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Un défenseur des Kazakhs emprisonnés dans la région ouïghoure arrêté au Kazakhstan

Serikjan Bilach, à la tête d’une organisation de défense des Kazakhs de la région autonome ouïghoure du Xinjiang, a été arrêté le 10 mars puis assigné à résidence au Kazakhstan. Son arrestation inquiète, dans un climat politique tendu entre la Chine et le Kazakhstan au sujet des Kazakhs emprisonnés dans la région ouïghoure.

C’est une arrestation qui en dit long sur l’état des relations entre le Kazakhstan et la Chine. Serikjan Bilach (Serikzhan Bilash), porte-voix de la communauté kazakhe du Xinjiang au Kazakhstan, a été arrêté le 10 mars dernier à son domicile à Almaty avant d’être transféré par avion à la capitale Astana.

Il a ensuite été assigné à résidence pour une durée de deux mois, limitant considérablement ses contacts avec le monde extérieur en l’attente d’un procès.

Défense des Kazakhs dans les « camps de rééducation » chinois

A la tête de l’organisation « Atajurt Eriktileri », Serikjan Bilach est la principale voix au Kazakhstan portant sur la scène publique le sort des Kazakhs emprisonnés dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang, en Chine. Dans cette région peuplée majoritairement de Ouïghours musulmans et turcophones, plus d’un million de personnes ont été incarcérés dans des « camps de rééducation ». Sur fond de lutte contre la radicalisation et le terrorisme, la Chine exerce un fort contrôle sécuritaire sur les minorités turcophone de la région, dont la minorité kazakhe.

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Au Kazakhstan, de nombreuses familles se retrouvent ainsi sans nouvelles de leurs proches résidant dans la région ouïghoure. L’organisation Atajurt Eriktileri recueille des centaines de témoignages d’individus concernés et sert de porte-voix à cette communauté, explique Eurasianet. Au Kirghizstan voisin, l’inquiétude est également grande concernant les Kirghiz ethniques enfermés dans les camps chinois.

Pressions durant la détention

Durant son arrestation, Serikjan Bilach a affirmé à Radio Free Europe qu’il avait été forcé de signer une série de documents, dont certains vierges. Il aurait été forcé de s’engager à cesser ses activités à l’encontre de la Chine, et a dû signer un document l’obligeant à utiliser un avocat commis d’office plutôt que son avocat personnel lors du procès.

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Assigné à résidence à Astana alors que sa famille habite à Almaty, ses contacts avec le monde extérieur resteront limités et surveillés pendant deux mois. Dans les jours qui ont suivi, Atajurt Eriktileri a publié sur sa chaîne YouTube des dizaines de témoignages de Kazakhs appelant à la libération de Serikjan Bilach.

Un sujet sensible pour le gouvernement kazakh

Officiellement, Serikjan Bilach a été arrêté pour motif « d’incitation à la haine ». Comme le rapporte le média kazakh Tengrinews, les autorités lui reprochent d’avoir appelé ses collaborateurs à mener un « djihad » à l’encontre de la Chine et du Kazakhstan. Ses collaborateurs affirment cependant qu’il avait en réalité incité à mener un « djihad de l’information » afin de dépasser la censure sur le sujet dans les deux pays, relève le New York Times.

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Dans un contexte national de montée du sentiment anti-chinois, toute activité pouvant potentiellement endommager les relations avec la Chine est surveillée de près par le gouvernement du Kazakhstan. Comme l’explique Eurasianet, les dirigeants kazakhs se montrent prudents quant à leur position sur le sujet des Kazakhs chinois emprisonnés en Chine afin de ménager un de leur principal partenaire commercial.

Soutien à l’opposition

Il est aussi reproché à Serikjan Bilach d’avoir participé à des rassemblements politiques organisés par l’opposant politique Moukhtar Abliazov, leader du Choix Démocratique du Kazakhstan (DVK), exilé en France. Ce mouvement a été déclaré extrémiste et illégal par la justice kazakhe en 2018. Serikjan Bilach déclare avoir été forcé d’appeler ses sympathisants à ne pas participer à des événements organisés par le DVK.

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L’arrestation de Serikjan Bilach porte un coup sévère à la plus importante organisation de défense des Kazakhs ethniques enfermé dans la région ouïghoure. Atajurt Eriktileri a été essentielle dans la prise de conscience, au Kazakhstan comme dans le monde, du sort au Xinjiang des Kazakhs nés en Chine, mais aussi des minorités religieuses de la région en général.

Antoine Lacome
Rédacteur pour Novastan à Bichkek (Kirghizstan)

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Serikjan Bilach, leader de l’organisation Atajurt Eriktileri, a été arrêté par les autorités kazakhes le 10 mars dernier.
RFE/RL
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