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Paris accueille son premier festival du film kazakh

Du 26 au 29 septembre prochain, Paris accueillera un festival du film kazakh, une première. Pour en savoir plus, Novastan a discuté avec Andreï Ivanov, organisateur principal de l’événement.

Cheville ouvrière de la coopération cinématographique franco-kazakhe, Andreï Ivanov est à l’origine de la première édition du Festival du film du Kazakhstan qui se déroulera du 26 au 29 septembre prochain à Paris. Cette initiative nouvelle en Europe a vu le jour notamment grâce au soutien de l’ambassade du Kazakhstan en France et le groupe ERG (Eurasian Resources Group) et s’inscrit dans la deuxième saison culturelle de l’Automne kazakhstanais en France.

Ce festival ambitionne de développer la coopération franco-kazakhe sur le plan cinématographique, en présentant une variété de films et de talents peu connus à l’international. En effet, jusqu’à présent, les rares films kazakhs renommés en France sont les œuvres ayant obtenu des prix sur des grands festivals internationaux. 

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Il se veut donc un espace d’échange et de promotion pour favoriser les co-productions. A travers le festival, cette initiative vise à diversifier cette vision et montrer un panel plus large pour favoriser une plus grande coopération entre les cinéastes des deux pays.

En tant que président de l’Association du cinéma kazakhstanais en France, organisateur du festival et directeur d’une agence de talents (Paris Meridian production), il présente à Novastan ce nouveau projet, à mi chemin entre la France et le Kazakhstan.

Novastan : Pourriez-vous tout d’abord nous parler de ce lien que vous avez avec la France et le cinéma?

Andreï Ivanov : Je suis arrivé au cinéma tout à fait par hasard, surtout attiré par un univers rêvé. L’angle qui m’a toujours intéressé est celui de la réalisation et de la production, dans une moindre mesure celui de la comédie. Je me suis même essayé dans quelques rôles de figurations ou secondaires. Au Kazakhstan d’abord, j’ai suivi une école d’art, où j’ai étudié, entre autres, la musique (le piano et l’accordéon) et l’histoire du cinéma.

Mais c’est surtout l’interprétariat qui a constitué une véritable passerelle vers ce domaine. Je parle anglais, français, russe et espagnol. J’ai eu la chance de traduire pour de nombreuses personnalités, à des niveaux très élevés, ce qui m’a ainsi ouvert les portes de différents festivals de cinéma à travers le monde. Cela m’a permis de côtoyer cet univers, d’apprendre à connaître son fonctionnement et ses protagonistes.

Par la suite, je me suis réorienté vers ce qui était ma passion d’origine en entreprenant des études de cinéma à Paris. J’ai travaillé dans différentes productions françaises et internationales comme “Polina, danser sa vie” ou “Valerian, et la cité des mille planètes”. Dernièrement, j’ai co-produit “Olmadjon”, le premier film de Viktoriya Yakoubova, qui sera également projeté dans le cadre du festival à Paris. Dans cet événement je suis donc à la fois, organisateur, producteur et manager de talents (agent).

Quelles aspirations avez-vous pour cette première édition?

Nous espérons vraiment pouvoir pérenniser cette action, à Paris, puis dans d’autres villes, et plus largement créer d’autres coopérations de ce type avec les pays de l’Union européenne. Cette première édition se concentre sur la relation bilatérale franco-kazakhe par le biais du cinéma. Le lieu a une très grande signification pour nous, car c’est dans cette même ville qu’Auguste et Louis Lumière ont organisé la première projection publique au monde d’un film le 28 décembre 1895. Aujourd’hui, Paris demeure une des plus grandes capitales cinématographiques du monde, il nous a donc semblé important de démarrer cette future tradition au cœur de cette ville. 

Le format de projections spéciales intitulé “Les journées du cinéma kazakhstanais” existe déjà un peu partout dans le monde comme en Grande-Bretagne, en Russie ou encore aux Etats-Unis. Ce projet parisien reste néanmoins unique puisqu’il propose plusieurs sections, même si cette année nous n’avons pas de compétition officielle. Nous avons l’ambition de pouvoir l’organiser dans les années qui viennent. L’idée serait d’inviter un jury international constitué notamment de Français et de Kazakhs.

