Bichkek Cinéma Ala-Too Kirghizstan

Bref aperçu du cinéma kirghiz

Le cinéma centrasiatique reste encore méconnu du grand public. Pourtant, depuis la chute de l’URSS, les industries cinématographiques nationales se développent, notamment celle du Kirghizstan.

Peu connu en Europe, le cinéma d’Asie centrale se développe depuis 1991 et l’indépendance de l’URSS. Il n’est cependant pas possible de présenter l’industrie du film des cinq pays de façon uniforme, tant les développements dépendent de l’histoire de chacun mais aussi de la politique de chaque gouvernement. Aujourd’hui, Novastan fait le point sur le cinéma au Kirghizstan.

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En général, le cinéma kirghiz est à la fois marqué par son passé soviétique et par la volonté des cinéastes nationaux. On retrouve les productions kirghizes à l’international, primées dans des festivals comme le festival du film de la Berlinale. Pourtant, dans l’histoire de la région, le développement du cinéma kirghiz est tardif.

Une histoire liée à l’URSS

Les premiers studios de production centrasiatiques ont été construit par Moscou en Ouzbékistan en 1924, bientôt suivis par des équivalents au Turkménistan et au Tadjikistan. Le Kazakhstan, lui, est resté plus longtemps sous l’influence de Moscou. Jusqu’en 1934, les films nationaux étaient produits par une filiale russe, Vostokkino, et non par un studio local. Enfin, le Kirghizstan est le dernier studio d’Asie centrale construit.

L’influence russe se fait alors ressentir. Les studios produisent essentiellement des films promouvant l’idéologie centrale. La langue russe est la langue officielle du cinéma. Avec la Second Guerre mondiale, les studios européens sont délocalisés à l’Est et l’Asie centrale développe ses capacités techniques.

La chute de l’URSS entraîne la désertion des salles. Les thèmes abordés par les réalisateurs sont alors trop noirs pour une population qui cherche à fuir sa vie quotidienne.

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« Le « miracle » kirghiz – c’était le nom du cinéma kirghiz soviétique – est apparu assez tard, dans les années 1960, lors du « dégel » » explique à Novastan Goulnara Abikeïeva, critique kazakhe de cinéma et spécialiste du cinéma centrasiatique. On assistait alors à l’émergence d’un cinéma national, « d’opposition au système soviétique », avec des films comme « Montagnes blanches » de Melisa Ouboukeyev en 1964. Beaucoup de films étaient inspirés des livres de Tchingiz Aitmatov, écrivain soviétique évoquant les tabous de la société soviétique dans « Le Bateau blanc » adapté au cinéma par Bolotek Chamchiev en 1975.

Des difficultés des années 90 à la reconstruction d’un cinéma national

L’indépendance est aussi synonyme d’effondrement de la production. « Une nouvelle génération de cinéastes tourne des films autour de la culture nationale comme la trilogie d’Aktan Arym Kubat, « Beshkempir« , « Maymyl » et « Svet-ake » », explique Goulnara Abikeïeva. Non financé pendant vingt ans, l’industrie cinématographique kirghize a produit « très peu de films dans les années 1990 ».

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« Le cinéma kirghiz est profondément national, contrairement au cinéma kazakh, par exemple. Cela vient peut-être du fait que la population est plus petite et plus compacte, plus homogène, et que la politique de « russification » du Kirghizstan pendant l’ère soviétique n’était pas si étendue » estime Goulnara Abikeïeva.

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Depuis 2005, l’industrie s’appuie sur l’initiative d’un groupe de huit cinéastes pour développer l’éducation et financer les productions. Ces derniers (Artyk Souyoundoukov, Aktan Arym Koubat, Marat Saroulou, Ernest Abdyjaparov, Nourlan Abdykadyrov, Temir Birnazarov, Taalai Koulmendeïev et Sadyk Cher-Niyaz) ont rédigé une stratégie pour 10 ans. Elle vise à former de jeunes cinéastes par des cours dispensés sur une courte période, de quelques semaines à 10 mois, finance un fond national pour la production de 10 films par an et créé plusieurs festivals.

Entre difficultés financières et développement alternatif

Dernièrement « 1% du PIB du pays est alloué à la production de films », décrit Goulnara Abikeïeva. Selon la critique kirghize, les difficultés sont avant tout financières, avec en parallèle très peu de salles en dehors de Bichkek, la capitale. Goulnara Abikeïeva note cependant des évolutions alternatives au processus de diffusion habituel avec « des cinémas improvisés ne montrant que des productions kirghizes », une situation tout à fait contraire à celle du Kazakhstan où, selon la critique de cinéma, les salles sont contrôlées par des grands groupes russes et kazakhs.

Centaure – le cinéma d’auteur kirghiz (Aktan Arym Kubat, 2016)

Malgré tout, le cinéma kirghiz se développe. « Presque chaque année, les films du Kirghizstan participent aux grands festivals internationaux du film et reçoivent des prix », explique Goulnara Abikeïeva. Il y a eu « Centaure » d’Aktan Arym Koubat en 2017 au Festival du film de la Berlinale, « Accident de Nuit » de Temirbek Birnazarov ou encore « Sayakbai. Homère du XXe siècle » d’Ernest Abdyjaparov, qui a remporté le Prix de l’innovation visuelle pour transmettre les traditions orales au Festival des films du monde de Montréal en 2018.

Agathe Guy
Rédactrice pour Novastan

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Le cinéma Ala-Too, le plus vieux cinéma de Bichkek.
Stéphane152
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