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Présidentielle au Kazakhstan : un « débat » en direct à l’image de la campagne

Le premier débat entre les candidats à l’élection présidentielle du 9 juin prochain a eu lieu en direct sur la chaîne nationale Khabar. Le président par intérim et successeur désigné par Noursoultan Nazarbaïev, Kassym-Jomart Tokaïev n’a pas participé à ce fade débat, où chacun a lu ses notes plus que débattu. Novastan a suivi le débat pour vous.

C’est une première dans l’histoire du Kazakhstan. Le 29 mai dernier, un débat télévisé entre les candidats à l’élection présidentielle du 9 juin prochain a eu lieu en direct sur la chaîne nationale kazakhe Khabar. Le débat à eu lieu à 18 heures, heure d’Almaty, une heure peu pratique pour regarder un débat en direct alors que la population est encore au travail ou en sort tout juste.

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De manière générale, le débat était assez inaudible, parfois en russe, parfois en kazakh. Les candidats ont eu un débit très rapide, sous le stress du tic-tac omniprésent de 90 secondes par réponse. Le seul moment où les candidats ont pu interagir a donné lieu à quelques échanges intéressants, notamment sur la question du communisme au Kazakhstan aujourd’hui. De fait, le pays a été le lieu principal des répressions staliniennes dans les années 1930.

Un débat morne

Des questions intéressantes, mais peu actuelles pour une élection présidentielle… Il n’a pas été question du bilan de l’ancien président Noursoultan Nazarbaïev (1989-2019), ni de critiques vis-à-vis du processus électoral, comme l’ont fait de jeunes manifestants ces derniers mois dans les rues de villes kazakhes.

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Le débat était organisé en trois phases. La première partie était dédiée aux « priorités du développement économique du Kazakhstan ». Chaque participant a rapidement présenté son programme électoral, suivi d’une séance de questions-réponses. Les participants pouvaient poser deux questions à leurs adversaires, ainsi que répondre à deux questions. Dans la deuxième partie, les candidats et leurs représentants se sont exprimés sur le thème de la « modernisation sociale du Kazakhstan » et ont répondu à quelques questions des présentateurs. Enfin, la troisième et dernière partie a été une déclaration finale de chaque candidat aux électeurs, face caméra.

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Au-delà d’un débat où le candidat communiste Jambyl Akhmetbekov est venu avec une écharpe rouge avec les logos du parti communiste kazakh et le candidat du mouvement républicain « Uly Dala Kyrandary », Sadybek Tugel, avec une veste traditionnelle kazakhe (chapan) et muni d’un fouet traditionnel, le plus intéressant ont été les absents.

Le principal candidat et favori snobe le seul et unique débat télévisé en direct d’une élection kazakhe

De fait, trois candidats se sont fait porter pâles et ont été remplacés. Ni la seule et première femme dans l’histoire du Kazakhstan à se présenter à cette élection, Daniya Yespaïeva pour le parti démocrate libéral Ak Jol, ni le président pas intérim et successeur désigné Kassym-Jomart Tokaïev ne se sont présentés au débat. Tous deux ne l’ont annoncé que quelques heures avant le début de la retransmission. Le candidat du parti social-démocrate Aul, Toleutaï Rakhimbekov ne s’est également pas présenté et a été remplacé par Ali Bektaïev.

Daniya Yespaïeva a été remplacée par le dirigeant d’Ak Jol, Azat Peruachev. En remplacement de Kassym-Jomart Tokaïev, c’est Maulen Achimbaïev, un des vice-présidents du parti Nour Otan, qui a participé au débat télévisé.

Le service de presse du président par intérim et candidat absent, Kassym-Jomart Tokaïev, a justifié son absence au média kazakh Tengrinews. « Dès le début, le président (par intérim, ndlr) a limité sa participation à la campagne électorale au maximum. Il a confié tout le travail de campagne à son parti (Nour Otan, ndlr). Le président estime que les autres candidats doivent avoir non seulement un accès égal aux médias, mais aussi un maximum de possibilités en matière électorale. Par conséquent, le président ne participe pas événements de campagne à grande échelle, n’installe pas de panneaux d’affichage de campagne qui ont été strictement interdits avec son image, et enjoint également à son parti de participer à des débats », a affirmé Yerlan Karin, le conseiller principal du président par intérim.

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Selon lui, il est important pour Kassym-Jomart Tokaïev que les autres candidats aient plus d’opportunités pour pouvoir mieux se manifester et faire largement connaître leur position. « Comme vous vous en souvenez, il a personnellement garanti la tenue d’élections libres et équitables, et c’est là sa position de principe. Le président participe désormais à des manifestations relevant principalement de son activité principale de chef d’Etat par intérim. De plus, son programme de travail est très riche : une série de réunions de travail, de réunions et la tenue des événements internationaux, des négociations « , a continué Yerlan Karin.

Un « débat sans débat » 

« Lors de ce soi-disant « débat télévisé » sans débat, qui ressemblait à une conférence avec reportages, trois des sept « candidats à la présidence » étaient totalement absents », a commenté le politologue kazakh Dossym Satpaïev sur son compte Instagram. « Il y avait leurs représentants. Le savoir-faire kazakh est grand : celui de la participation aux élections par procuration (comme l’a longtemps fait Noursoultan Nazarbaïev, ndlr). Parallèlement, le fait marquant a été que, parmi les thèmes des « débats », les organisateurs de cette émission n’ont pas soulevé la question des changements politiques », a continué l’analyste.

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« L’économie et la sphère sociale sont importantes. Mais de nombreux problèmes dans ces domaines sont associés à l’absence de réformes politiques qui rapprocheraient le pouvoir de la population. À propos, nous avons été témoins de tout ce « plaisir » pour 41 millions de tengués (93 800 euros, ndlr), alloués à la tenue de «débats télévisés». »

Les élections présidentielles auront lieu le 9 juin de 7 heures à 20 heures. Le dépouillement des votes dans les bureaux de vote sera effectué au plus tard 12 heures après la fin du vote.

La rédaction 

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Le candidat du parti communiste kazakh, Jambyl Akhmetbekov (à droite) et du Mouvement républicain « Uly Dala Kyrandary », Sadybek Tugel (à gauche) lors du débat télévisé en direct du 29 mai 2019.
Khabar TV (screenshot)
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