Sur quels principes s’est construite la programmation ?

Le festival est constitué d’une sélection de 11 films, 9 long métrages et 2 courts. Ils sont de genres variés et comptent des co-productions. Ces projections seront accompagnées d’une masterclass, un hommage spécial et des coups de cœur. Le festival propose des films en version originale entièrement sous-titrés en français. C’est aussi un lieu d’inclusion de jeunes talents grâce à l’insertion d’une section “Nouvelle voix” qui présente des premiers films (le 27 septembre). 

En fait, je suis parti de l’idée de faire une projection d’honneur pour le film “Ayka”, pour lequel Samal Yeslamova a reçu son prix à Cannes. Ce film représente un premier intérêt car il s’agit d’une co-production russe, chinoise, kazakhe et bulgare. C’est une œuvre très forte qui a permis d’exporter le nouveau cinéma kazakh et c’est la raison pour laquelle nous avons décidé d’ouvrir le festival avec ce film.

« Le gardien de la lumière” de Ermek Tursunov a quant à lui été le tout premier film kazakhstanais à être nommé au Golden Goblet award (le Festival international du film de Shanghaï, ndlr). C’est un film passionnant, un drame touchant car il fait une belle dédicace à tous les cinéastes du monde. Nous avons fait en sorte de réunir un grand nombre de genres et la richesse du cinéma kazakh. Cette édition met également à l’honneur la femme – à travers la thématique de certains films et la mise en lumière de talents féminins.

Auriez-vous des références à suivre ou à voir dans le cinéma kazakh en dehors de ce que vous présenterez lors du festival?

Il y en a tellement. En quelques noms, je pense à un des plus brillants représentants du cinéma d’après-guerre au Kazakhstan qu’est Shaikan Aimanov. Il est considéré comme le titan du cinéma kazakh, avec des films cultes comme “Notre cher docteur” (1957), “La fin d’Ataman” (1970) dont le scénario a été écrit par le célèbre réalisateur russe Andrei Konchalovski Mikhalkov, ou encore “L’ange à la calotte” (1968). 

Lire aussi sur Novastan : Brève histoire du cinéma kazakh, de Shaken Aimanov à Emir Baigazin

De manière générale, l’ensemble des réalisateurs des années 1960 ont défini le visage du cinéma classique kazakh qu’il faut voir. Plus récemment, il y a Emir Baigazin dont le film “Leçon d’harmonie” a remporté plusieurs prix dont un à la Berlinale. Il appartient à la nouvelle génération de réalisateurs parmi lesquels on compte aussi Adilkhan Erjanov.

Dans ce contexte, selon vous, quel est l’état de la coopération cinématographique franco-kazakhe?

La 71ème édition (2018) du festival de Cannes a été particulièrement marquante pour moi. D’abord, parce que c’est cette année-là que Samal Eslyamova a reçu le prix d’interprétation féminine pour son rôle dans le film “Ayka”. Ça a été un moment unique et plein de fierté, que j’ai vécu à ses côtés dans la salle. Ça a été d’autant plus important qu’elle est la première actrice issue de l’espace post-soviétique à recevoir une telle reconnaissance. 

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Cette même édition avait pour invitée d’honneur l’actrice Kouralay Anarbekova, que j’ai été fier d’accompagner sur les marches du palais des festivals. Cette invitation spéciale a été aussi une première dans l’histoire du festival. 

En général, je suis en contact avec toute la communauté des cinéastes du Kazakhstan, ça fait quelques années que je travaille avec eux de manière assez dense. C’est un effort commun pour la promotion du cinéma kazakh. Nous sommes en collaborons et je les aide à créer du lien pour les productions. La co-production est un enjeu de taille pour le développement et l’exportation du cinéma kazakh. De mon côté, je travaille également avec différents festivals d’Asie centrale, dans l’organisation ou en tant que jury. 

Mon but est donc de densifier les échanges et faciliter les co-productions. Le 1er festival du film du Kazakhstan est ainsi la volonté de développer cette coopération et créer des ponts dans ce domaine.

Propos recueillis par la rédaction

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Le premier festival du film kazakh en France aura lieu à Paris, du 26 au 29 septembre 2019.
Capture d'écran
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