frontiere

Sur la frontière du plus grand pays enclavé au monde

Quelles frontières ériger entre les peuples lorsque la nature elle même ne semble pas vouloir les séparer? Frontière et de territoriatlié sont au fondement de l'établissement du pouvoir politique mis en défi par les acteurs transnationaux. L'analyse des frontières du Kazakhstan, détenteur d'un nombre record de frontières terrestres, reflète une politique extérieur centrée sur la maitrise des enjeux de l'Asie Centrale.

Cet article a été préablement publié sur edge.kz. Nous le publions avec l'accord de l'auteur
edge

Les questions de sécurité frontalières sont un enjeu de taille au Kazaksthan, neuvième pays le plus étendu au monde et entièrement dépourvu d’accès à la mer. Ses frontières terrestres avec la Russie, la Chine, le Turkménistan l’Ouzékistan et le Kirghizstan atteignent 12,012 kilomètres qui, depuis l’accès à l’indépendance, sont au cœur de bien des enjeux.

frontiere avec Kirghizstan
La frontière avec le Kirghizstan

Le ministre de la défense Adilbek Dzhaksybekov a affirmé que « vingt années ont été passées à développer une armée à même de préserver en toutes circonstances la sécurité du pays. »

La population du Kazakhstan est de 16 millions d’habitants, nombre insuffisant pour espérer que la seule conscription fournisse un contingent suffisant à la garde scrupuleuse de ses frontières. Sur cette base, la stratégie diplomatique multi-vectorielle du Président Nursultan Nazarbayev s’est appuyée sur l’ouverture des frontières au commerce et investissements tout en maintenant des relations de bon voisinage avec le reste du monde. Cette politique a permis un véritable développement du Kazakhstan tout en limitant les menaces extérieures. Ses forces de sécurités travaillent en collaboration avec ceux des pays voisins afin de combattre le terrorisme internationale, l’extrémisme religieux, le séparatisme et le trafic de drogue en Asie Centrale.

helicopter

Le PIB par habitant a été multiplié par 10 en l’espace de vingt ans depuis l’indépendance. Le Kazakhstan a développé une société stable et ouverte, ouverte à la science et la technologie de l’Ouest tout en étendant son emprise culturelle et spirituelle sur l’Asie Centrale, la Russie et les autres ex Républiques Soviétiques. Cette ouverture a contribué à résoudre la question de sécurité frontalière. L’extrémisme religieux n’est pas un enjeu national, le Kazakhstan n’a pas subi de tensions ethniques similaires à celles qui ont frappé ces voisins. Lorsque des terroristes ont infiltré le pays pour y monter des cellules d’action clandestines leurs efforts ont été vains. Malgré ces succès, les dirigeants kazakhs n’ont pas le droit de se montrer complaisant, comme l’a déclaré Thomas Sanderson, co-director of the Transnational Threats Assessment Program at the Center for Security and International Studies, un think tank influent de Washington, à EdgeKz magazine «  ils savent que c’est un défi et doivent rester attentifs au bon développement de leurs outils de défense ».

defence
Les forces de sécurités kazakhs en exercice près de la frontière.

Chaque frontière est spécifique :

La clef du succès de la politique sécuritaire relève de la compréhension spécifique des enjeux différents de chaque frontière. Ces frontières se différencient par les peuples qu’elles séparent comme par leurs géographies : chacune représente des enjeux différents et doit donc être traitée de manière individuelle.

La frontière russe est colossale : 6846km. C’est plus de la moitié des frontières kazakhes. Cependant, la Russie, le Kazakhstan et la Biélorussie viennent d’achever leur union douanière pour former un espace économique uni, ce qui a éliminé le défi de la contrebande.

Bien que les relations avec la Chine soient excellentes, la contrebande y est un problème vivace. De nouvelles infrastructures de transport ont exacerbé les échanges légaux entre les deux pays tout comme les fraudes cherchant des débouchés aux produits chinois dans le marché centre asiatique.

frontiere
Une vue sur la montagne du grand Bogdo, à la frontière entre le Kazakhstan et la Russie. 

