Temirataou ArcelorMittal

« Toutes les routes mènent au combinat » : à la rencontre des fondeurs de Temirtaou

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La ville de Temirtaou, au Kazakhstan, abrite une gigantesque usine du leader mondial de la sidérurgie, ArcelorMittal. Les journaliste Renat Tachkinbaïev et Tourar Kazangapov du site Tengrinews.kz sont allés à la rencontre de ses employés. Novastan reprend et traduit leur reportage

Le haut fourneau du combinat métallurgique de Temirtaou, ayant autrefois employé le président kazakh Noursoultan Nazarbaïev, est aujourd’hui en reconstruction.

En dépit de l’amélioration des conditions de travail, la profession de fondeur est l’une des plus difficiles sur le terrain. Il faut être doué d’un fort caractère, avoir la maîtrise de soi pour faire face aux fortes températures et à un travail qui met à l’épreuve les limites de l’humain. Ainsi, personne n’est ici par hasard. Et si vous rencontrez quelque malheureux, il ne fera pas long feu.

Usine ArcelorMittal

L’usine ArcelorMittal de Temirtaou

Premières impressions

Nous commençons notre visite de Temirtaou par l’usine ArcelorMittal, qui est en quelque sorte une ville à elle toute seule.

Si vous venez pour la première fois à Temirtaou, il vous sera très facile de trouver la route menant au combinat métallurgique. Les locaux s’en amusent d’ailleurs de cette façon : toutes les routes mènent au combinat. En réalité, pour atteindre l’usine ArcelorMittal, il y a beaucoup plus simple : il suffit de se diriger vers la fumée.

Temirtaou métallurgie

A l’heure actuelle, près de 13 000 personnes y travaillent. A son apogée, il a employé 40 000 travailleurs mais ce temps-là est révolu depuis bien longtemps.

Afin de se déplacer à travers le territoire de l’usine, le meilleur moyen de locomotion reste la voiture.

La première chose qui frappe est l’odeur qui se dégage des installations. Ceux qui travaillent ici depuis longtemps en règle générale, s’y sont tant habitués qu’ils ne la notent même plus. Les nouveaux venus s’étonnent du son perçant que l’on peut entendre de temps à autres et qui s’accompagne d’un nuage de fumée.

temirtaou metallurgie

Répercussions écologiques

La question de l’écologie est toujours sujette à débat, entre les habitants qui se plaignent de la détérioration de l’air à laquelle ils imputent une hausse des maladies oncologiques et la direction de l’usine qui assure que depuis quelques années déjà la pollution est en baisse significative.

D’après les employés, l’entreprise investit désormais énormément dans les projets écologiques :
« Nous accordons une attention particulière aux questions de sécurité environnementale. Nous avons conscience que nous impactons de façon conséquente la nature en ville. La production de métal s’accompagne de rejets toxiques, de hausses de température, de procédés chimiques qui, évidemment, détériorent notre environnement. Cependant, en accord avec le Ministère de l’énergie, nous planifions et remplissons tous les ans des objectifs écologiques. On veille en permanence à la réalisation de ces mesures. Le but fixé est de réduire au maximum la dangerosité de notre action sur l’environnement », raconte Galina Drozdova, responsable de l’écologie au sein de la compagnie.

Lire aussi sur Novastan : Mobilisation pour l’environnement à Almaty 

Au même moment, les employés confessent que le combinat marche à un minerai de qualité médiocre contenant peu de fer et beaucoup d’additifs nocifs. « Cela se répercute aussi sur notre politique écologique. Bien que la comparaison entre la situation actuelle et celle de 1995 dressée par nos experts prouve que les émissions ont été largement diminuées », conclut un travailleur.

Employé ArcelorMittal

Alexeï Kouzmine, responsable du développement vient confirmer les efforts de la direction actuelle. Il travaille là depuis 7 ans. Il a d’abord été fondeur puis a gravi les échelons jusqu’au poste de responsable. « La compagnie met à point d’honneur à être plus respectueuse de l’environnement, explique-t-il. Pour cela, elle munit le four de nouveaux filtres qui permettent d’épurer le gaz et la poussière. En fait, on s’est mis à l’écologie ; cela n’existait pas avant ».

Un métier difficile

Des affiches sur l’histoire du combinat sont accrochées au mur. Noursoultan Nazarbaïev occupe une place centrale.

Affiche métallurgie Temirtaou

Affiche sur l’histoire du combinat

D’ailleurs, les ouvriers spécialisés constatent que les temps ont bien changé depuis que le président ne travaille plus chez eux. Le procédé de fonte s’est automatisé et la fonte de moulage s’est modernisée. Les machines font aujourd’hui ce que les métallurgistes réalisaient auparavant à la main.

Néanmoins, la profession de fondeur est encore et toujours l’une des spécialités les plus difficiles. « Quand j’ai été pris, beaucoup m’ont demandé ce que j’allais faire là-bas. C’est un travail très difficile et ils pensaient que je ne tiendrais pas le coup. Beaucoup ne résistent pas et partent. J’étais en partie d’accord avec eux ; je voyais souvent des gens qui étaient venus travailler comme fondeur et qui, au bout d’un mois à six mois partaient », se rappelle Alexeï. « Travailler comme fondeur exige en tout premier lieu d’avoir du caractère, dans le bon sens du terme. Le fondeur doit être quelqu’un de déterminé parce qu’il arrive que, fréquemment, il soit à 150% de ses capacités », continue-t-il.

