran » : la charge de Jean-Luc Mélenchon contre le régime kazakh

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Le 18 décembre dernier, à la tribune de l’Assemblée nationale, le député Jean-Luc Mélenchon a dénoncé avec virulence le régime de Noursoultan Nazarbaïev lors du vote de ratification d’un accord de partenariat renforcé entre l’Union européenne et le Kazakhstan. Après avoir notamment qualifié le Président kazakh d’« abominable tyran », l’ancien candidat à l’élection présidentielle a appelé à ne pas voter le texte.

Quatrième homme de la dernière élection présidentielle française, Jean-Luc Mélenchon est connu pour sa verve et son parler « cru et dru ». Élu député des Bouches-du-Rhône en juin dernier, il siège depuis à l’Assemblée nationale en tant que président du groupe « La France insoumise ».

Le vote de ratification de l’accord de partenariat et de coopération renforcé entre le Kazakhstan et l’Union européenne (UE) lui a donné l’occasion de dénoncer le régime de Noursoultan Nazarbaïev, président depuis 1991 du plus grand pays d’Asie centrale.

Aucun progrès démocratique

Le 18 décembre dernier, les députés de l’Assemblée nationale étaient appelés à se prononcer sur cet accord, texte global visant à renforcer la coopération entre l’UE et le Kazakhstan dans tous les domaines. Ayant demandé à intervenir lors des discussions, Jean-Luc Mélenchon s’est rendu à la tribune et a appelé à ne pas voter le texte. Affirmant « comprendre le cynisme » et s’accomoder d’un « réalisme qui ferme les yeux sur des choses inadmissibles », le député de Marseille a toutefois vivement critiqué la politique du Kazakhstan et de son leader, Noursoultan Nazarbaïev.

Pour Jean-Luc Mélenchon, « Noursoultan Nazarbaïev n’est rien d’autre qu’un abominable tyran. » Il a déclaré qu’il n’y avait aucun progrès de la démocratie au Kazakhstan, contrairement à ce qu’affirme le texte soumis au vote. Ironisant sur lesdits progrès démocratiques, il a rappelé que le leader kazakh avait en effet obtenu 90% des suffrages lors de l’élection de 2005 et qu’il avait depuis obtenu 95% lors de la dernière élection en 2015. En réalité, il s’agit de 91,15% et 97,75% respectivement, ce qui n’enlève rien ici à la démonstration de Jean-Luc Mélenchon.

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De même, lorsque le leader de « La France insoumise » affirme que, lors de la dernière élection, Noursoultan Nazarbaïev « n’avait que trois opposants désignés par lui, tous les autres étant interdits », il se réfère à l’élection présidentielle kazakhe de 2011. Lors de celle de 2015, il n’y avait en fait que trois candidats officiellement enregistrés, dont l’actuel Président kazakh.

L’intervention de Jean-Luc Mélenchon fait ici référence aux rapports de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) sur les différentes élections présidentielles au Kazakhstan. Le dernier rapport en date de 2015 avait dénoncé de graves manquements au bon déroulement du processus électoral. Et, selon l’OSCE, il n’y avait pas eu de progrès depuis la dernière échéance en 2011. Affirmer que les élections n’ont jamais été libres et que l’opposition est politiquement inexistante est donc cohérent avec les différents rapports des observateurs internationaux chargés de superviser le bon déroulement des opérations électorales au Kazakhstan.

Torture, répression et restrictions sur Internet

Lors de son discours, Jean-Luc Mélenchon a dénoncé l’hypocrisie de l’accord soumis à ratification, mentionnant notamment l’article 245 énonçant « l’attachement des parties aux droits de l’Homme ». En effet, comme l’a rappelé le député, le Kazakhstan a été pointé du doigt par Amnesty International pour sa pratique systématique de la torture et, en particulier, 163 cas de torture répertoriés pour la période 2016-2017. Amnesty International va même plus loin puisque l’ONG indique qu’un des articles du Code pénal kazakh permet de « poursuivre les personnes qui avaient affirmé avoir été torturées, ou plus généralement maltraitées, et dont les allégations avaient été considérées, après enquête, comme infondées. »

Sans la nommer spécifiquement, le tribun de « La France insoumise » a également rappelé la dure répression de Janaozen face à des ouvriers du secteur pétrolier en 2011. À l’époque, l’affaire s’était soldée par la mort de 15 personnes, travailleurs de la mine. Jean-Luc Mélenchon a condamné avec véhémence un régime pour qui, « face à une grève des ouvriers du pétrole, la solution a été de tirer dans le tas. » Même si les autorités du Kazakhstan n’ont plus recours à de telles méthodes, comme dans le cadre de l’affaire des grévistes d’Arcelor Mittal, il faut bien reconnaître que des mesures de répression sont régulièrement prises face aux contestations, notamment dans l’industrie locale.

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Jean-Luc Mélenchon a aussi pris pour exemple de sa démonstration de la nature liberticide du régime de Noursoultan Nazarbaïev l’exemple des restrictions d’accès à Internet. Il est notamment revenu sur une loi imposant l’installation d’un certificat national de sécurité votée, selon le député de Marseille, en janvier dernier. Cette loi a effectivement été votée par les dirigeants du Kazakhstan, mais en janvier 2016.

