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Nur-Sultan : les travailleurs kazakhs de l’Abu Dhabi Plaza manifestent pour plus d’égalité salariale

Le 3 juillet dernier, les travailleurs kazakhs du chantier de construction de l’« Abu Dhabi Plaza » à Nur-Sultan, la capitale du Kazakhstan, ont manifesté leur mécontentement quant à leurs salaires et conditions de travail, largement moins favorables par comparaison aux travailleurs expatriés.

Les tensions s’exacerbent au Kazakhstan entre travailleurs nationaux et expatriés. Le 3 juillet dernier, les employés kazakhs d’organisations sous-traitantes de construction se sont réunis sur le chantier de l’« Abu Dhabi Plaza », dans la capitale Nur-Sultan, afin de manifester leur mécontentement face à l’inégalité des salaires et des conditions de travail avec les employés étrangers.

D’après le site officiel de la mairie (akimat) de Nur-Sultan, l’inspecteur du travail en chef de la capitale kazakhe, Erlan Ismagoulov, et le procureur du district d’Esil, Damir Kataïev, ont rencontré les manifestants pour leur proposer une rencontre avec l’administration de la capitale dans les bureaux de l’entreprise de construction.

C’est ainsi que des négociations ont eu lieu entre les représentants des ouvriers, les dirigeants des organisations de sous-traitance, le chef de projet de la société Arabtec Consolidated Contractors Limited, John Campbell, et le maire adjoint de la capitale, Nourlan Nourkenov.

La dénonciation des inégalités

Le média kazakh Tengrinews a détaillé les demandes des ouvriers, en reprenant les déclarations du ministre du Travail et de la Protection sociale, Berdibek Saparbaïev. Elles s’articulent en trois points : une meilleure prise en charge de l’alimentation, des commodités pour la prière rituelle musulmane, et l’augmentation des salaires en cas d’inflation.

Ces demandes sont nées principalement de la comparaison avec les conditions de travail des employés étrangers. Berdibek Saparbaïev a notamment mis en évidence les plaintes portant sur l’organisation des déjeuners. Tandis que les expatriés profitent d’une salle de restauration dédiée, les travailleurs kazakhs ne reçoivent que 500 tengués (un euro et quinze centimes) par personne et par jour, une somme jugée insuffisante.

Cette protestation menée par les employés du chantier de l’« Abu Dhabi Plaza », est à mettre en parallèle avec les évènements qui se sont déroulés à Tengiz, l’un des plus grands gisements pétroliers du Kazakhstan, le 29 juin dernier. Des violences ont éclaté entre employés kazakhs et employés étrangers suite à une affaire de mœurs, avant de donner lieu à des revendications sociales sur fond d’une dénonciation de la dépendance du Kazakhstan aux travailleurs expatriés.

Lire aussi sur Novastan : Violences et inégalités au cœur de la principale région pétrolière du Kazakhstan

Néanmoins, selon les autorités de la ville de Nur-Sultan, la réunion du 3 juillet s’est déroulée dans le calme, les revendications des ouvriers ont été entendues. La direction de l’entreprise Arabtec s’est engagée à prendre les mesures nécessaires pour les satisfaire.

Une construction mouvementée

Cette résolution sans conflit majeur s’explique par l’important de l’« Abu Dhabi Plaza ». De fait, c’est un projet particulièrement ambitieux, puisqu’il doit aboutir dans la construction du plus haut gratte-ciel du Kazakhstan et de toute l’Asie centrale, avec une hauteur de 382 mètres pour 78 étages. Ce projet est issu d’un accord entre le Kazakhstan et les Émirats arabes unis conclu le 11 juin 2009. Initialement, il était porté par la société émiratie Aldar Properties, qui est toujours propriétaire et investisseur principal, mais qui a cédé la place d’entrepreneur général à sa compatriote Arabtec Holding en 2013. Le coût total de la construction a d’abord été estimé à 1,6 milliard de dollars (1,4 milliard d’euros), avant d’être abaissé à 1,1 milliard (975,2 millions d’euros) avec l’arrivée de la société Arabtec.

Dès le début des travaux, en novembre 2010, les problèmes matériels et les scandales se sont succédé sans interruption, comme le retrace un article du média kazakh Informburo, paru en septembre 2017.

Abu Dhabi Plaza Noursoultan Astana Capitale Kazakhstan 2015 Chantier Construction

La phase d’excavation et de terrassement a dû être interrompue un mois à peine après le début des travaux, à cause de l’impact de la crise économique mondiale sur le secteur du bâtiment au Kazakhstan. Les travaux n’ont pu reprendre qu’un an après, en novembre 2011. En octobre 2012, le premier scandale a éclaté : des sociétés de sous-traitance turques, ainsi que leurs travailleurs, se sont mis en grève à cause d’importants arriérés de salaires mensuels.

En 2014, une autre grève a cette fois mobilisé des centaines d’employés pour dénoncer les différences de salaire entre travailleurs kazakhs et expatriés. La manifestation du 3 juillet dernier n’est donc pas sans précédent sur le chantier. En février et en mars 2016, trois incendies se sont déclarés successivement, et l’un d’entre eux a considérablement endommagé au moins cinq étages de la tour principale. Un autre incendie a eu lieu en avril 2018, ralentissant à nouveau la construction. À cause de ces problèmes incessants, la fin des travaux a été reportée à plusieurs reprises. D’abord annoncée pour 2016, elle est actuellement prévue pour 2020, selon les dires de l’ancien maire de la capitale kazakhe, Bakhyt Sultanov, rapportés par Tengrinews en novembre 2018.

Magomed Beltouev
Rédacteur pour Novastan

Le chantier de l’Abu Dhabi Plaza dans la capitale kazakhe, en 2018.
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Le chantier de l’Abu Dhabi Plaza dans la capitale kazakhe, en 2015.
Sibom
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