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Réélection de Poutine : quels changements pour le Kazakhstan ?

Au Kazakhstan, la réélection de Vladimir Poutine à la présidence de la Russie a suscité les réactions de nombreux experts. Entre craintes et espoirs pour le Kazakhstan et l’Asie centrale, quelles sont les conséquences du scrutin chez le « grand frère » russe ?

Novastan reprend et traduit un article initialement paru sur Radio Azattyk.

Selon la Commission électorale centrale russe, Vladimir Poutine a été réélu sans surprise à la tête de la Russie le 18 mars dernier. Dès le premier tour, le dirigeant russe a recueilli 77% des suffrages, soit plus de 55 millions de voix. La participation à l’élection s’est, elle, élevée à 67%. Des experts originaires du Kazakhstan ont partagé avec Radio Azattyk leur point de vue sur cette réélection qui n’aura été qu’une formalité.

Glorification et « restauration de l’URSS »

Les résultats de l’élection présidentielle en Russie laissent entendre que le processus de glorification de Vladimir Poutine va se poursuivre. C’est ce qu’explique l’analyste politique kazakh Aïdos Sarym. « On peut désormais dire que la Russie va suivre le modèle du Kazakhstan où le statut de « leader de la nation » est inscrit dans la loi comme un statut officiel. Et, si l’on considère l’importance du territoire russe et le chemin pris par le pays, il est même possible que les Russes aillent plus loin que les Kazakhs. »

Poutine Meeting Campagne

Selon le politologue kazakh, « si la politique menée actuellement entre le Kazakhstan et la Russie se poursuit, rien de surprenant ne devrait se produire au cours des six prochaines années. »

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« Cette élection a ceci d’intéressant que l’ensemble des candidats, à l’exception de Ksenia Sobtchak, ont plus ou moins mentionné une forme de « restauration de l’URSS » dans leurs programmes. Mais cette volonté de notre grand voisin est stupide et ne mènera à rien de bon. D’autant que nous n’avons aucune idée de ce que sera la situation économique et sociale de la Russie dans le futur », s’inquiète Aïdos Sarym.

« On peut craindre que, pour résoudre ses problèmes internes, la Russie prenne de nouvelles initiatives comme celle prise dans le Donbass, en Ukraine. Je pense qu’il va falloir être prudent. Le Kazakhstan devrait revoir sa doctrine de défense et sa politique étrangère et, ainsi, se protéger de toute velléité russe allant dans ce sens », détaille le politologue.

Une société mobilisée par la peur

Un autre politologue kazakh, Dossym Satpaïev, estime que les dernières années du règne de Vladimir Poutine ont révélé une dangereuse tendance.

« Vladimir Poutine a construit son régime sur un dangereux mélange entre idéologie soviétique et idéologie tsariste, entre une forme d’isolement économique et une politique extérieure à visée expansionniste. Au regard des événements des dernières années, en particulier si l’on s’intéresse à la situation en Ukraine et à ses conséquences, il est possible d’affirmer que Vladimir Poutine a créé au sein de la société russe un sentiment commun de mobilisation et d’appartenance basé sur la recherche permanente d’ennemis de l’intérieur et de l’extérieur », décrit l’analyste politique.

« Cela s’explique par le fait que, lorsque les progrès économiques et sociaux ne sont pas au rendez-vous, une société peut restée soudée et mobilisée par la peur. En Russie s’est propagée l’idée que le pays est entouré de nombreux ennemis qui ne cherchent qu’à le détruire », explique Dossym Satpaïev.

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Pour lui, « Vladimir Poutine va continuer sa politique de confrontation avec l’Occident. En représailles, l’Occident va mettre en place de nouvelles sanctions contre le régime russe. Naturellement, cela aura un impact négatif sur le Kazakhstan. Nous souffrons déjà de ces tensions depuis la crise en Ukraine. Le Kazakhstan a déjà subi d’importantes pertes sur le plan économique. Et la Russie nous a par ailleurs accusés de réexporter des produits européens et occidentaux vers la Russie. »

Poutine Investiture Président Russie

« Du fait de la psychose patriotique qui a cours en Russie, nous voyons que les élites politiques à Moscou nous perçoivent comme des satellites plutôt que comme des partenaires », renchérit l’expert kazakh. « C’est la même chose qu’il s’agisse du Kazakhstan, de la Biélorussie, du Kirghizstan et de l’Arménie. Cela se voit notamment lorsque les médias russes, les experts et les cercles politiques de notre voisin s’indignent de certaines décisions prises au Kazakhstan lorsque celles-ci visent à défendre les intérêts nationaux kazakhs », explique le politologue.

Dossym Satpaïev cite à titre d’exemple « le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, [qui] a notamment dénoncé la future transition vers l’alphabet latin au Kazakhstan et l’instauration d’un régime sans visa à destination des ressortissants des États-Unis. »

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Poursuivre l’intégration eurasiatique

La directrice générale de la Fondation centrasiatique pour le Développement de la Démocratie basée à Almaty, Tolganaï Oumbetalieva, estime que la réélection de Vladimir Poutine en Russie va permettre de poursuivre le développement de la coopération au sein de l’Union économique eurasiatique (UEE). Pour elle, le Kazakhstan constituera un point-clé dans le développement de cette structure.

« En raison des tensions avec l’Occident, la Russie ne s’est pas véritablement intéressée à l’UEE. Mais peut-être que cela va évoluer et que la Russie va s’y intéresser davantage. Je pense que Moscou va sérieusement se pencher sur ce qui se passe en Asie centrale, sur les rapprochements qui se dessinent entre les pays de la région. Bien sûr, il est difficile de savoir où tout cela mènera après une seule réunion à Astana. Mais il est certain que la Russie ne va pas rester inactive face à cette évolution », prédit Tolganaï Oumbetalieva.

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Désormais âgé de 65 ans, Vladimir Poutine dirige la Russie depuis 2000, en tant que président pendant treize ans et en tant que Premier ministre pendant quatre ans. Le nouveau mandat du leader russe s’achèvera en 2024. Selon la Constitution de la Fédération de Russie, le président ne peut être élu pour trois mandats consécutifs. Mais la Constitution russe a déjà été modifiée à plusieurs reprises au cours du règne de Vladimir Poutine.

Manchouk Assaoutaï

Traduit du russe par Jérémy Lonjon
Rédacteur en chef de Novastan

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