Origine Nom Kazakhstan

Quelle est l’origine du nom du Kazakhstan ?

Changer le nom du Kazakhstan ? C’est la proposition qu’a formulée un député du plus grand pays d’Asie centrale en janvier dernier. Alors que la capitale kazakhe a été rebaptisée Nur-Sultan en mars 2019, la valse des noms continue d’alimenter le débat sur l’identité et l’histoire d’un État qui se cherche depuis l’indépendance.

Novastan reprend et traduit un article initialement publié sur le média en ligne kazakh Tengrinews.

Le 23 janvier dernier, la proposition d’Azat Perouachev, député du Majilis, la chambre basse du Parlement kazakh, de renommer le Kazakhstan en République kazakhe a eu un retentissement important dans la société du pays le plus vaste d’Asie centrale. « Il faut appeler les choses par leur nom, appeler noir le noir, blanc le blanc et Kazakhs les Kazakhs », a affirmé le député du parti Ak Jol.

Un correspondant du média kazakh Tengrinews a décidé de se plonger dans l’histoire et de rappeler comment a été créée la République kazakhe il y a presque cent ans et pourquoi, au moment de son accession à l’indépendance, le pays s’est finalement donné pour nom Kazakhstan.

Aux origines de la République kazakhe

Azat Perouachev, en proposant de renommer le pays, a insisté sur le bien-fondé historique d’une telle décision. « Nous connaissons tous les racines historiques profondes du Kazakhstan indépendant actuel. […] Au cours de la célébration du centenaire du mouvement Alach (en novembre et décembre 2017, ndlr), notre président a comparé ce mouvement et ses ambitions avec le devoir multiséculaire de parvenir à la liberté, de construire un État indépendant. Après avoir formé en 1917 l’autonomie Alach, les leaders de l’Alach-Orda se sont mis en relation avec des membres de l’Assemblée constituante russe (janvier 1918), du gouvernement provisoire sibérien (28 janvier 1918 – 22 octobre 1918) et du gouvernement provisoire de toutes les Russies (23 septembre 1918 – 18 novembre 1918), c’est-à-dire tous les types de gouvernements russes opposés au pouvoir bolchévique qui se sont formés au long de l’année 1918 » rapporte le député, faits historiques à l’appui.

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La contribution d’Alach dans la mise en place de l’État kazakh a en effet été considérable, confirme le président de l’Association des historiens du Kazakhstan Mambet Koïgueldiev« Le mouvement Alach n’est absolument pas un phénomène rétrograde, comme s’est efforcée de le présenter l’idéologie soviétique. C’est un mouvement de libération nationale du peuple kazakh pour sa liberté et son indépendance, la possibilité de garder son identité et de rester ce qu’il est », défend l’historien. Selon lui, ce sont justement les membres du gouvernement de l’Alach-Orda qui ont consacré tous leurs efforts à la création d’une autonomie kazakhe unifiée.

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En juillet 1917 s’est tenu à Orenbourg, aujourd’hui sur le territoire russe, le premier congrès pan-kazakh auquel participèrent presque toutes les provinces du Kazakhstan. Les délégués consacrèrent leur attention au problème de l’autonomie nationale. La majorité a soutenu le point de vue d’Alikhan Boukeïkhanov. Ce dernier considérait que les provinces kazakhes devaient obtenir une autonomie nationale et territoriale. Le mouvement Alach  a été formé à l’issue de ce congrès dont les dirigeants sont devenus Alikhan Boukeïkhanov, Akhmet Baïtoursinov et d’autres représentants de l’intelligentsia de cette époque.

Leaders Alash Orda Début Siècle

« Il est indiqué dans les documents soviétiques que la formation du gouvernement de l’Alach-Orda aurait « provoqué l’indignation de la plupart des travailleurs kazakhs ». Les autorités soviétiques qualifiaient alors les membres du gouvernement de l’Alach-Orda de pires ennemis du peuple kazakh. Aujourd’hui, bien sûr, personne n’émet de doute quant au fait que, de cette manière, les historiens soviétiques exécutaient les ordres idéologiques du parti communiste », explique Mambet Koïgueldiev.

La décision de formation de l’autonomie Alach a ensuite été prise lors du deuxième congrès pan-kazakh, du 5 au 12 décembre 1917. Un gouvernement de quinze personnes du nom d’Alach-Orda a également été désigné avec Alikhan Boukeïkhanov à sa tête. Les participants du congrès, par cette décision, choisissaient de ne pas reconnaître le pouvoir soviétique.

Une remise en ordre par les soviétiques

En janvier 1918, les soldats de l’Armée rouge se sont emparés d’Orenbourg et les membres de l’Alach-Orda ont été forcés de quitter la ville. Cette remise en ordre a eu pour conséquence de diviser les rangs parmi les forces autonomistes. Ainsi, les dirigeants du mouvement Alach n’ont eu d’autre choix que de négocier avec le pouvoir soviétique.

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« En 1919, Akhmet Baïtoursinov s’est rendu à Moscou pour des négociations. Le pouvoir soviétique avait besoin de ces négociations, en pleine guerre civile, et les cadres soviétiques avaient besoin du soutien du pouvoir kazakh. Bien sûr, ils pouvaient s’emparer des terres par la force, mais le soutien de la population était nécessaire et la majorité absolue des Kazakhs restait favorable au mouvement Alach », raconte Mambet Koïgueldiev. Le pouvoir soviétique a donc choisi de ne pas entraver la création de l’autonomie, puisqu’elle jouissait du soutien de la population. L’autonomie soviétique kazakhe s’est ainsi concrétisée au cours de l’année 1920.