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Les dispositions législatives auxquelles Jean-Luc Mélenchon fait ici référence sont d’une autre nature et d’un autre texte législatif, mais elles restreignent également l’accès à Internet à de nombreux Kazakhs et facilitent la surveillance des internautes par les autorités et la possibilité de censurer les contenus. En effet, la loi de 2017 octroie aux services de sécurité du Kazakhstan le droit de suspendre l’accès à Internet sans l’aval de la justice, ce qui laisse à penser que la volonté des autorités kazakhes de contrôler tout commentaire et activité sur Internet apparaît de plus en plus claire.

Un vote contre, « pour l’honneur »

Revenant également sur des affaires de corruption qui lieraient le Kazakhstan à la France ou encore à la Belgique, le député des Bouches-du-Rhône a conclu son intervention en disant qu’il ne « signerait pas ça, pour l’honneur ! » Il aurait ici pu citer en exemple l’affaire de l’appartement parisien de 65 millions d’euros octroyé à un membre du gouvernement kazakh en novembre dernier. Jean-Luc Mélenchon a toutefois rappelé que le Kazakhstan n’occupait que la 131ème place dans le classement des pays les plus corrompus au monde, comme l’indique le rapport de Transparency International pour l’année 2016.

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Pour Jean-Luc Mélenchon, « il n’y a pas de partenariat renforcé possible dans de telles conditions ». Et, bien qu’il admette que la France peut avoir des intérêts mutuels avec le Kazakhstan dans certains domaines, une coopération entre l’UE et le plus grand pays d’Asie centrale n’est, selon lui, pas souhaitable, « pas au prix d’une amnistie pour un tyran pareil ! »

Quelques nuances

La soudaine attention portée par le dirigeant de « La France insoumise » au Kazakhstan constitue aussi une réponse face à ce que Jean-Luc Mélenchon qualifie de « deux poids deux mesures » dans la politique internationale de l’UE et de la France. Ayant soutenu pendant un temps le Vénézuela et son régime aujourd’hui en difficulté, l’ancien sénateur socialiste a cherché à fustiger l’hypocrisie de ses opposants actuellement au pouvoir face à la façon dont ils traitent avec les différents régimes, sanctionnant les uns et recevant les autres en grande pompe.

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L’écoute attentive de l’intervention du quatrième homme de la présidentielle permet toutefois de mettre en exergue certaines nuances. Partisan d’un réalisme géopolitique dans les affaires internationales, Jean-Luc Mélenchon admet lui-même que des intérêts peuvent être partagés avec le Kazakhstan : « Nous ne partageons rien, des intérêts peut-être, mais n’allons pas jusqu’à la tribune du Parlement français dire qu’on partage quoi que ce soit d’autre avec des personnages pareils. »

C’est donc bien la partie de l’accord faisant référence à la démocratisation du régime de Noursoultan Nazarbaïev et au respect des droits de l’Homme invoqué par le régime kazakh qui a fait bondir le président du groupe « La France insoumise ».

La France et le Kazakhstan, grands partenaires dans le nucléaire

En termes de coopération, la France et le Kazakhstan ont notamment des échanges fructueux dans le domaine du nucléaire, échanges confirmés par le rapprochement en avril dernier entre l’entreprise Areva et son homologue kazakhe Kazatomprom. Un domaine de coopération qui ne devrait toutefois pas satisfaire Jean-Luc Mélenchon, viscéralement anti-nucléaire comme il l’a rappelé lors de la dernière élection présidentielle en France.

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Mais la coopération franco-kazakhe ne s’arrête pas au nucléaire. Comme l’a rappelé Jean-Baptiste Lemoyne, actuel secrétaire d’État aux Affaires étrangères, « la France demeure […] le troisième investisseur direct au Kazakhstan avec 13 milliards de dollars et [les] relations ne se limitent pas au commerce des énergies fossiles. Les entreprises françaises se sont positionnées sur des initiatives visant à diversifier l’économie kazakhstanaise, notamment dans le domaine des transports, des services urbains, de l’agroalimentaire, du tourisme et des nouvelles technologies… »

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L’intervention de Jean-Luc Mélenchon mettant à nu les dérives autoritaires du régime de Noursoultan Nazarbaïev soulève néanmoins la question de la morale et de l’importance accordée par les États à la démocratie et aux droits de l’Homme dans les relations qu’ils entretiennent entre eux. Cette question est loin d’être tranchée, même si l’ancien député européen a clairement fait son choix pour ce qui est du Kazakhstan : « À cette heure, je suis du côté de ceux qui sont en prison à cause de Noursoultan Nazarbaïev. »

Jérémy Lonjon
Rédacteur en chef de Novastan

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Dans une intervention devant le Parlement, le député Jean-Luc Mélenchon a vivement critiqué le régime de Noursoultan Nazarbaïev, président du Kazakhstan
Kremlin / Agencia de Noticias ANDES
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