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Au Kirghizstan, la bataille du gouvernement turc contre les écoles gülenistes fait rage

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Depuis le coup d’État manqué en Turquie il y a deux ans, le président Recep Tayyip Erdogan a lancé un combat acharné contre le commanditaire supposé du putsch, le prédicateur Fethullah Gülen. Cette lutte s’est étendue jusqu’au Kirghizstan, où le pouvoir turc souhaite mettre en place un réseau éducatif concurrent de celui des gülenistes.

Novastan reprend un article initialement paru sur Kloop.kg.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a accepté le 5 septembre dernier d’ouvrir un réseau d’écoles au Kirghizstan, la fondation Maarif, afin de lutter contre le réseau déjà existant de son ennemi politique Fethullah Gülen, le réseau Sebat. La lutte contre les soutiens de Fethullah Gülen, au Kirghizstan comme ailleurs, est régulièrement mise en avant par le président turc qui l’a notamment mentionnée lors de sa dernière visite au Kirghizstan le 1er septembre dernier.

Les autorités turques considèrent en effet comme cerveau du coup d’État avorté de juillet 2016 le prédicateur Fethullah Gülen, aujourd’hui exilé aux États-Unis, mais toujours à la tête d’un réseau international de fidèles appelé Hizmet.

Une pression turque constante sur le Kirghizstan

Dès 2016, le gouvernement turc a ainsi demandé aux autorités kirghizes de fermer le réseau des écoles Sebat implanté dans le pays. Alors qu’une telle demande avait déjà été adressée à d’autres pays, dont le Kazakhstan, et qu’elle a en général abouti, Bichkek a refusé de se plier aux désirs de Recep Tayyip Erdogan sur ce sujet.

Au lieu de répondre favorablement aux exigences de la Turquie, le Kirghizstan a proposé un compromis : renommer le réseau Sebat en réseau Sapat et faire participer le ministère de l’Éducation kirghiz au financement de cette nouvelle structure. Ankara n’a pas accepté ce compromis et les relations entre les deux pays se sont tendues et ce, malgré la proximité entre le président turc et l’ex-président kirghiz, Almazbek Atambaïev.

Lire aussi sur Novastan : Bichkek dénonce le « chantage » de la Turquie sur les écoles gülenistes

C’est la raison pour laquelle la Turquie a opté pour une autre façon de réduire l’influence des gülenistes au Kirghizstan en créant la fondation Maarif, affiliée au gouvernement turc, et visant à développer un réseau éducatif concurrent du réseau Sapat en Asie centrale.

Le combat d’Erdogan et de Gülen par réseaux interposés

Les écoles du réseau Hikmet, liant les fidèles du prédicateur, existent dans de nombreux pays. Elles ne sont pas toutes formellement affiliées au réseau et il est impossible d’en donner le nombre exact, ni de recenser les membres du réseau : il n’existe aucun système d’adhésion connu au réseau de Fethullah Gülen. C’est une interprétation assez libérale de l’islam qui a rendu le réseau güleniste populaire auprès des intellectuels turcs, notamment ceux vivant en Occident.

Mais Recep Tayyip Erdogan n’est pas intéressé par cet aspect du réseau Hizmet. Pour le pouvoir turc, les gülenistes représentent des ennemis idéologiques et des terroristes. Le coup d’État manqué de 2016 et la mise en cause directe des gülenistes ont entraîné de véritables purges dans l’administration turque et plus de 50 000 personnes ont été arrêtés.

Le réseau Maarif a été lancé en 2016 en Turquie, suite au putsch. Formellement destiné à promouvoir l’éducation sur le territoire turc comme à l’étranger, Maarif ne cache pourtant pas ses véritables intentions : détruire le réseau Sebat. Ainsi, au Mali, 18 établissements appartenant au réseau güleniste sont passés au main de Maarif après un accord des autorités maliennes avec le président turc.

Maarif, « cheval de Troie » du pouvoir turc ?

Le journaliste d’opposition turc Abdullah Bozkurt, exilé en Suède, a qualifié Maarif de « cheval de Troie » de Recep Tayyip Erdogan à l’étranger. Pour lui, le leader turc déploie le réseau dans l’unique but de propager l’influence de la Turquie à travers le monde et de disséminer les idées de l’islam.

« Erdogan se considère comme un calife, comme le chef des musulmans du monde entier. Il pense que la fondation Maarif est un outil pour attirer à lui des musulmans non-turcs. Il espère que ce réseau permettra d’éduquer une génération de gens qui lui seront loyaux », explique Abdullah Bozkurt.

Selon les données de la fondation Maarif, le jeune réseau aurait ouvert plus d’une centaine d’écoles dans une vingtaine de pays différents depuis sa création.

Lire aussi sur Novastan : Kirghizstan : quand la Turquie mène la vie dure aux écoles gülenistes

Toutefois, le service de presse du ministère de l’Éducation kirghiz a précisé que l’ouverture prochaine d’écoles du réseau Maarif n’a pas encore été officialisée. L’installation de ces nouvelles écoles au Kirghizstan sera supervisée par un groupe de travail qui n’a pas encore été créé.

Malgré cette potentielle ouverture et la menace qu’elle représente pour le réseau güleniste Sapat opérant déjà sur le territoire kirghiz, ce dernier a refusé de commenter l’information. Et plusieurs sources concordantes ont assuré que les écoles Sapat ne fermeront pas avec l’arrivée des fidèles de Recep Tayyip Erdogan au Kirghizstan.

Traduit du russe par Jérémy Lonjon
Rédacteur en chef adjoint de Novastan

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Le président kirghiz, Sooronbaï Jeenbekov, avec son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan, à Bichkek pour l’inauguration de la grande mosquée le 2 septembre 2018
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