Le 26 août de cette même année, le décret sur la formation de la République socialiste soviétique autonome kirghize (équivalent de kazakhe pour les autorités soviétiques de l’époque) est publié. Le Kazakhstan devient alors une entité autonome au sein de la Russie soviétique et Orenbourg devient sa capitale.

Frontières Asie Années

Des changements surviennent au cours des années suivantes. Le 6 avril 1925, la capitale est déplacée d’Orenbourg à la ville d’Ak-Machet, actuellement connue sous le nom de Kyzylorda. Et, le 15 juin de la même année, la République socialiste soviétique autonome kirghize est renommée République socialiste soviétique autonome kazakhe.

Enfin, en 1936, la République socialiste soviétique autonome kazakhe devient une simple République soviétique, perdant ainsi son autonomie. « Si, avant, nous avions une autonomie au sein de l’URSS, l’année 1936 a vu le Kazakhstan devenir partie intégrante de l’Union soviétique », souligne Mambet Koïgueldiev.

Pourquoi a-t-on nommé le Kazakhstan ainsi ?

La République kazakhe a ainsi perduré pendant 70 ans au sein de l’URSS jusqu’à l’effondrement de cette dernière en 1991, ce qui revient à dire que le pouvoir reconnaissait la désignation de « kazakh ». Mais pourquoi, une fois l’indépendance recouvrée, les nouvelles autorités n’ont-elles pas choisi d’appeler leur pays la République kazakhe ? « Premièrement, il fallait considérer la situation sociale des Kazakhs et le pourcentage non-négligeable des autres nationalités proportionnellement à la population », précise Sabit Childebaï, directeur au département d’histoire du Kazakhstan soviétique au sein l’Institut d’histoire et d’ethnologie Tchokan ValikhanovMambet Koïgueldiev est d’accord avec cet avis : « Il y avait à ce moment-là un État multinational et c’était une décision judicieuse. »

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« De plus, la décision a été adoptée dans la hâte. En 1991, il était impératif de déterminer une désignation pour la République avant l’inauguration du premier président de la République socialiste soviétique kazakhe. Le 10 décembre devait avoir lieu l’inauguration. Mais, le 8 décembre, par surprise, l’Ukraine, la Russie et la Biélorussie ont acté la disparition de l’Union soviétique avec les accords de Minsk », rappelle Sabit Childebaï.

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Finalement, le 10 décembre 1991, lors du Conseil suprême de la République socialiste soviétique kazakhe, la décision a été prise de renommer la République socialiste soviétique kazakhe en République du Kazakhstan. « Je considère qu’il s’agissait d’une décision hâtive. Mais les événements de ces jours-là ont imposé une telle décision », estime l’universitaire kazakh.

Se débarasser du stan

Les deux historiens s’accordent sur le fait qu’il est désormais temps de rendre au pays son ancienne désignation. « Kazakhstan et République kazakhe, c’est à peu près la même chose. Stan, dans la traduction perse, signifie pays. Et c’est pourquoi le Kazakhstan est le pays des Kazakhs. Je ne pense pas que cela offense qui que ce soit. Il ne faut pas y voir du nationalisme. C’est simplement la restitution au pays de sa désignation antérieure », juge Mambet Koïgueldiev.

Emblème Kazakhstan

Sabit Childebaï pense lui aussi qu’il est temps de se débarrasser du mot perse stan dans la désignation du pays. « Dans la désignation de notre pays il ne devrait pas y avoir le terme perse stan. Les mots devraient être compréhensibles dans notre langue, c’est pourquoi le pays devrait s’appeler République kazakhe », justifie l’historien. Il est par ailleurs certain que la désignation de République kazakhe ne porte pas atteinte aux droits des autres ethnies qui habitent  actuellement au Kazakhstan. « Par exemple, en France, tout le monde est français, quoiqu’un grand nombre de représentants d’autres nationalités y vit. Mais ce n’est pas un problème là-bas », soutient Sabit Childebaï.

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Il fait également remarquer que le mot kazakh a toujours été présent dans la désignation du territoire. « Depuis la création du khanat kazakh le mot kazakh a toujours été à la base de la désignation des structures étatiques qui s’y sont succédées. L’an prochain aura lieu le centenaire de la formation de la République kazakhe (ou République socialiste soviétique autonome kirghize telle qu’on l’appelait en 1920). Et il serait bon que nous revenions d’ici-là à l’appellation première de la République. C’est le rêve de la nation », conclut-il.

Mambet Koïgueldiev confirme : « Notre État occupe la terre kazakhe, le peuple kazakh en est le fondateur. C’est pourquoi il est tout à fait logique que notre terre porte le nom de République kazakhe. »

Indira Myrzabaïeva
Journaliste pour Tengrinews

Traduit du russe par François Robic

Édité par Jérémy Lonjon
Correspondant de Novastan à Almaty

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Tengrinews – Tourar Kazanganov
Les leaders de l’Alash-Orda au début du XXème siècle
Tengrinews – e-history.kz
Les frontières dans l’Asie centrale soviétique des années 1920
Tengrinezs – ru.wikipedia.org
L’emblème national du Kazakhstan
Tengrinews – Tourar Kazanganov
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