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Un tribunal kazakh se prononce contre l’expulsion d’une Chinoise d’origine kazakhe

Menacée d’expulsion vers la Chine, Sayragul Sauytbay pourra finalement rester au Kazakhstan. Le tribunal de Jarkent a condamné la Chinoise d’origine kazakhe à 6 mois de prison avec sursis, après un procès extrêmement médiatique.

Le procès de Sayragul Sauytbay a connu une issue inattendue. Comme le rapporte la radio Azattyk, la branche kazakhe de Radio Free Europe, le tribunal de Jarkent a condamné le 1er août dernier la chinoise d’origine kazakhe à 6 mois de prison avec sursis. Une peine particulièrement légère pour la jeune femme, qui avait fui la Chine et était jugée pour avoir être entrée illégalement au Kazakhstan le 22 mai dernier.

Sayragul Sauytbay risquait l’expulsion vers la Chine. Les autorités de Pékin réclamaient notamment la jeune femme après qu’elle ait donné un témoignage glaçant des conditions de vie des Kazakhs dans les camps de rééducation chinois du Xinjiang, dans le nord-ouest de la Chine. Selon elle, une mort certaine l’attendait, notamment pour avoir révélé des informations sur ces camps.

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Comme l’a rappelé Eurasianet, Sayragul Sauytbay encourrait 1 an de prison et 7 000 dollars d’amende. Avec six mois de prison avec sursis, la cour kazakhe a fait preuve d’une clémence inhabituelle, dans une affaire particulièrement médiatique.

Pas de circonstances aggravantes

Le procès de Sayragul Sauytbay portait sur son entrée suspectée illégale sur le territoire du Kazakhstan et la falsification des papiers qui lui ont servi à traverser la frontière sino-kazakhe. Lorsqu’elle a été arrêtée avec ses faux papiers, Sayragul Sauytbay rejoignait son mari et ses enfants qui avaient déménagé au Kazakhstan en 2016 et obtenu la citoyenneté kazakhe, grâce au programme national de réimplantation des kazakhs ethniques au Kazakhstan. La condamnée avait quant à elle conservé sa citoyenneté chinoise et son adhésion au Parti Communiste.

Finalement, le tribunal de Jarkent, en rendant son verdict, a libéré Sayragul Sauytbay. En l’absence de circonstances aggravantes, et considérant le fait qu’elle ait deux enfants mineurs, la cour a choisi le contrôle probatoire de la condamnée pour une période de six mois et de prendre en compte la période de détention du 23 mai au 1er août derniers.

Une répression croissante des minorités en Chine

Lors de son procès, Sayragul Sauytbay a estimé que le déménagement vers le Kazakhstan de sa famille avait fait d’elle une cible pour les autorités chinoises. Après le départ de sa famille, elle a été accusée d’avoir transmis des informations confidentielles au Kazakhstan. Dès lors, ses papiers d’identité lui avaient été retiré et elle avait été menacée de poursuites.

Sayragul Sauytbay et sa famille avaient pris la décision de fuir la Chine alors qu’une campagne croissante d’intimidation contre les Kazakhs ethniques était menée par Pékin. Cette campagne ressemble de plus en plus à la répression de longue date que vivent les Ouïghours dans l’ouest de la Chine.

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Sayragul Sauytbay a été envoyée cette année dans un camp de rééducation chinois« Officiellement, il s’agissait d’un centre d’entraînement où l’on étudie l’idéologie chinoise. Mais en réalité, il s’agissait d’une prison. », a-t-elle déclaré au tribunal le 13 juillet dernier. Selon elle, plus de 2 500 Kazakhs chinois étaient retenus dans ce centre.

Le risque de tensions diplomatiques sino-kazakhes 

Cette affaire est épineuse pour le gouvernement kazakh, qui craint des tensions diplomatiques avec son voisin chinois, partenaire commercial et investisseur majeur dans l’économie du pays centrasiatique. Privilégiant sa relation avec son géant de voisin, le Kazakhstan a fermé les yeux sur les témoignages de maltraitance en Chine sur des Kazakhs ethniques afin d’éviter tout remous politique.

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Toutefois, ces témoignages ont alimenté un fort sentiment sinophobe au Kazakhstan depuis plusieurs années. Ainsi, dans le cas de Sayragul Sauytbay, les autorités, en partie influencées par les réactions de l’opinion publique, ont jugé préférable de ne pas procéder à l’expulsion. L’organisation internationale Human Rights Watch s’était d’ailleurs saisi de l’affaire et avait appelé le Kazakhstan à ne pas extrader la jeune femme vers la Chine.

Ce jugement, particulièrement clément, pourrait constituer un précédent pour de futurs cas et protéger d’autres Kazakhs ethniques fuyant la répression en Chine. La question persiste de savoir de quelle manière, directe ou indirecte, la Chine va réagir à cette décision de justice. Que ce soit par le biais d’un communiqué officiel ou de représailles économiques ou politiques, le gouvernement chinois pourrait répondre à ce verdict et la considérer comme une marque de défi contre sa propre justice.

Tiphaine Gaudin
Rédactrice pour Novastan

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Frontière sino-kazakhe du côté chinois, près de Korgas
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