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Une cryptomonnaie pour le Kazakhstan ?

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Le 17 octobre dernier, le Kazakhstan a signé un accord avec une firme basée à Malte pour la future mise en place d’une cryptomonnaie dans le pays. Suivant ainsi l’exemple de la Russie, Astana deviendrait le deuxième pays de l’espace postsoviétique prêt à mettre en œuvre une telle innovation.

Le Kazakhstan deviendra-t-il le prochain Etat à intégrer le marché des cryptomonnaies ? C’est ce qu’a annoncé le Centre de Finance internationale d’Astana (AIFC) le 17 octobre dernier en signant un mémorandum avec la firme maltaise Exante qui devrait fournir les moyens techniques d’une telle innovation.

Une cryptomonnaie est une monnaie digitale décentralisée permettant de servir de moyen d’échange dans le cadre de transactions sécurisées en ligne. Elle est dépendante de la technologie de la blockchain. Cette dernière, qui est un grand livre de compte numérique permet d’assurer les échanges en cryptomonnaie sans aucun intermédiaire. Dans le cas du Kazakhstan, c’est par le biais de la compagnie Exante que ce système sera mis en place : la plateforme de blockchain Stasis conçue par la firme assurera l’entrée du plus grand pays d’Asie centrale sur le marché des cryptomonnaies.

La cryptomonnaie, une réalité économique du quotidien

« Les systèmes de blockchains et de cryptomonnaies sont désormais entrées dans notre réalité économique quotidienne », a déclaré Kaïrat Kelimbetov, gouverneur de l’AIFC, dans un communiqué de presse paru après la signature de l’accord avec Exante le 17 octobre dernier.

Car le Kazakhstan n’est pas le premier à se lancer dans la création de sa propre cryptomonnaie. L’Estonie a notamment lancé en août dernier sa propre cyptomonnaie appelée « estcoin ». Et, en septembre, c’est le Japon qui annoncé le lancement prochain de son propre « J-coin ».

Le Kazakhstan, futur centre de la fintech mondiale ?

Pays le plus riche d’Asie centrale, le Kazakhstan a expliqué sa volonté d’intégrer le marché des cryptomonnaies par son souhait de devenir un futur centre de la fintech mondiale. Avec un Produit intérieur brut de près de 134 milliards de dollars en 2016, Kazakhstan a lancé une grande réflexion et veut faire de l’actuelle AIFC le réceptacle des futurs échanges de crytomonnaies à travers la région et à travers le monde.

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On peut toutefois se demander si une telle initiative n’est pas un peu trop avant-gardiste dans un pays où l’usage des cartes bancaires commence seulement à se populariser et où la grande majorité des échanges, comme pour le reste de l’Asie centrale, s’effectue en espèces. Mais Astana voit dans la mise en place de sa propre cryptomonnaie un moyen de rayonner et d’être attractif pour les capitaux et les entreprises étrangères.

Une instabilité économique inquiétante

Il s’agit aussi, selon Kaïrat Kelimbetov, de stabiliser la situation monétaire au Kazakhstan qui a récemment souffert des effets de la crise économique mondiale et des sanctions prononcées à l’égard de la Russie. En 2014 et 2015, Astana a dû dévaluer sa monnaie, le tengué, à deux reprises avant d’adopter un régime de change flottant, ce qui a eu des conséquences directes sur le quotidien des habitants du pays.

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Mais tous ces facteurs d’instabilité économique ajoutés à la baisse du prix du pétrole sur les marchés mondiaux, dont le Kazakhstan dépend massivement, ne semblent pas entamer la volonté du pays de se tourner résolument vers l’avenir et de prendre des initiatives encore mal comprises comme la création de sa propre cryptomonnaie.

La reprise en main des monnaies virtuelles par les États

Avec la signature du mémorandum avec Exante, l’AIFC et les élites économiques du Kazakhstan suivent un mouvement général à l’échelle mondiale. Depuis le lancement du bitcoin en 2009, on observe que ce qui n’était au départ qu’un protocole informatique cherchant à étudier la possibilité d’employer de nouveaux systèmes d’échanges pour différentes transactions à l’échelle du monde est devenu une véritable bulle.

Avec la volonté de différents pays de créer leur propre cryptomonnaie, une explosion de cette bulle pourrait avoir lieu. Le bitcoin, monnaie virtuelle indépendante de toute banque centrale, et donc d’aucune nation, après être parti en flèche, risque d’être récupéré par les Etats qui n’ont pour l’instant aucune emprise dessus.

Là où le bitcoin permettait d’assurer un relatif anonymat pour les agents échangeant dans cette cryptomonnaie sur la blockchain, de nombreux pays comme le Kazakhstan aujourd’hui voient dans la création de leur propre cryptomonnaie la possibilité de reprendre le contrôle et d’être partie intégrante du marché des cryptomonnaies, aujourd’hui en pleine expansion.

Une partie des élites kazakhes dans le doute

Mais l’enthousiasme de l’AIFC et de plusieurs associations kazakhes établies dans le domaine financier quant à la création d’un futur « cryptotengué » n’est pas partagé par tout le monde. Ainsi, le président de la Banque nationale du Kazakhstan, Daniïar Akichev, a fait récemment part de ses doutes, y voyant plus un moyen de spéculer que d’assurer une sécurisation des échanges.

C’est notamment ce qu’il a expliqué face à des étudiants de l’Université KIMEP à Almaty en octobre dernier.

 Pour Daniyar Akichev, « rien n’est arrêté à ce stade et le statut légal d’une éventuelle cryptomonnaie n’a pas encore établi au Kazakhstan. » « Les opérations en cryptomonnaie devront être limitées car elles peuvent entraîner d’importants risques spéculatifs », a également souligné le président de la Banque nationale.

« Personnellement, je ne vois pas ce que la mise en place d’une cryptomonnaie apportera aux professionnels. C’est un instrument d’échange qui est tout à fait indépendant, hors de tout contrôle, qui ne répond à aucune institution centrale », a-t-il poursuivi.

Aucune date officielle de lancement

Comme d’autres pays, le Kazakhstan cherche donc sa voie dans la mise en œuvre de cette innovation encore mal comprise par les agents économiques, les particuliers et les élites politiques de nombreux pays.

Reste à savoir si cette cryptomonnaie verra effectivement le jour. Contactés par Novastan, l’AIFC et Exante n’ont pour l’instant pas répondu à nos sollicitations concernant une date de lancement officielle. La mise en œuvre concrète d’une telle innovation ne devrait cependant pas laisser le marché mondial des cryptomonnaies indifférent.

De plus, on peut se demander si le Kazakhstan est prêt à franchir le pas et à lancer son « cryptotengué » sans risquer de remettre en cause ses fondamentaux politiques et économiques acquis depuis l’indépendance.

Jérémy Lonjon
Rédacteur en chef de Novastan

Le palais du président kazakh à Astana
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Le logo de l’AIFC, le Centre de Finance internationale d’Astana
Wikimedia Commons
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