La frontière kirghize présente des enjeux différents. Les relations entre les deux pays sont excellentes et de nombreux migrants kirghizes travaillent au Kazakhstan, y prospèrent et envoyent de l’argent à leur famille. Les deux pays soutiennent ce trafic qui amène des capitaux au Kirghizistan et soutient sa transition économique : cette frontière est principalement celle de l’espoir et de l’optimisme comme en attestent les ambitieux projets de partenariat sur des centrales hydroélectriques. Cependant, les émeutes d’Och et de Jalalabad (KGZ) ont éveillé l’attention des Kazakh sur les risques d’une expansion de l’extrémisme au Kazahkstan.

La frontière turkmène est sévèrement gardée par les turkmènes et de bonnes relations font le reste. Bien que les relations avec l’Ouzbékistan soient moins familières, les deux pays sont très concernés par la prévention de l’islamisme radical, mouvement qui tenta de déstabiliser l’Ouzbékistan. C’est pourquoi Astana et Tachkent travaillent ensemble à la régulation efficace de cette frontière commune longue de 2200 km.

Avec chacun de ses voisins, le Kazakhstan affirme sa politique de coopération constructive comme le meilleur rempart à l’insécurité.

La coopération régionale dans le contrôle des frontières :

Le Kazakhstan a construit sa sécurité comme un objectif régional. Avec la Russie, le Kazakhstan fait partie du CSTO, et avec la Chine la Russie et trois voisins centre-asiatiques du traité de Shangai (SCO). A ce titre, le Kazakhstan participe à des exercices militaires annuels conjoints, prévoyant un entrainement contre le terrorisme international et le trafic de drogue. Le ministre de la Défense Kazakh Adilbek Dzhaksybekov a affirmé que « le Kazakhstan travaille avec le CSTO afin d’améliorer les interactions entre les armées afin de promouvoir une sécurité collective, ce qui inclue différents moyens d’action comme par exemple l’amélioration de la défense aérienne du CSTO »

Les Kazakhs reconnaissant que la coopération internationale est clef dans leur volonté de maintenir la sécurité en Asie Centrale. Il n’est pas étonnant que le Kazakhstan ait tenu de nombreux forums de coopération régionale, et que de nombreuses organisations régionales aient leur siège au Kazakhstan. Par exemple, la conférence sur l’Interaction et les mesures de mise en confiance en Asie (CICA) s’est tenue à Almaty. Cela inclue la maintenance d’un secrétariat très spécialisé sur les enjeux de sécurité et la coopération transfrontalière. De même, le centre régional d’information et de coordination centre asiatique (CARICC) est aussi localisé à Almaty, la plus grande ville du Kazakhstan.

L’Asie centrale est située à la confluence des routes de l’opium et de l’héroïne, massivement produits en Afghanistan, et exportés vers l’Europe et la Russie. Les Etats centre asiatiques sont donc de fait sur le front de la lutte contre la criminalité internationale. Le gouvernement kazakh soutient fortement tous les efforts d’organisations contre les trafics, car ces enjeux dépassent de loin les compétences d’un unique Etat.

L’organisation CARICC, fondée le 22 Mars 2009 a reçu le soutient de l’ONU et contribue au rapprochement des politiques de sécurité des gouvernements d’Azerbaïdjan, du Kazakhstan, de Russie, du Tadjikistan du Turkménistan et d’Ouzbékistan. L’organisation a un objectif global et travaille en collaboration avec Interpol comme avec le SELEC qui y ont un statut d’observateur. L’organisation favorise les mécanismes de coopération militaire et policière afin de mener des opérations conjointes, de rassembler des données et des informations sur les évolutions du combat contre le trafic de drogue.

La mission du CARICC souligne particulièrement que la sécurité frontalière du Kazakhstan relève d’une vision sécuritaire globale, principalement contre le criminalise internationale et le terrorisme tant en Asie Centrale que dans le monde.

Ecrit par Colin Berlyne
Journaliste pour Edge.Kz

Traduit par Gaspard Durieux

Partager avec
Aucun commentaire

Ecrire un commentaire

Captcha *