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« Bonne nouvelle », le dernier clip de la chanteuse kirghize Zere dévoilé

La jeune chanteuse kirghize Zere Asylbek tente à nouveau de faire bouger les lignes. Dans son dernier clip « Süjüntschü », elle met en scène les conflits politiques qui agitent le Kirghizstan.

Nous traduisons ici un article initialement publié le 20 septembre 2019 par notre version allemande.

On pourrait traduire le mot kirghiz « Süjüntschü » par « bonne nouvelle ». Et même, pour être tout à fait précis, par « cadeau célébrant une bonne nouvelle ». « Süjüntschü », c’est aussi le titre du nouveau clip de la chanteuse Zere Asylbek, dévoilé en septembre dernier.

La jeune femme, originaire de Bichkek, la capitale du Kirghizstan, avait déjà fait parler d’elle il y a un an : la sortie de son premier morceau puis de son clip « Kyz » (« fille ») avait alors provoqué un débat houleux sur les inégalités entre hommes et femmes.

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« Ça a commencé »

Sur les réseaux sociaux, Zere reçoit alors de nombreux messages de soutien mais est également la cible de vives critiques, voire de menaces de mort. Des hommes, principalement, estiment qu’elle devrait avoir honte de se montrer, dans son clip, vêtue d’une simple veste et d’un soutien-gorge et font des remarques blessantes sur son apparence. Certains commentaires négatifs lui sont également adressés par des femmes, souligne une analyse du site d’information kirghiz Kloop.kg.

« Mon histoire est devenue politique. Ce genre de controverse est important pour une société. Le gouvernement réalise que certains jeunes, hommes comme femmes, pensent autrement et qu’ils sont prêts à défendre leur position », expliquait alors la chanteuse dans une interview accordée à Novastan.

Lire aussi sur Novastan : Zere Asylbek : « Mon histoire est devenue politique »

Une fois les esprits apaisés, Zere sort son album Bashtalos‘ (un mot mêlant kirghiz et russe, signifiant « ça a commencé »). Elle y raconte, en anglais et en kirghiz, comment elle a appréhendé cette célébrité brutale. Sur la pochette de l’album, un dessin représente une main tenant sa tête décapitée : une réponse aux menaces qu’elle a reçues.

Conflit politique

Un an après « Kyz », la chanteuse met à nouveau en scène dans un clip les questions de société qui agitent le Kirghizistan. C’est elle encore qui a conçu le scénario de cette deuxième vidéo qui s’ouvre sur une scène de manifestation violemment réprimée, en 2025. On assiste ensuite à un procès. Hommes et femmes issus de différents milieux sociaux s’affrontent à la barre, à coup de témoignages, avant d’en venir aux mains.

Le juge qui préside l’audience est un enfant. Allusion au système judiciaire kirghiz ? C’est ainsi que certains l’ont interprété. Mais plus encore, pour Zere, c’est une manière de rappeler que « nous serons soumis au jugement des générations futures », lit-on sur Kloop.kg.

C’est également ce que les paroles de « Süjüntschü » laissent entendre : « Tu te rappelles comment il est venu au monde / Nous criions alors : « Réjouissez-vous ! Voilà une bonne nouvelle ! » Mais qu’allons-nous lui laisser ? Retourne-toi et regarde. »

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Le clip met en scène différents conflits politiques : les enjeux environnementaux, les pressions dont souffre la communauté LGBT, les problèmes engendrés par la corruption et le « patriotisme toxique ». Au début de la vidéo, l’une des manifestantes brandit une pancarte vierge. Une référence aux récentes manifestations au Kazakhstan, en marge desquelles un activiste avait été arrêté pour être descendu dans la rue une feuille blanche à la main.

Ne plus se battre contre quelqu’un mais pour quelque chose

Chacun peut voir ce qu’il ou elle veut dans ce clip, affirmait Zere dans l’émission « Wetscher Trudnogo Dnja », mais « tant que nous nous disputons, nous ne parvenons pas à ces changements auxquels, en principe, nous aspirons tous. Voilà pourquoi nous devons nous unir. »

Dans « Süjüntschü », le message est le même et le clip s’achève sur une note d’espoir. Ceux qui s’entredéchiraient sont condamnés à planter un arbre, ensemble, après s’être engagés par écrit auprès de l’enfant-juge à ne plus se battre les uns contre les autres mais pour le bien commun.

Florian Coppenrath
Rédacteur en chef de Novastan

Traduit de l’allemand par Agathe Cherki

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En septembre dernier, la chanteuse Zere Asylbek a dévoilé son nouveau clip
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