Stepnogorsk – Zaoziorny, villes « mono-industrielles » de l’URSS au Kazakhstan

Stepnogorsk et Zaoziorny, deux villes kazkah créées sous l’URSS et dont le nom a été oublié. Et pour cause : utilisées pour le traitement de l’uranium, elles n’existaient pas officiellement. 

Ces deux villes ont été fondées par l’URSS en 1964 dans un but militaire. Alors que Stepnogorsk était marquée sur les cartes sous différents noms – « Makinut-2, Tselinograd-25, ou Aksu » ; Zaoziorny, elle, n’apparaissait pas du tout sur les cartes et on s’y référait dans les documents soviétiques comme « le village du troisième parti ». A Stepnogorsk vivaient environ 60 000 personnes tandis que Zaoziorny en comptait environ 10 000, au beau milieu de l’immense steppe kazakhe, avec pour seul but de servir le système militaire soviétique

Tant Stepnnogorsk que Zaoziorny partagent une histoire en microcosme de la trajectoire moderne du Kazakhstan, entre lourd héritage de l’Union Soviétique et essor économique actuel.


Le Kazakhstan, qui compte tous les éléments du tableau de Mendeleïev, a été organisé et utilisé comme un vaste champ de matières premières par l’URSS. Concrètement, l’Union Soviétique a créé des villes de toutes pièces là où il y avait des ressources exploitables, souvent au milieu de rien. Aujourd’hui ce sont des villes « mono-industrielles » selon le gouvernement kazakh − elles sont une vingtaine sur le territoire. A la chute de l’URSS et avec des industries peu rentables, ces villes ont périclité. Lorsque toutefois elles parvenaient à dégager un bénéfice, les privatisations menées à la va-vite par le gouvernement kazakh dans les années 1990 ont été des désastres pour la plupart, accumulant dettes et salaires impayés. Certaines ont été quasiment rayées de la carte, d’autres ont réussi à s’en sortir, notamment grâce aux prix élevés des matières premières depuis les années 2000.

Ensemble des villes mono-industrielles du Kazakhstan.
Ensemble des villes mono-industrielles du Kazakhstan. 

Deux villes illustrent l’histoire du développement de l’économie kazakh de ses fondations soviétiques jusqu’à la transition, ses désastres et ses réussites. Deux villes faisant partie d’un système uni sous l’URSS, mais qui ont suivi des chemins opposés aujourd’hui : Stepnogorsk et Zaoziorny, au Nord du Kazakhstan, dans l’oblast de Akmola (le même que celui de la capitale, Astana).

Stepnogorsk et Zaoziorny étaient des villes secrètes sous l’URSS et n’apparaissaient pas sur les cartes, ou avec des faux noms. Elles étaient directement rattachées à Moscou, et plus particulièrement au département militaire, pour la simple raison qu’elles étaient construites autour d’une usine de traitement d’uranium, lui-même extrait à Zaoziorny. Le plus étrange est que si ces deux villes étaient liées de fait dans leurs activités (extraction – traitement de l’uranium), qui étaient leur raison d’être, aucune route ne les relie directement (il faut faire un détour de plus de 150 km… !).  Une seule ligne de chemin de fer, directe, assurait une communication, avec pour but de transporter l’uranium.

Ces deux villes ont été fondées par l’URSS en 1964 dans un but militaire. Alors que Stepnogorsk était marquée sur les cartes sous différents noms – « Makinut-2, Tselinograd-25, ou Aksu » ; Zaoziorny, elle, n’apparaissait pas du tout sur les cartes et on s’y référait dans les documents soviétiques comme « le village du troisième parti ». A Stepnogorsk vivaient environ 60 000 personnes tandis que Zaoziorny en comptait environ 10 000, au beau milieu de l’immense steppe kazakhe, avec pour seul but de servir le système militaire soviétique.

L’entrée de Stepnogorsk depuis le petit aéroport.
L’entrée de Stepnogorsk depuis le petit aéroport. Crédit : Anatole Douaud

Aujourd’hui, Zaoziorny est une ruine, perdue au milieu de la steppe. Les habitant l’ont désertée et la ville est totalement délabrée, méconnaissable pour ceux qui l’on connue avant 1991. L’extraction d’uranium s’est arrêtée, n’étant plus rentable. Récemment le gouvernement kazakh y a fait construire une usine de ciment, mais trop de temps s’était écoulé depuis l’émigration massive de ses habitants. Zaoziorny est une ville fantôme, que les gens ne connaissent pas, et dont les routes pour s’y rendre sont devenues presque impraticables.

Stepnogorsk, elle, a été sauvée par son usine de traitement d’uranium, la société KazAtomProm ayant repris le flambeau pour des fins non militaires cette fois-ci. La taille de Stepnogorsk a permis l’implantation de nouvelles industries telles qu’une fabrique de tuyaux extrêmement utile dans le pays des pipelines, de la production centralisée d’eau chaude, et d’autres gazoducs. Une modernisation de l’agriculture a également été mise en œuvre, la ville étant entourée d’immenses plaines fertiles produisant principalement du blé. Cependant, Stepnogorsk possède un centre de recherche sur les armes biologiques, héritage sombre du complexe militaro-industriel soviétique. C’est à Stepnogorsk qu’à été constitué et produit l’anthrax soviétique ainsi que d’autres armes, testées dans ce centre. Aujourd’hui, il est financé par les Américains afin de le transformer en centre de recherche civil. Stepnogorsk est de nos jours une ville plutôt dynamique, où le niveau d’emploi est très bon, la ville rénovée, les routes entretenues − mais reste loin de tout, au milieu du vide de la steppe et garde les cicatrices de l’effondrement de l’URSS (immeubles vides, décharge à ciel ouvert autour de la ville et vieilles usines presque abandonnées.

Stepnogorsk et Zaoziorny montrent ce système soviétique de conquête, de combat et de maîtrise de la nature. Construites au milieu de rien pour exploiter les ressources de la terre, pour faire avancer la société. En résumé, des « pionniers », pour reprendre un terme soviétique. Mais c’est aussi la folie d’un système, dominé par les militaires et leurs secrets, tout pour construire plus d’armes atomiques et d’autres dangereuses armes de folies, l’obsession du secret et du pouvoir.

Aujourd’hui ce système est désuet, mais les cicatrices sont lourdes à porter. A Zaoziorny et Stepnogorsk, la pollution est forte, les dangers de fuites, d’explosions de ces matériaux risqués sont réels (voir le très intéressant livre de STEVENSON Struan Staline’s legacy : The soviet War on Nature ) − et le délabrement de Zaoziorny montre puissamment l’échec de ce système qui fut pourtant incroyable de force et d’inertie pour tout ce territoire.

la rédaction

Pour nos lecteurs russophones, nous vous encourageons à visionner les trois vidéos ci-dessous, tout juste apparues sur internet et décrivant avec des images de fabrication soviétiques Stepnogorsk et Zaoziorsny. La traduction française est en cours.  

http://www.youtube.com/watch?v=WrcGqvwaez8&feature=relmfu

http://www.youtube.com/watch?v=P6E-d_z-WMI&feature=relmfu

http://www.youtube.com/watch?v=FMvgBrB9AUs&feature=relmfu

Sources :

http://www.kazatomprom.kz/fr/pages/combinat_de_mine_et_chimique_de_stepnogorsk

http://stepnogorsk.org/

http://www.globalsecurity.org/wmd/world/russia/stepnogorsk.htm

http://www.stepportal.ru/view_history.php?id=10

STEVENSON Struan, Staline’s legacy : The soviet War on Nature, Birlinn Ltd, 2012.

 

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