Un de ceux à qui ce dur labeur n’a jamais fait peur est le fondeur Alexandre Davydov.

Employé ArcelorMittal

En s’approchant du four brûlant, en travaillant là où les températures atteignent les 1500 degrés, aussi étrange que cela puisse paraître, il éprouve un certain plaisir à admirer le processus de fusion.
« Ce travail me plaît. Il peut être dur mais aussi agréable. Il est bon à la fois pour l’esprit et pour le moral. Inutile d’aller à la salle de sport, ici c’est suffisant », murmure-t-il.  « J’aime voir fondre le métal, on ressent quelque chose d’inexprimable : c’est beau, des étincelles voltigent, c’est agréable à observer ».  Le plus dur au travail, insiste Alexandre, est de passer l’été au haut fourneau.

« Il arrive que des travailleurs craquent.  Les plus touchés sont ceux qui ne supportent pas la chaleur. Ici, il y a déjà eu des évanouissements et c’est pourquoi certains ne tiennent pas le coup et partent. Ça relève du labeur. Mais nous avons des cabines de douche, sans quoi, il nous serait impossible de travailler. Si l’on sent que notre organisme surchauffe, c’est le début de la fin », explique Davydov. « Dans l’ancien fourneau tout était ouvert. Maintenant, dans le nouveau, tout est fermé. C’est quand même mieux, plus confortable et il est plus facile de travailler. Avant, c’était infernal », remarque-t-il. D’autres métallurgistes, des habitués des lieux, acquiescent.

Métallurgie Temirtaou

Des conditions qui s’améliorent

Sman Datkabaïev travaille au combinat depuis 20 ans. A la question de savoir s’il a déjà songé à changer de métier, il répond : « Et où aller ? Où autre qu’à Temirtaou offre-t-on un tel salaire ? Ailleurs, on ne gagne pas plus de 40 à 50 000 tenges (118-147€). Il faut nourrir la famille. Dieu merci, je suis venu à l’usine, j’ai eu mes enfants et ai cessé d’étudier. Mon fils, mon beau-fils et moi travaillons ensemble. Le service de presse d’ArcelorMittal Temirtaou soutient que les salaires égalent 190 000 tenges (560€).

« Travailler comme fondeur n’est pas une tâche facile. Quoique l’on s’approche de plus en plus des standards européens, les conditions de travail restent dures. Avant, tout  était généralement très compliqué. A l’heure actuelle, tout est beaucoup plus facile », poursuit Sman. Il ajoute qu’auparavant, la moitié des installations était à l’air libre, tandis qu’aujourd’hui, elles sont recouvertes par un toit en béton.

Lire aussi sur Novastan : Un projet qui n’en finit pas : le gisement pétrolier de Kachagan

Au combinat, l’on commence à embaucher des jeunes. Le fondeur Naouryzkhan Zetov a suivi une formation à ses frais puis a été recruté.  « Le travail peut être qualifié de dangereux et de nocif. Mais je suis attiré par le métal. On prend tout au sérieux et tout le monde est sérieux. Je me suis fixé pour objectif de travailler ici et d’ici quelques années, je me vois grand fondeur ou bien maître », révèle-t-il.

Paramjit Kahlon

Paramjit Kahlon

L’an dernier, l’Indien Paramjit Kahlon est devenu Directeur général d’ArcelorMittal Temirtaou. Il est également à la tête d’une usine en Ukraine. Certains de ses employés au combinat le décrivent ainsi : « Ce n’est pas comme s’il était un homme sans histoire ».

« Il appelle son ordre social les Kshatriyas. Mais si je comprends bien la logique des castes, la catégorie sociale la plus élevée est celle des prêtres, des Brâhmanes. Du reste, être un guerrier est aussi gratifiant. Il a renouvelé la logique managériale et c’est bien. Je pense qu’il a le mérite d’avoir entamé un processus de recrutement du personnel. Si par le passé, le quota de places disponibles était faible, on commence à ressentir à présent un manque d’ouvriers qualifiés », raconte un employé.

On dit que la modestie, la véracité, l’endurance et le courage sont des qualités communes aux vrais Kshatriyas. Après avoir discuté avec les métallurgistes, nous nous sommes rendus compte que beaucoup d’entre eux possédaient ces qualités. Dans ce sens, ce sont eux aussi, en quelque sorte, des Kshatriyas.

Renat Tachkinbaïev et Tourar Kazangapov

Traduit du russe par Carole Duplaine pour Novastan

Des employés de l’usine ArcelorMittal de Temirtaou.Tengrinews
L’usine ArcelorMittal de TemirtaouTengrinews.kz
Affiche sur l’histoire du combinattengrinews.kz
Paramjit KahlonTengrinews
Commentaires
  • Я всегда знал что капитализм самая лучше система за советского славы. Да здравствует Путин, новый цар всех советских Республик !!!!

    18 mars 2017
  • Поздравления для статьи и для перевода

    19 mars 2017

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