Lénine Nazarbaïev Kazakhstan

Noursoultan Nazarbaïev, le dernier des Soviets

Dans une allocution surprise à la télévision nationale le 19 mars dernier, le président kazakh Noursoultan Nazarbaïev a annoncé sa démission, marquant la fin du règne de presque 30 ans de ce pur produit de l’URSS.

Le 19 mars dernier, l’annonce de la démission du président kazakh Noursoultan Nazarbaïev a eu l’effet d’une bombe. Avec son départ, le Kazakhstan quitte finalement l’ère post-soviétique. De fait, “Le Premier président” comme il se fait appeler, était également le dernier des leaders encore en exercice arrivés sous l’URSS.

L’histoire de Noursoultan Nazarbaïev ressemble à une success story soviétique : celui d’un “self made-man”, d’un ancien mineur fils de berger qui a porté son pays vers l’indépendance. Né en 1940 dans un petit village près de l’ancienne capitale Almaty, le leader vient d’une famille modeste, confiant même dans son autobiographie que ses parents savaient “à peine” lire.

De l’usine d’acier au palais présidentiel de l’Ak Orda

Du bas de la société kazakhe, Noursoultan Nazarbaïev a réussi à se hisser jusqu’à la plus haute marche de l’Etat. Dans sa jeunesse, il bénéficie du système méritocratique soviétique et gravit les échelons, grâce à des bourses d’études tout d’abord. A la fin de son lycée et grâce à un programme financé par le gouvernement, Noursoultan Nazarbaïev part un an travailler dans une des plus grosses usines métallurgiques de l’Union soviétique à Temirtaou, dans le centre du Kazakhstan. L’usine métallurgique de Karaganda était la plus grosse entreprise du pays, représentant 5% du revenu national dans les années 1980.

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Parti pour un an, le jeune Noursoultan Nazarbaïev travaille finalement quelques années dans les hauts fourneaux mais “la perspective de passer [sa] vie entière” dans cet environnement le déprime, selon ses propres mots issus de son autobiographie “Ma vie, mes temps et le futur”, publiée en 1998 et non traduite en français.  

L’archétype de l’apparatchik

Si son futur ne sera pas dans la métallurgie, la politique le sera pour l’ouvrier. En 1962, il prend sa carte au Parti communiste et gravit les échelons jusqu’à devenir Premier secrétaire du Parti communiste kazakh en 1989. “C’est un vrai apparatchik. Il a géré le pays avec le logiciel qu’on lui a mis dans le cerveau pendant sa formation”, explique à Novastan Régis Genté, journaliste spécialiste de la région.

La chute de l’URSS en 1991 plante une épine dans le pied du nouveau leader de la République socialiste soviétique, qui craint une sécession des territoires au Nord du pays, majoritairement peuplé de Russes ethniques. A l’indépendance, le Kazakhstan est en effet la seule République de l’ex-Union où le peuple national titulaire n’est pas majoritaire.

En 1991, 37,8% des habitants du Kazakhstan sont ethniquement russes, dont 66% sont nés dans le pays et 37% y vivent depuis plus de vingt ans. Les liens avec Moscou sont donc difficiles à rompre du jour au lendemain pour Noursoultan Nazarbaïev, obligé de jouer l’équilibriste.

La CEI, un soulagement après l’URSS

Cette donnée en tête, le pays le plus vaste d’Asie centrale est le dernier à déclarer son indépendance de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques, plus d’un an et demi après le premier pays à l’avoir fait, la Lituanie, et même après la Russie. L’URSS est remplacée par une structure plus souple, la Communauté des États Indépendants (CEI).

Lire aussi sur Novastan : Comment le Kazakhstan est devenu indépendant

Un soulagement pour Noursoultan Nazarbaïev qui attendait la création d’une nouvelle entité, pensant que l’appartenance commune à une organisation avec la Russie éviterait les contestations. Quelques jours plus tard, le 16 décembre 1991, le Kazakhstan déclare son indépendance.

La gestion d’un stock nucléaire encombrant

D’emblée, Noursoultan Nazarbaïev se retrouve avec un problème de taille : le stock nucléaire accumulé au Kazakhstan sous l’Union soviétique. Avec 1 400 ogives, le pays qui a abrité le premier essai nucléaire soviétique dispose du 4ème plus gros arsenal nucléaire au monde. Très rapidement, le nouveau leader kazakh décide d’opter pour le désarmement nucléaire plutôt que de revendre un stock encombrant.

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Une première décision saluée par la communauté internationale qui aboutira par la création du polygone de Semipalatinsk en 1995 et de son traité éponyme en 2006, visant un monde « sans armes nucléaires ».

A la tête du plus riche pays d’Asie centrale

Politiquement, les années se suivent et se ressemblent. 1995, 2006, 2011, 2015 : Noursoultan Nazarbaïev est réélu pas moins de quatre fois après l’indépendance, son dernier score en date étant de 97,7 %. L’ancien métallurgiste développe le pays, riche en hydrocarbures et en minerais. Une modernisation qui se fait au prix d’un règne sans partage.

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Archétype de l’apparatchik soviétique, Noursoultan Nazarbaïev doit pourtant se convertir au capitalisme dans son pays nouvellement indépendant tout en s’inspirant des pratiques politiques qui ont eu cours avant lui. Le culte de la personnalité de Noursoultan Nazarbaïev rappelle ainsi les glorifications de Staline ou de Lénine dans l’imagerie soviétique.

Un héritage soviétique incontournable

Pour gérer un pays multiethnique, il met en place une politique “tout droit héritée de la politique soviétique”, selon Régis Genté. “Noursoultan Nazarbaïev a folklorisé les minorités ethniques, tout en menant une politique de kazakhisation où la nation titulaire kazakhe doit être majoritaire et la langue administrative doit être le kazakh”, explique le journaliste spécialisé.

Noursoultan Nazarbaïev jongle entre l’héritage soviétique, encombrant mais incontournable et sa volonté d’ancrer le pays dans le futur avec son projet de “modernisation de la conscience publique”.

Astana devenue Noursoultan, un symbole

Au rang de ses réalisations les plus emblématiques, on trouve le transfert en 1997 de la capitale d’Almaty, dans le sud, vers Astana, dans le nord. Noursoultan Nazarbaïev prive alors sa ville natale du statut de capitale pour la déplacer vers Akmola, anciennement Tselinograd et devenue Astana (“capitale”, en kazakh). Un projet qui incarne à la fois la rupture et la continuité avec le régime soviétique, estime Adrien Fauve, chercheur à Paris Sud et spécialiste de cette ville. “C’est un projet qui existait déjà chez son prédécesseur, qui rappelle les grands projets mobilisateurs soviétiques. Pour autant, chez Nazarbaïev, [ce projet] a une volonté de renouveler la symbolique nationale, de l’éloigner d’Almaty et son élite”, décrit le chercheur.

Aujourd’hui, Astana est plus que jamais lié à Noursoultan Nazarbaïev. Le 20 mars dernier, au lendemain de la démission du premier président, la ville est renommée « Noursoultan ». Les rues centrales des villes kazakhes porteront également le nom de Noursoultan Nazarbaïev. Signe de l’empreinte actuellement indélébile de l’ancien ouvrier devenu président à la main de fer.

Clara Marchaud
Rédactrice pour Novastan

Edité par la rédaction

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Noursoultan NazarbaÏev faisant un discours devant le buste de Lénine, en 1991.
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Noursoultan Nazarbaïev (à gauche) en compagnie du nouveau président kazakh Kassym-Jomart Tokaïev (à droite) pour la célébration du printemps perse le 21 mars 2019.
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