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Ouzbékistan : l’effondrement du barrage de Sardoba, entre catastrophe climatique et scandale de népotisme

L’effondrement du barrage de Sardoba dans la région de Syr-Daria en Ouzbékistan a conduit à l’évacuation plus de 100 000 personnes dans le pays et au Kazakhstan voisin, ainsi qu’à l’inondation de milliers d’hectares de champs en culture. La catastrophe est due aux pluie diluviennes qui s’abattent sur la région ces derniers jours, mais aussi à des défauts de construction du barrage. Une enquête pénale est en cours et les suspicions de népotisme et de corruption planent déjà sur l’affaire.

Le 1er mai dernier, le barrage de Sardoba, mis en service en 2017, a cédé suite à une défaillance dans la digue. Cette dernière, faite de terre, a cédé sous le poids des eaux, devenu insupportable après des orages violents dans la région de Syr-Daria, dans l’est du pays. Ce dimanche 3 mai, selon les autorités locales, plus de 70 000 personnes ont été évacuées car leurs villages sont sous les eaux, rapporte par le média ouzbek Gazeta.uz. Au Kazakhstan voisin, ce même jour, c’est 22 000 personnes qui ont été évacuées pour les mêmes raisons. Et ce chiffre était de plus de 31 000 au 4 mai, selon le média kazakh Vlast.kz.

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Dans un premier temps, les autorités ouzbèkes et kazakhes n’ont fait état d’aucun décès suite à la catastrophe. Cependant, le 4 mai, Gazeta.uz a rapporté qu’un garde national ouzbek était décédé et un autre disparu après avoir été emportés par l’eau durant des opérations d’évacuation. Du côté ouzbek, près de 60 personnes ont été blessées, mais leur vie ne seraient pas en danger, décrit Gazeta.uz, citant les autorités locales. Cependant, l’ampleur des dégâts matériels répartis sur les deux pays risque de peser lourd, notamment pour permettre aux populations de retrouver une maison et surtout des moyens de survie alors que les récoltes ont été détruites.

Dommage collatéral du réchauffement climatique dans la région…

Selon le communiqué de l’administration présidentielle ouzbèke, la catastrophe est due à « de fortes pluies et des tempêtes dans la région », alors que les régions de Boukhara en Ouzbékistan et de Lebap au Turkménistan ont  également été touchées par des vents violents ayant causé des dégâts importants les 27 et 28 avril derniers. La localité de Zaamin, située dans la région de Djizak et voisine de Syr-Daria, a également subi de fortes pluies causant la mort de deux enfants, selon Gazeta.uz. Le Kirghizstan voisin a lui aussi connu des épisodes de vent fort occasionnant des dégâts importants dans la région de Batken, selon le média kirghiz Turmush.

Ces évènements climatiques extrêmes interviennent alors que l’Eurasie a vécu son hiver le plus chaud enregistré depuis la moitié du XIXème siècle, comme le montre la carte des températures anormales pour l’hiver 2020, publiée par le projet européen Copernicus. En Europe, l’hiver passé était plus chaud de 1,4° C en moyenne que le dernier record.

Sardoba Sanguinov Uzbekhydroenergo corruption

…ou affaire pénale à suivre ?

Cependant, si la catastrophe de Sardoba pourrait être le résultat du réchauffement climatique dans la région et particulièrement de ces épisodes extrêmes, les autorités ouzbèkes parlent néanmoins de catastrophe « technique », car le barrage de Sardoba n’a été mis en service qu’en 2017 et ne semble pas respecter des normes de sécurité. Selon Gazeta.uz, le procureur ouzbek s’est saisi de l’affaire pénale pour « violation des règles de construction et de sécurité pour l’exploitation minière ».

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Le bloggeur ouzbek, Umid Gafurov qui tient la page Facebook Troll.uz, a révélé un fait troublant. Selon lui, Abdougani Sanguinov, le directeur de Uzbekhydroenergo et auparavant d’Uzsuvenergo, en charge de la construction du barrage de Sardoba en 2017 et aujourd’hui de l’ensemble des barrages du pays, aurait donné à la compagnie dirigée par son fils de nombreux contrats de construction de barrages, y compris celui de Sardoba. Bien que cela ne soit pas forcément une relation de cause à effets, c’est néanmoins « étrange », comme le souligne le bloggeur ouzbek. Cela jette une lumière crue sur la qualité de la construction d’infrastructures importantes et sensibles dans le pays ces dernières années et sur les pratiques de népotisme à peine cachées du pays.

La rédaction

Relu par Anne Marvau

Edition 4 mai 2020 : actualisation du nombre de déplacés côté kazakh.

Edition 5 mai 2020 : ajout du décès du garde national ouzbek. 

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Vue du barrage de Sardoba en Ouzbékistan à l’endroit où il s’est effondré lors de la visite du président ouzbek.
President.uz
Le dirigeant de UzbekHydroEnergo, Abdougani Sanguinov présentant le projet terminé du barrage de Sardoba au président ouzbek Chavkat Mirzioïev en mai 2017 et le même le 1er mai 2020 devant le président alors que le barrage s’est effondré.
Troll.uz
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